Jeudi 15 mai 2008


Et soudain, je fus transfigurée, tandis que je me replongeais une fois encore dans l'actualité OGM et à toute la problématique des ONG et toute association militant pour l'une ou l'autre raison bien isolée. Tout s'emboita, tandis que je conserve la sensation de m'être déjà fait la remarque par le passé.

Dans l'article précédent, je me demandais quels étaient les critères qui faisaient qu'on s'engageait pour une cause et pas une autre, à priori toute aussi nécessaire et honorable. Outre une proximité avec ses intérêts propres et ses goûts, c'est le communautarisme, bien entendu, qui attire. Dans une époque où la communauté de vie est si éclatée, où la majorité des gens, qui sont des citadins, ont oublié ce qu'était la solidarité de groupe villageois, il y a cette quête plus ou moins consciente de se regrouper selon les modalités d'un choix par affinité de cause. S'accorder sur un combat, c'est tellement fédérateur, on en oublie vite les différences. On sort dans la rue, on fait des pique-niques, et ça y'est, c'est la fête au village. A côté, c'est sûr, être éco-citoyen dans son coin, ça ne présente pas grand avantage. On en revient dans le paradigme du "tous ensemble contre" les OGM, le capitalisme, ou toute autre chose. C'est une aubaine que nous vivions dans une société à qui on peut encore reprocher des tas de choses, d'ailleurs, les paysans de Louis XIV, et même d'avant, ne s'amusaient jamais autant qu'en faisant leurs révoltes fiscales. Ca aussi, ça prenait toujours des allures de grande fête, avec danses, chants et carnavals. C'est d'ailleurs un sujet dont je comptais un jour parler sur ce blog, ce lien entre révolte et fête dans les sociétés traditionnelles, qui représentait un acte de bannissement par les excès de violence et de festivités, axés sur l'inversion de l'ordre social afin d'en bannir les éléments nouveaux perçus comme une invasion. Il s'agit toujours de bretour au "bon ancien ordre des choses". N'a-t-on d'ailleurs pas dit que les "paysans spirituels" comtemporains, c'est à dire les païens, se caractérisaient très souvent par leur farouche volonté de revenir à avant et à refuser le progrès? Je ne débattrai pas de la pertinence ou de la justesse de tout cela ici, mais il me semble intéressant de faire un détour pour le remarquer.

Pour en revenir à ces combats modernes, il y a la cause certes, mais en ce cas, une cause en vaut bien une autre, et si on se sent plutôt baba cool, il y a en effet plus de chances qu'en luttant pour l'environnement, on rencontre des gens qui nous ressemblent plus qu'en luttant pour Handicap International ou la lutte contre le Cancer (qui sont moins glamour actuellement que les ONG environnementales). Ca me rappelle des gens qui militaient dans des ONG dans l'espoir de rencontrer l'amour ... Comme quoi, tout est bon, et il est tellement plus honorable de masquer ses petites combines purement égoïstes derrière de belles grandes idées. Voilà qui me rappelle Sex and the City (vivement la sortie du film d'ailleurs, c'est LA référence des femmes de mon petit clan familial et amical), qui en donne plusieurs exemples dans différents épisodes.

Et ainsi, si le monde était parfait, ses habitants s'ennuiraient, sans pouvoir se mettre ensemble pour râler. Finis les petits pique-niques et les fêtes au milieu des pavés. Ils devraient mettre toute leur énergie à bâtir une société bien définie et dogmatique unie. J'ai la vision d'un monde de rouages sans fin, parcouru de milliards de petites fourmis bien travailleuses et gentilles, creusant des galleries interminables. Un enfer. Mais que tout le monde se rassure, le monde inparfait que nous avons a encore de beaux jours devant lui, aussi longtemps que les hommes sont ce qu'il sont, ce qu'ils ont toujours été et ce qu'ils resteront. La grande civilisation de Babel, la seule chose qu'ils partagent vraiment.


