Sceau de la Lune (voir Italian Witchcraft de R. Grimassi), avec en son centre une pierre de lune, ou croix occitane stylisée?
Et avec O. Dollfus, la géographie en vint au monde grâce à son approche "systémique"
... Voilà comment j'ai découvert ce mot pour le moins étrange, et qui signifie, plus ou moins simplement, un emboitement d'échelles, une conception globale de quelque chose (dans ce cas-ci, la
mondialisation) où chaque chose de l'ensemble se tient aux autres et y est reliée par un système. Moi qui suis très hermétique à ce genre de sujets, j'en ai eu jusqu'à l'indigestion, et j'ai
fini, un soir, par me laisser perdre dans une méditation qui avait au départ pour but de me détendre et déconnecter mon esprit de ce quotidien pesant. Cette méditation, qui aurait dû me détacher
de mon travail, finit par s'y appuyer, tout au contraire, et m'amener à une sorte de vision d'ensemble d'une "systémique des religions" (Voilà, bienvenue dans mon monde, celui d'une personne qui
a vu son cerveau noyé dans ses apprentissages de concours. C'est comme le tabac, ne commencez pas!).
Comme chacun, j'ai un peu mes marottes, ces sujets qui reviennent inlassablement, presque de manière obsessionnelle, sans qu'on n'arrive à tirer quoi que ce soit au clair ni à y mettre un peu
d'ordre ou de cohérence. Or, la question des religions et des spiritualités agite mon esprit depuis longtemps longtemps, pour tomber dans les clichés, depuis ma bien tendre enfance. Vous savez,
ces mille questions que des enfants peuvent se poser quand ils grandissent dans une tradition religieuse familiale, comme ce fut mon cas dans le catholicisme : "Pourquoi nous sommes ça et pas
autre chose? Pourquoi nous aurions la Vérité et pas ceux d'à côté qui clament bien fort que c'est eux qui ont raison? Et si c'était nous qui avions tort? Et pourquoi si il y a une Vérité quelque
part, ça ne tomberait pas sous le sens de tout le monde? Et pourquoi tout le monde se dispute voir se fait la guerre au sujet d'idéaux d'Amour, de Paix et de Justice?". Et moi, quelque part
encore un peu la petite fille que j'étais, je reste assomée devant l'immensité de la créativité humaine au sujet de ce qui se rapporte à la spiritualité et aux croyances. Dans le fond, qui a
raison, je m'en fiche un peu. Mais ce que j'aimerais savoir, c'est comment il est possible qu'il y ait du vrai dans tous ces courants parfois en totale opposition ; car je reste intimement
convaincue qu'il y a bel et bien une sorte d'essence, de puit commun que chacun a appréhendé selon des perceptions et des expériences (dans l'espace, le temps, selon les civilisations, les
préjugés ...) différentes. L'idée n'est pas nouvelle qu'il y aurait une sorte de religiosité sous-jacente à l'échelle du monde , mais que faire de tous ces dogmes ou philosophies qui
s'opposent? On peut être rapidement tenté de tout laisser tomber et se dire que de toutes manières, on ne saura jamais car nous sommes seuls avec nous-mêmes devant cela, et qu'il ne faut
pas compter sur une quelconque divinité pour appuyer nos certitudes ou nous dire de changer de voie. En effet, comment expliquer alors que cette fameuse divinité ait alors enseigné aux hommes
tant de choses paradoxales, et en attendant, chacun continue de prêcher pour l'exclusivité de la faveur divine de sa chapelle. Dans le fond, j'aimerais bien être assez "simple" pour avoir une
révélation et m'y tenir comme une vérité aussi certaine que un plus un font deux. Seulement je ne suis pas des religieux, ni des fanatiques. Et je ne vois pas l'intérêt de faire triompher une
organisation humaine soit-disant représentante de la volonté divine, alors que l'esprit humain est si borné et subjectif. C'est ainsi que les spiritualités nourricières se sont sclérosées, sont
devenues des dogmes stériles.