C'est drôle quand même, la première peinture montrant une fête paysanne a été réalisée par le même artiste de cette très connue Tour de Babel, c'est à dire Pieter Brueghel. Quelle étonnante coincidence, n'est ce pas?
Mercredi 14 mai 2008


Aujourd'hui, j'allume internet et je vois que la loi sur les OGM n'est pas passée. Voilà qui est bien, comme beaucoup, voir la majorité, je ne tenais pas à ce qu'on soit envahis par ces bidouillages génétiques, avec tout ce que ça signifierait, dans nos assiettes et en dehors. Greenpeace se dit heureux, ça ne peut en effet que les réjouir. Je me souviens du temps où je faisais partie du groupe local de Greenpeace, pleine de bonne volonté de "faire quelque chose pour la Terre". Parce que, comme tout le monde (et pas que les païens qui en font leur cheval de bataille, voir une de leurs identités principales et essentielles), l'avenir de la Terre me concerne. Sur ce, je décide de faire un peu de rangement chez moi, et je retombe sur le prospectus d'une association luttant contre les tests effectués sur les animaux, en particulier en ce qui concerne les cosmétiques. Et si je fouine bien, je retrouverai peut être même un vieux courrier de la Croix Rouge, m'informant de la manière dont mon argent fut utilisé, lorsque je fis partie des milliers qui donnèrent un peu pour secourir les victimes du tsunami de Noël 2004. Oui, et je suis sensible aux enfants et aux adultes qui meurent de faim dans le monde, j'irais bien construire des écoles en Afrique et porter des médicaments dans les pays en guerre, ou au moins m'arranger pour en faire parvenir. Je combattrais bien aussi les excès du capitalisme avec Attac ou d'autres, et je militerais pour l'égalité hommes-femmes avec des féministes modérées, en prenant fait et cause pour les femmes battues. Et même, quand on me distribue des prospectus, face à la guerre, pour demander la liberté et la paix au Tibet ou le respect droits de l'homme pour les Kurdes, je serais bien d'accord encore de soutenir tous ces gens là. Et dans le fond, les païens qui veulent sauver les menhirs, pourquoi pas. Je n'ai rien contre les menhirs, moi. Ni contre les païens, à priori. Comme pour le reste, c'est sûrement utile, et en plus ça a un petit côté folklorique bien sympa qui rappelle Bové, le Larzac et ses chèvres, et même un peu les hippies. En moins peaceful que les hippie, globalement, quand même, mais passons.

En fait, à en faire un tableau, les mouvements associatifs contemporains sont bien à l'image du monde qui les accueille : aussi multiple qu'il y a de produits dans un hypermarché. Je me sens comme hier, en faisant quelques courses et en passant devant les boutiques de vêtements : j'avais bien un peu d'argent que j'aurais pu dépenser, seulement il y avait tant de belles choses tentantes que j'étais bien incapable de me décider. Devant ce trop de choix, je suis rentrée avec mon argent dans mon portefeuille et aucun nouvel habit. Je sais bien de toutes manières que j'ai largement ce qu'il me faut. Mais le parallèle m'a semblé interessant. Dans cette société de consommation où il y a tant qu'on ne sait pas quoi choisir (sachant que notre portefeuille, lui, n'est pas illimité), chose absolument originale après des siècles d'aisance relative mais peu de diversité, on retrouve exactement la même chose au niveau des combats qui nous sont proposés pour améliorer notre monde. Lorsque j'étais à ce groupe local de Greenpeace, j'ai rencontré des gens qui ne vivaient que par et pour ce combat. Toute leur vie, ou presque, gravitait autour de cela, au point qu'ils étaient devenus leur combat. Et pourtant, tout comme moi, ils reconnaissaient volontier que des tas d'autres combats mériteraient tout autant d'être menés. Pourtant, pour agir concrètement, ou du moins essayer, il fallait faire un choix arbitraire d'une, deux choses tout au plus, sur des centaines de revendications possibles, et concentrer toute son énergie dessus.

A moi, tout cela me donne le tourni. Ne sachant me contraindre et me limiter quand je juge que ce serait restrictif plutôt que porteur de gratifications pour moi-même et autrui, que cela finirait par me modeler, faire de moi l'un de ces nombreux petits soldats tous semblables, je finis par ne plus vouloir m'engager nulle part. Car tenter de mener tous les combats ne mène nulle part, n'en mener qu'un demande de faire un choix selon certains critères. Et je ne vois aucun argument me permettant de penser qu'un combat vaut mieux qu'un autre, au point de m'y dévouer et abandonner tous les autres. Je me sens concernée par tous, et perdue dans cette jungle d'ONG, je me dis que je saurai faire mon chemin seule, selon l'expression reconnue d' "éco-citoyen". Je ne porte aucune bannière, je n'ai aucun sloggan à crier ; mais j'ai une éthique profondément ancrée qui ne souffre aucune justification ni explication. Je me sens assez responsable de gérer ma vie avec respect et harmonie du monde, je le vis au quotidien de la même manière que je dors, je mange ou respire. C'est naturel, et je mène mon existence avec une conscience sereine.

On me dira, il en faut bien pour se battre au premier front, et faire pression sur les gouvernements. Oui, sûrement. Mais le monde est un tel chantier qu'il pourrait vite se transformer en champ de bataille si tous montaient au créneaux pour clamer haut, fort et avec pression, un monde plus parfait. Le monde ne l'est pas, il ne l'a jamais été. Mais si on regarde du haut, il semble soudain que chacune de ces associations se concentrent sur des points de détail. L'humain ne sait pas envisager une harmonie de vie de manière holistique, c'est certain. Seulement, je vois l'énergie qui se perd, morcelée en tant de petits points de détails. C'est la fatalité, chacun voit ses priorités, et laisse les siennes au voisin. C'est peut être pour ça que finalement, la seule unité efficace se fait autour de ceux qui sont d'accord pour tirer le plus profit des choses au mépris de cette harmonie et équité rêvée par tant d'autres.

Je sais une chose cependant, que dans cette miriade de détails, certains sont plus essentiels que d'autre. Que le combat pour la liberté de vivre avec tout ce que ça signifie, vaudra toujours plus à mes yeux que combattre pour des menhirs ou une minorité religieuse pas même menacée, tel que l'est le paganisme en France, en Europe et dans la plupart des pays. Je terminerai sur ça, puisque j'ai souvent eu à prendre parti sur ce sujet. Chacun ses priorités, mais peut être ai-je une vision trop holistique, humaniste et universaliste pour que ce détail retienne mon attention. La liberté est là, préservons la pour tous, et non pour une minuscule frange de population. Je me battrai pour la Liberté avec un grand L, au mépris des religions ou des cultures, tant qu'elles prônent le respect et la tolérance pour ses membres et les autres.

Et du coup, je passe dans l'hypermarché des combats sans rien acheter. Ah, le bon vieux temps de l'épicier! C'était plus restreint, mais on allait du coup à l'essentiel.
Dimanche 27 avril 2008

Cela faisait au moins 5 ans que, chaque semaine, j'épluchais le journal TV dans l'espoir de voir apparaître le film inespéré : l'adaptation de Georges Franju de La Faute de l'Abbé Mouret d'Emile Zola. C'est par un concours de circonctances tenant d'un très fragile hasard que j'appris ce matin qu'il était en programmation pour le mois d'avril sur la chaine de satellite Ciné Cinéma Classic. Hasard oui, puisque j'avais le roman dans mon sac pour profiter du beau temps de l'époque de Beltane pour en lire quelque part entre prés et forêts, une énième et énième fois.

La Faute de l'Abbé Mouret, c'est mon roman préféré, mon roman culte. Et pourtant, comme tout collégien ou lycéen, j'avais été une victime de la lecture forcée des romans les plus noirs de Zola, au point de nous laisser tous penser que Zola est l'écrivain le plus haïssable qui ait jamais été en ce monde et en tous les autres. Mais c'est un leurre, on tente de nous le faire croire, mais c'est faux. Zola, ce n'est pas que La Bête Humaine, L'Assomoir ou Germinal. Non, Zola, c'est aussi Le Rêve, Au Bonheur des Dames (qu'on m'avait toutefois fait heureusement lire au collège), La Fortune des Rougon, et enfin La Faute de l'Abbé Mouret. Zola, sentimental? Zola, dramaturge romantique et passionné?... Zola, païen?!
Assurément !