Voici un avis d'Osho : " Le Zen dit : Considérez vos grands mots et vos grands enseignements comme vos ennemis
les plus mortels. Évitez-les parce que vous devez trouver votre propre source. Vous ne devez pas être un croyant, un imitateur. Vous devez être un individu unique ; vous devez trouver votre être
le plus intérieur par vous-même, sans guide, sans écritures sacrées. C’est une nuit noire, mais avec le Feu intense de la quête, vous êtes certain d’arriver au soleil levant.
Tous ceux qui ont brûlé d’une quête intense ont trouvé le soleil levant. Les autres ne font que croire. Ceux qui croient ne sont pas religieux, ils évitent simplement la grande aventure de la
quête religieuse en croyant. "
J'ai tout de suite aimé ces bons mots, car j'ai pu si bien m'y retrouver. Ca me rappelle que je ne comprends pas les commentateurs des grands textes sacrés : Bible, Torah, Coran etc ... Quel
intérêt de commenter des récits écrits de main humaine pour y chercher des précepts à suivre, pour y trouver la Vérité qui s'y cacherait. Ca me fait penser à moi, lorsque je tentais de cerner les
cultes à mystères romains lors de la rédaction de mon mémoire de master, et que je ne disposais que de quelques malheureux bouts de textes (souvent de détracteurs), si peu nombreux et si évasifs
que j'avais l'impression de devoir les presser, les tordre et les essorer pour en faire sortir un peu de jus. Mais si peu finalement de la réalité qui sous tendait mon sujet d'étude.
On dit que la religion se base sur la croyance et la philosophie sur le doute. Je dois être quelque part entre les deux. "Je sais que je ne sais pas", mais aussi que j'aimerais bien savoir, au
moins un peu. Et je sais aussi que je crois en des tas de choses : je crois en la Vie, je crois en l'Humain et en l'Amour. Pas au niveau premier, immédiat, direct ; car je crois qu'il y aurait
beaucoup à m'opposer et je ne pourrais pas contredire ces oppositions qui me sembleraient évidentes et pleines de bon sens. La vie peut être cruelle et injuste, l'humain est souvent violent,
mauvais et insensé, enfin, l'amour se montre parfois pervers et est trop souvent absent. Pourtant, là où il y a le pire, il y aussi le meilleur. Et bien que je ne voie aucun Dieu dans le ciel, je
retrouve tous les jours l'étincelle divine dans le sourire des gens que je croise, dans les regards qui portent la compassion et la chaleur humaine, dans le bruit du vent qui agite les branches
des arbres, dans l'éclat du soleil, dans les merveilles qui nous entourent, qu'elles soient naturelles ou non. C'est pour cela finalement que j'ai emprunté la voie que j'ai choisi, parce qu'il
n'y a rien de plus grand et plus sacré que ce qui nous entoure, et qui est souvent si petit et modeste. Si banal. Les discours des grandes religions sont froids et sonnent creux à mes oreilles,
mais il me semble qu'il y a de la grandeur et de l'héroïsme à partager la condition qui est nôtre, d'aimer et vouloir ce qu'on a plutôt que de désirer ce qu'on n'a pas, comme le disent les
véritables philosophes épicuriens, qui n'étaient pas des bons vivants, mais plutôt des personnes se contentant et se réjouissant de peu comme s'il s'agissait du plus grand festin.