Loin de moi Les Dames du Lac, loin de moi tous ces romans hissés en haut du pavé des milieux sorciers et paganisants. C'est la relecture du mythe du Paradis originel par Zola qui a tenu beaucoup de mes rêves d'adolescente, et jusqu'à aujourd'hui encore, et longtemps par après probablement. La Faute de l'Abbé Mouret ne parle pas de paganisme tel que c'est en général considéré, il parle de la Nature, de l'homme ou la femme sauvage, vivant en harmonie avec la nature, selon ses préceptes. C'est un roman qu'adoreraient tous ceux qui aiment penser que le christianisme est l'ennemi asbolu de la Nature, des femmes, de l'humanité et du paganisme. A eux, je leur recommande plus que chaudement sa lecture. Il y a de magnifiques scènes dramatiques de duel entre arguments pour la Vie, pour la vie sauvage, pour l'acceptation de la force de la Nature, et l'enfermement, la pénitence, la souffrance et le funeste du christianisme. Zola n'aimait pas le christianisme, c'est indéniable. La Faute de l'Abbé Mouret est un cri de vie triomphante face à un ascétisme chrétien jugé castrateur, stérile et mortifère. Je n'ai jamais tellement fait attention à cette partie de l'histoire, il n'y a pas que les chrétiens qui puissent aller dans ce sens. Mais en revanche, j'ai tout de suite été fascinée par la figure d'Albine, cette grande fille sauvage, innocente et qui appartient entièrement à la Nature. Son jardin a vécu dans mes paysages intérieurs, son amour exigent et absolu m'a fait envie, m'a inspirée. Zola aime les mythes ; il a refait un Phèdre moderne avec La Curée, un conte de fée avec Le Rêve, et la Genèse avec La Faute de l'Abbé Mouret. Moi aussi je les aime, et comme nous tous à un moment de notre vie, j'ai voulu faire de ma vie un roman, un mythe, une épopée vivante et bien réelle, quelque chose qui vaut la peine d'être vécue dans son entier. Je suis fascinée de constater que bientôt 10 ans après avoir découvert ce roman/film, je ne me lasse jamais de mon mythe préféré, oubliant parfois de lire la dernière partie. Car enfin, Zola reste Zola ... avec ce que cela signifie pour le style de fins qu'il trouve à ses romans.

La Faute de l'Abbé Mouret est définitivement un roman s'adressant aux paganisants modernes, et tout ce qui gravite autour. On y retrouve tous les thèmes qui font cette spiritualité liée à la Vie, la Nature, l'Immanence. Et la Liberté. Il mériterait de faire partie de ces romans-phares, ces égéries que l'on cite en exemple dans les lectures fondamentales qui forment un univers mythique où ne manquent que l'existence d'une spiritualité naturelle affichée. Mais enfin, ce roman n'en a pas besoin. Vivre, plutôt que théoriser, que faire des rites comme l'Abbé Mouret, vaut mille fois mieux. C'est plus plus grand de tous les rituels à mon sens. Cette spiritualité n'est-elle pas d'abord un art de vivre?

Alors si vous n'avez jamais lu ni vu ce film (qui passe une fois tous les tremblements de terre), vous avez jusqu'au samedi 3 mai pour attraper une des diffusions que Ciné Cinéma Classic fait de ce que je juge être un chef d'oeuvre d'inspiration de la Muse. Je ne me souviens plus vraiment si le film est cinématographiquement exceptionnel (je le verrai bien quand je prendrai moi-même une des diffusions), mais l'histoire, le roman, valent vraiment le détour pour sa poésie, sa délicatesse, ses élans de vie et de mort, sa beauté dans le merveilleux et le tragique.

Mardi 25 mars 2008



Chose promise, chose due. Nous allons approfondir la question de la mondialisation des religions dès la plus haute époque. Du moins, avec certaines nuances, car les cultes officiels ne furent pour ainsi dire jamais transférés à d'autres Etats, sauf si ceux-ci se retrouvaient sous domination étrangère.

Un proverbe qui m'a longtemps laissée perplexe dit que nul n'est prophète en son pays. Je ne comprenais pas trop ce qu'il sous-entendait ; était-ce que nos compatriotes sont incapables de reconnaître notre juste valeur? Ou bien autre chose, de plus subtile, ou les deux ou plus encore, qui sait? Chaque civilisation a, sans le moindre doute, ses propres racines culturelles, jusqu'à un certain point. Dans le cas des indo-européens, on retrouve beaucoup de similitudes dans les systèmes religieux de toutes ces populations non par un génie de la divinité qui s'est révélée à eux sous des formes similaires, mais parce qu'ils sont issus d'une même souche. Une souche qui a fait ses branches (belle métaphore filée de l'arbre, maintenant que j'y pense). Mais passons. Le monde est affaire de définition, et il fut longtemps pour nous, occidentaux, l'ensemble des terres entourant la Méditerranée. Un monde sans cesse agité par des mouvements de populations, des guerres, des invasions. La mythologie grecque est souvent donnée en exemple pour archétype d'une histoire mythique des invasions, à lire en filigrane. Ainsi, dans les générations de dieux, dans leurs propres guerres, les dieux des vainqueurs humains vainquent ceux des vaincus ; c'est l'histoire de l'invasion des Héllènes sur des populations de l'époque mycéniennes et minoennes, connues pour la prédominance des déesses ou de la Déesse de manière générale, et un caractère "matriarcal" avéré, quoiqu'il soit très difficile de jauger à quel point ce fut le cas, faute de témoignages écrits, ou de témoignages écrits lisibles.

La mondialisation des religions se fit aussi de manière plus pacifique, parfois. Tout comme aujourd'hui, avec les routes commerciales. Et ce fut par ce biais qu'elle se développa le plus, lentement et sûrement. Le port d'Athènes, le Pirée, accueilla rapidement des marchants du monde entier ; Egyptiens, Phéniciens, Syriens, Juifs ... Cette cité grecque, comme bien d'autre, car ce n'est qu'un exemple parmi d'autres qui a le mérite d'être particulièrement bien documenté, leur octroya la liberté de pratiquer leurs cultes sous forme associative. Ainsi vécut un cosmopolisme digne de nos époques modernes dans ces ports, où l'on rencontrait des dévots de divinités du monde connu. C'est par la mer qu'entrèrent les religions à mystères, qui conquirent si vite le coeur des autochtones, souvent des femmes, mais bien des hommes aussi. Platon disait que la mer était corruptrice, surtout lorsqu'il s'agit de commerce. Les nouveautés menacent toujours l'ordre et l'identité d'une nation. Comme quoi, on n'a pas avancé d'un pouce depuis des milliers d'années dans les questions d'actualité. C'est ainsi que des divinités aujourd'hui considérées comme parfaitement intégrées au panthéon grec : Dionysos, Cybèle, Attis pour ne citer qu'eux, étaient en réalité des Orientaux importés, parfois après avoir être passés par d'autres contrées telle la Thrace. Et Isis aussi ! Isis, si tôt connue en Grèce, qui parvint jusqu'au golfle de Naples, à Pouzzoles, dès le IIe siècle avant J.C. Isis, que l'on jurerait Romaine lorsqu'on trouve son temple et sa statue parmi les vestiges de Pompéi. Isis, habillée à la mode romaine ; et Osiris, ainsi que Sérapis, possédant un temple à Pouzzoles. Et Dionysos, dont les Anciens hésitaient sur son origine d'introduction, à savoir l'Etrurie ou l'Italie du Sud, deux zones fortement influencées par la culture grecque. Tous ces cultes furent violemment combattus, rejetés comme autant d'invasions étrangère pernicieuses qui devaient finalement s'imposer par la persévérance des initiés, convaincus d'avoir trouvé en eux leur vérité, à partir du Ier siècle après J.C., avec l'essor de l'Empire Romain. Parmi eux, le christianisme, venu d'Israël via la Grèce, déjà teinté de philosophie grecque, de mysticisme et de l'enseignement de St Paul, un Grec. Il est étonnant de constater à quel point notre époque ressemble à ces années de foisonnement spirituel, religieux et magique que sont ces premiers siècles de l'Empire Romain, jusqu'à sa chute et à l'imposition du christianisme comme seule et unique religion tolérée dans toute l'Europe, éclatée en multiples royaumes barbare et empires, héritier d'un Empire Romain christianisé à sa fin.