Et vivre, c'est aussi mourir. En vérité, le paganisme actuel et ce qui gravite autour a mis de côté cet aspect fondamental. On m'objectera que c'est faux, que je me trompe, qu'on n'a jamais
autant entendu parler du côté sombre de la Déesse, de Samhain et du retour des morts. Pourtant, intuitivement, je sens que ça ne dit rien, ou pas grand chose. L'Antiquité avait créé les cultes à
mystères dans des buts eschatologiques, pour garantir un au delà meilleur aux initiés. Voilà quelle était leur véritable finalité. Dans nos avatars modernes de cultes à mystères, ceux-ci sont si
entièrement tournés vers les mystères de la vie qu'il faut chercher loin pour trouver une bribe d'avis un peu spécifique sur l'au-delà. Et je ne vais pas les blâmer, pour moi-même, n'y a-t-il
rien de plus important que de vivre ici et maintenant, plutôt que de passer son existence dans l'expectative de la mort? Moi aussi, j'adhère à cette conception des choses, et je n'ai aucune envie
de consacrer ma vie à préparer ma mort. Je n'ai pas la sensation que je suis venue sur terre pour ça. Il y a un temps pour tout, et il est sain de l'accepter. Je me demande toutefois si nous ne
sommes pas passés d'un extrème à un autre. J'ai appris avec les années à faire confiance à mon intuition, qui sait souvent mieux avec ses vagues ressentis, que moi avec mon intellect. On peut
dire simplement que je passe mon temps à m'analyser, ou me psychanaliser. Pour comprendre. Je suis un peu mégalomane, j'aimerais bien tout comprendre : moi, les autres, le monde. Mais assez
humblement, je reconnais que ça ne m'arrivera jamais, alors je tâche au moins de commencer par moi, ce ne serait déjà pas si mal.
Il suffit de regarder mes articles sur "la Wicca et le catharisme" ou encore "L'antinomie des religions à mystères". Ils ne disent finalement pas grand chose, mais témoignent de cette question
pour moi existentielle : pourquoi? Pourquoi est ce que je ressens quelque chose de vrai dans ces deux choses profondément contradictoires. Dans certains sursauts, je me dis que je suis
vraiment absurde. Et pourtant, il y a cette aiguille intérieure qui me pointe du doigt cela. Pourquoi?
Et voilà où revient enfin mon affaire de systémique. Ce soir là, où je me suis laissée entrainer dans cette méditation étrange, qui m'a d'ailleurs amenée à une contemplation bienheureuse et quasi
extatique de ce qu'elle me portait à voir, c'est comme si j'avais pris de la hauteur, que je voyais à vol d'oiseau ce qui d'en bas me semblait insensé. Au sol, sur le plateau de Nazca, on ne peut
pas voir les géoglyphes que seule une observation depuis un avion permet. C'était un peu la même expérience. C'était agréable, cet espace de quelques instants, de réconcilier les contraires et de
comprendre qu'ils sont en réalité tenus, imbriqués les uns dans les autres, peut être justement parce que l'esprit humain ne sait pas appréhender des états de faits (pour ne pas utiliser le mot
de "vérités") aussi vastes. Qu'il est impossible de les faire tenir dans un seul système humainement cohérent. Peut être aussi parce que l'univers n'a jamais été pensé pour être mis en boite sous
forme de religion bornée et d'Eglise ordonnée et mise au carré.
Je ne serai jamais, je crois, la femme d'un seul combat. A force d'être tout et partout, je sais bien que je ne suis rien et nulle part. Enfin, si, je suis un peu dans certaines choses qui
me tiennent à coeur dans l'ici et maintenant, afin d'amener un peu de ce que je peux de mieux, dans ce qui me semble le plus important, vivre. Ou aider à vivre, car c'est parfois bien dur, en
même temps que c'est un formidable cadeau.
Il y a une personne auprès de qui j'aimerais m'excuser de soutenir sa cause sans jamais pouvoir vraiment y impliquer mes convictions (et qui ne lira d'ailleurs probablement jamais cet article).
On ne peut pas courir deux lièvres à la fois quand on brûle d'avancer et non se noyer dans une flaque d'eau, et je doute que beaucoup puissent comprendre qu'on appuie de toutes ses forces des
idées dans lesquelles on ne se fond pas soi-même. Que dire, si ce n'est que je trouve que, même si je n'ai pas donné mon allégeance personnelle, je trouve que "c'est bien", que j'aurais aimé être
là aussi, que j'y aurais été si j'avais pu me subdiviser (j'en aurais adoré l'aventure, dans l'expérience de vie et de spiritualité). Mais pour être ici, je sais que je ne peux pas être partout.
Un jour, je passerai peut être, comme la voyageuse, la quêteuse anonyme que je suis. Et s'il est vraiment l'anarchiste spirituel qu'il dit être, il acceptera bien de prendre un peu de temps
avec la fille du Chaos que je suis.
La systémique est peut être un concept d'avenir.
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