Tous ces exemples illustrent le phénomène de diffusion de religions, mais aussi des phénomènes d'acculturation et d'adaptation. Car même lorsqu'une croyance, un culte est diffusé à l'échelle mondiale, comme c'est encore le cas aujourd'hui, elle subit une nécessaire adaptation locale, ou plutôt, une assimilation propre à chaque culture. La mondialisation est la rencontre et le clash des cultures, où chacun y pert et chacun y gagne, pour se refondre en quelque chose d'à la fois similaire et différent, de nouveau. Une nouvelle génération culturelle née d'un brassage des civilisations et de ses métissages. Telle cette Isis dont je parlais, qui revêt les traits d'une Romaine à Pompéi ; dont le culte est nécessairement batard de celui qui est célébré en Egypte. En effet, la présence du Nil berce la religion égyptienne. Il a fallu redoubler d'ingéniosité pour l'acclimater à un pays très lointain de ce fleuve. On importa les prêtres égyptiens, emmenant avec eux des vases d'eau du Nil qui était symboliquement versée en certaines dates pour symboliser la crue du Nil, fêtée en grande pompe par des habitants de l'Egypte au sein de célébrations rassemblant la communauté, avec des festivités populaires. La rétractation vers le symbolisme aide à faire naître le mysticisme des mystères, qui n'existait pas à cet endroit dans le pays d'origine. Ainsi, en se diffusant hors d'Egypte à l'époque Romaine, et déjà avant, en se mêlant inexorablement à la religiosité grecque de l'époque des rois hellénistiques, une nouvelle forme de religiosité naquit, toute prête à essémée dans un monde méditerranéen de plus en plus culturellement uniformisé, autour de l'hellénisme, puis dans le contexte de la romanisation des peuples de l'Empire.

Etait-ce un phénomène similaire qui fit adopter aux Egyptiens de l'époque des Ramsès la déesse Anat, déesse d'origine vague, syrienne, sémite ou d'Anatolie dont on retrouve sa trace en particulier à Ougarit? On la voit par la suite représentée en bas-relief à la mode égyptienne, et invoquée pour ses vertus guerrières par Ramsès II. Plusieurs hypothèses cohabitent pour son succès en égypte : présence des Hébreux en Egypte, de commerçants syriens, à moins qu'il ne s'agisse d'une déesse apportée avec l'invasion des Hyksos en Egypte, qui parvinrent à s'y établir et régner.

Il arrive aussi que des Etats décrètent l'importation de divinité étrangère pour faire face à un problème sérieux et urgent. C'est le cas de Cybèle, la Magna Mater, à Rome, à la fin du IIIe siècle avant J.C., lors des guerres Puniques. Officiellement et avec grande pompe, le Sénat et le peuple Romain l'accueillirent, elle et ses prêtres. Mais défense à quiconque de Romain d'en devenir prêtre ou prêtresse, plus encore de se châtrer en l'honneur de la déesse, comme c'est de coutume pour son clergé ou ses dévots. Ca ne faisait pas très "Romain", ça. Alors, amadouer la déesse des ennemis en l'accueillant officiellement dans le panthéon d'Etat, d'accord, mais il ne fallait pas trop pousser non plus. L'introduction d'Asclépios, sous le nom Romain d'Esculape, posait moins de problème lorsqu'il fallut faire face à une grave épidémie. Pareillement, on alla chercher les mystères de Cérès en Italie du Sud, alors grecque (c'est la Grande Grèce), afin de bénéficier des faveurs de la déesse et régler un problème inconnu par la perte des livres de l'Histoire de Tite-Live s'y rapportant. Et là, pareillement, on fit venir avec le culte des prêtresses grecques, duement initiées, que l'on naturalisa Romaines. Les Romains ; ou comment piquer les divinités des voisins pour leur en détourner les faveurs et les écraser.

Mais de toutes manières, qu'importe puisque toutes les divinités sont destinées à devenir universelles sous l'Empire Romain, et comme le dit si justement le poèle latin Horace : Graecia capta ferum victorem cepit - La Grèce conquise conquit son farouche vainqueur, et ce, par sa philosophie, dont les Romains étaient friands, en particulier de pythagorisme. Ce bon mot vaut pour toutes ces civilisation vaincues qui imposèrent leurs cultes, à mystères ou non à Rome, et on sait que la déesse celte Epona était fort renommée jusque dans la capitale de l'Empire Romain. Seul ce vaste monde ancien mondialisé semblait pouvoir imposer une mondialisation du christianisme. Il y avait alors la queue à la porte de l'Empire, du monde "civilisé", et les royaumes périphériques barbares se convertissaient pour mieux s'assimiler et prospérer, tandis que cette puissance unique et centralisée sur de vastes territoires permettait mieux qu'un bataillon de missionnaires évangélistes de peu à peu uniformiser l'Europe religieuse sous la banière du christianisme, après avoir vainement tenté de fédérer ce trop grand empire qui fichait le camps avec la figure de Sol Invictus, d'après l'idée de l'empereur Aurélien. Etonnante mondialisation culturelle dont on pourrait multiplier les exemples à travers le temps, en poursuivant la mondialisation du christianisme avec les Grandes Découvertes et les colonisations, tout comme cela fut le cas de l'Islam et à une certaine échelle, du Bouddhisme.

Savoir tout cela enseigne beaucoup sur le fonctionnement de notre époque, et aussi sur tout ce qui a du mal à fonctionner. On comprend ainsi mieux les mécanismes d'adaptation, d'acculturation, et d'assimilation des courants de pensées ou de spiritualités. A plus large échelle, de la culture de ce melting pot qui est devenu planétaire, ou presque. Avec ses forces d'inerties et de résistances aussi, on sait fort bien que les mondes ont leurs propres résistances à l'invasion des mondes voisins, comme en trémoignent actuellement les pays d'Islam, ou à échelle plus réduite, la France issue des Lumières et de la Révolution face à des courants spirituels anglo-saxons. Parfois j'applaudis de mes deux mains, parfois je hoche la tête plus dubitative, selon le sujet. Mais rien n'est parfait ici bas, et j'aime mieux notre particularisme français que les délires fanatiques de l'outre-atlantique de certains mouvements religieux, pour ne citer personne (les Eglises évangélistes), actuellement en pleine diffusion mondiale d'ailleurs, à mon grand regret.

Lundi 24 mars 2008

Nous-m-me.jpg

A l'aube du monde, les dinosaures se diffusèrent partout sur la terre, puis aux balbutiements de l'humanité, ils partirent de quelques foyers isolés pour la coloniser, répandant partout leur civilisation, leurs connaissances, leur culture, leurs religions. Il en alla ainsi des civilisations mésopotamiennes, égyptienne, grecque, romaine, pré-colombiennes. C'est cette année que j'en ai pris la réelle mesure, tandis qu'on nous rabat les oreilles avec notre époque de mondialisation dont certains font l'apologie, contre qui d'autres se battent. La vérité, c'est que depuis le début, l'humanité tend vers cette mondialisation, tout comme sous l'Ancien Régime, des stratégies familiales oeuvraient pour l'ascention sociale sur plusieurs siècles et génération, patiemment, comme des fourmis ouvrières qui s'unissent pour la grandeur de leur "clan".

L'humain a pourtant une mémoire très courte et tombe si facilement dans les pièges de la vulgarisation et des poncifs de son temps. Récemment, je m'interrogeais (contrainte et forcée, pas par plaisir) sur la mondialisation du goût, si dénoncée par les alter-mondialistes à l'encontre de firmes tel McDonald's, pour ne citer que cet exemple archi connu et point focalisateur de la résistance à ce qu'on a appelé la "malbouffe". Derrière cela, les opinions révèlent une inquiétude face à l'uniformisation du goût, ou bien face à de la mauvaise nourriture. Mais qu'est ce qui fait qu'une nourriture est bonne ou mauvaise? A priori, cette chaine de restauration rapide s'engage à la traçabilité des ingrédients, ce ne sont donc pas des steaks de rat ou de vache folle qui sont servis. Il y a aussi le fait que cette nourriture soit grasse, mais on peut manger très gras, voir plus gras, en allant dans un restaurant très traditionnel ou en cuisinant soi-même. Est ce la restauration rapide qui est pointée du doigt? Il y a beaucoup de petits comptoirs de restauration rapide, vendant sandwichs ou d'autres portions de nourriture qui ne sont pas aussi mal jugés. La restauration rapide a toujours existé un peu partout de part le monde, on en voit des avatars tout ce qu'il y a de plus traditionnels en Asie, et on a bien retrouvé des jarres de comptoirs à restauration rapide dans les ruines de Pompéi. Alors c'est parce que c'est LA firme transnationnale par excellence, porteuse de valeurs conquérentes des Etats Unis dans le monde entier. On en revient à la question de l'uniformisation du goût. Mais pourtant, ça fait depuis des milliers d'années aussi qu'on tend à cette uniformisation du goût, avec la diffusion du blé ou du riz, avec le commerce d'huile et de vin dans la méditerranée de l'Antiquité, avec des usines à garum (sauce d'origine romaine à base de jus de poisson pourri ; si si, c'est vrai, les Romains et habitants de l'Empire romain raffolaient de ça) qui s'implantaient partout dans l'Empire romain car la demande était forte, avec la diffusion des plantes d'Asie, d'Afrique et d'Amérique après les Grandes Découvertes (cacao, café, thé, tomate, pomme de terre, maïs ...). Le monde s'est uniformisé en douceur depuis des siècles sans que personne ne se plaigne (en même temps, les victimes des colonisations avaient peu de moyens de se plaindre) et soudain, en quelques années, on assiste à de vives et violentes réactions. Ca mérite au moins quelques interrogations. Peut être parce que la visibilité d'une seule firme, comme porte drapeau d'une nouvelle sorte de colonisateur tout puissant insupporte des Etats moins muselés que les anciens colonisés. La nourriture, c'est la culture. L'adopter ou la rejeter signifie beaucoup. La première chose qui arriva après la chute de l'URSS fut l'implantation de McDonalds à Moscou. C'était au moment où Boris Eltsine militait pour une introduction immédaite et effrénée du capitalisme en Russie. Et moi, dans le fond, j'aime bien aller parfois manger chez McDonalds, autant que manger au délicieux restaurant mexicain au bout de ma rue, autant qu'aller dans un de ces bons restaurants chinois, ou dans un winstub alsacien traditionnel ou goûter à la gastronomie française. Je ne suis pas dogmatique, et je ne suis pas une militante acharnée. J'aime profiter de tout de manière modérée et équilibrée selon mes envies. Je déteste les "il faut" et "il ne faut pas". Et à bien y réfléchir, ça ne m'aurait pas étonné que j'apprécie le garum des Romains. Quelle mondialiste suis-je donc alors, de manière inconsciente (puir que nous avons tous de nombreux comportements intégrés, dûs au cadre de cette civilisation dans laquelle nous avons grandi)?

Mais tout ceci n'était en fait qu'une simple introduction du sujet qui m'intéresse vraiment dans ce cas-ci, car soyons honnêtes, ma mondialisation culturelle, c'est vaste. Ca passe par la culture artistique et littéraire, les connaissances scientifiques, le cinéma, les séries télé et les émissions, la musique, l'habillement, les tendances politiques et sociales, le droit, les comportements en société, et bien plus encore. Ca englobe tout notre mode de vie en fait, de ce qu'on regroupe sous le vocable de "civilisation occidentale". Mais il y a d'autres mondes mondialisés en ce cas ; les mondes du Moyen-Orient, de l'Asie, de l'Afrique, avec d'autres valeurs, et d'autres religions. Voilà ce que je voulais toucher à la base, la mondialisation des religions et des spiritualités, ou comment la notion de religion traditionnelle n'a aucun sens et n'en a jamais vraiment eu, d'aucun temps. Comment les religions antiques sont le résultat de multiples syncrétismes, tandis que les paganisants modernent tentent de se regrouper parfois sous des panthéons afin justement de trouver une identité, de ne pas tomber dans la soi-disant tendance actuelle des syncrétismes culturels du monde entier, comme on en voit quand on mêle sorcellerie celte aux chakras hinhous. Ah mes pauvres amis, mais comme vous vous leurrez si vous croyez encore à ce beau mythe d'identité d'un peuple, d'anti-syncrétisme. La tradition égyptienne n'était pas grand chose sans les cultures mésopotamiennes et syriennes, et vice versa. La Grèce a puisé sa mythologie de couches d'envahisseurs et a fait siennes de nombreuses divinités de l'Orient, Rome a accueilli toutes les divinités du monde connu sous son toit et les a romanisées. Et me Christianisme a syncrétisé le paganisme pour s'imposer. Mais cela, c'est une autre histoire que je développerai la prochaine fois, dans l'épisode 2 de "Eternelle mondialisation culturelle". Alors à demain pour de nouvelles aventures palpitantes où vous découvrirez comment on est tous des bandes de new-ageux depuis au moins 5000 ans!

Blog : Guides d'achat sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus