Lundi 16 juin 2008
Toutes celles et ceux qui étaient ados en 1997 (et ceux qui ne l'étaient plus aussi, après tout) se souviennent surement du nu mythique de Kate Winslet dans le film du Titanic. Pourtant, ce genre d'exercice artistique m'évique autre chose : le fusain d'une femme nue, datant à peu près de l'époque du Titanic, mais en vrai cette fois, accroché à côté du lit de mes vénérables arrières grands parents, dans la maison familiale du sud de la France. C'est que mon grand père fut toute sa vie amateur de belles femmes. Outre le fait que la modèle représentée était vraiment une belle jeune femme, la seule chose que j'aie jamais pensé est que si j'avais été mon arrière grand mère, je n'aurais jamais accepté que la concurrence entre jusque dans ma chambre à coucher, d'autant dans les années où je n'aurais plus été aussi fraiche que ce dessin de femme éternellement jeune et belle.

C'est avec cette idée en arrière plan que je me suis rendue aujourd'hui dans une école supérieur d'arts de Strasbourg, où j'avais été "embauchée" pour poser en nu académique afin que les étudiants puissent s'entrainer au nu féminin. Comme à chaque fois qu'on pose, c'est très sportif. Il faut tenir dans le froid des poses scabreuses longtemps, où on finit au moins une fois sur deux avec des courbatures et des fourmies dans les jambes ou les bras. Sans parler du pire moment : celui où on apparait entièrement nu face à cette petite dizaine de paires d'yeux sans cesse braqué sur soi.

Mais il y a de la satisfaction à être un bel objet, une belle statue vivante. Pas de ces objets sexuels de nos jours, ces objets pornographiques. Non, être une belle statue ancienne dénudée, une muse du 19e siècle, un objet d'Art. Je trouve qu'il y a un grand romantisme là dedans. Et aucun regard pervers ; au contraire, de la reconnaissance, des discutions qui s'en suivent sur les sensations d'une telle expérience, et le plaisir infiniment narcissique de se voir dessinée des dizaines de fois. De voir qu'on est représentée de manière très flatteuse. Et de repenser au fusain de la chambre de mes arrières grands parents.

C'est dommage que je n'ai pas pu demander d'emporter avec moi quelques uns de leurs dessins. Je n'aurais vu aucune mauvaise concurrence qu'à mes 80 ans, mon corps jeune demeure face au lit conjugal, figé dans une perfection artistique.
Mardi 3 juin 2008


Et oui, voilà mon quotidien, quoique le "éso" saute souvent. C'est particulièrement vrai ces jours ci avec la nécessité de finaliser la traduction du cycle d'Ariadne's Thread, comme c'est le cas chaque mois pour la Nouvelle Lune. Après tout, je m'y suis bien engagée en proposant un enseignement, et je tiens mes responsabilités, même en temps de vache maigre de temps libre, et de surbookage de travail. Comme nous le disons, Hyouden et moi, c'est bien devenu notre second travail. Donc, je devrais dire "boulot, boulot, dodo".

Je devrais appliquer cette maxime de manière plus stricte et commencer à travailler plus ésotériquement ma réussite. Après tout, on nous apprend bien que le monde est affaire de systémique et que c'est un ensemble de facteur qui mène à un certain résultat. Après tout, dans la longue durée, il y a des choses toutes simples qui peuvent s'avérer utiles et efficaces. Un peu comme l'homéopathie je suppose. Belle analogie d'ailleurs, si on prend en compte l'avis de certains, selon lequel l'homéopathie serait un placébo agissant sur le mental.

Enfin, voilà un article pour ne pas dire grand chose. C'était histoire de caser cette expression lumineuse qui m'est venue et qu'il aurait été dommage de ne pas sauvegarder ... J'en ai d'autres en stock, j'essairai de leur faire un article un peu plus étoffé puisque, au moins, elles se prêtent à réflexion un peu plus poussée que le "Boulot, éso, dodo" probablement destiné à entrer dans la postérité occulte.


Rhaaa mais non, mon quotidien n'est pas si horrible, la plupart du temps, c'est plutôt "gâteau, boulot, dodo" (ça compte beaucoup pour le moral) ... Enfin, gâteau ; ça peut être bonnes crêpes (salées et sucrées), plats chinois ou toute autre bonne cuisine (Resto, boulot, dodo?), tout en songeant à ne pas abuser, sachant qu'il y aura un après-oraux. Et j'aurai intérêt à tenir ma ligne jusque là, je ne voudrais pas être toute boudinée en Crête tout de même! Tenter de réussir un concours, c'est quand même trouver une subtile combinaison de beaucoup d'éléments !
Jeudi 22 mai 2008


Les résultats d'admissibilité sont tombés, avec un jour d'avance. Et voilà. J'ai effacé les renseignements me concernant directement, avec mes jours/horaires d'oraux et de commission, mais voici ce qui m'est apparu en tapant (fébrilement) mon numéro de candidate.

J'ai crié, sauté au plafond, appelé tous mes proches, et je me sentais décoller pour le Nirvana (et y rester durablement).

Un mois et demi difficile et très laborieux s'annonce, mais c'est tout de même déjà tellement gratifiant d'avoir passé la barre de la première sélection. Je ne présume de rien, comme je n'ai jamais présumé de rien, mais ce soir, je savoure cette petite victoire de plusieurs mois de travail, de remises en question, d'angoisses et de déprimes.

Ah ces trois mots magiques ! "Vous êtes admissible" ...
Dimanche 18 mai 2008

Des souvenirs épars d'orages de mai :


-Trombes d'eau qu'on contemple devant la fenêtre
- L'odeur de l'ozone en tenant une citrine que je venais d'acheter
- La profondeur de la végétation luxuriante brillante d'eau
-
Mon Voisin Totoro que j'avais dû interrompre pour que la télévision ne souffre pas de l'orage
- Une odeur sauvage insondable
- Une journée d'orage en continu
- Une harmonie de l'énergie électrique qui doit éclater et en emplir l'air
- La passion d'une étreinte
- La plénitude de l'oeil du cyclone


...

Il y a eu le premier vrai orage de cette année, et c'est une de mes manifestations naturelles préférées. Sûrement aussi une de celles où je me sens le mieux, entre déchainement de passion, et paix extatique. Telle Anat, déesse d'amour passionné, de printemps et de furie guerrière.

J'en ai bien profité.
Samedi 17 mai 2008



Nous vivons une époque où l'éducation n'a jamais été aussi disponible, et où la valeur économique de l'intellect n'a jamais été aussi faible. Les exemples sont partout, avec la faiblesse des crédits aloués aux chercheurs de tout bord, même les scientifiques (qui pourraient à priori avoir plus d'utilité relative de nos jours que ceux des sciences humaines), ainsi que leurs salaires dérisoirs, la baisse des postes d'enseigants et donc le non-renouvellement du nombre des professeurs, la tonalité économique qui s'insère comme priorité jusque dans des domaines comme l'histoire, la géographie ou les lettres, les journalistes au chomage ou réduits en grand nombre à rédiger des compte-rendus (économiques) pour des entreprises, les artistes qui survivent en rongeant leur peau de chagrin ...

Forcément, à moins d'une semaine de mes résultats d'admissibilité au capes, je ne peux que retomber dans cette interrogation de l'avenir qui m'attend, qui attend plus généralement ceux de ma génération. Le paradoxe et la contradiction mènent notre époque, tandis que les jeunes sont poussés à de longues études inutiles à leur avenir professionnel (et donc leur capacité à être indépendants et à avoir une situation financière digne de leur cursus), l'Etat est contraint d'ouvrir les portes du pays à une immigration de bons travailleurs étrangers, dociles et peu revendicatifs, dans des postes sans qualification ou des métiers difficiles, et en arrosant tout cela d'un contexte de racisme plus ou moins modéré ou flagrant. A un an après les élections présidentielles, on sait avec l'aide de quel électorat notre actuel président a gagné, entre autre ... La chose la plus sûre en tous cas est qu'un profond malaise est là, et ne cesse de se creuser avec cette "classe" nouvelle de gens instruits, diplomés et au chomage, ou devant se contenter de boulots minables qui ne nécessitent pour ainsi dire aucune formation, ou si peu de celle prestigieuse et élevée qu'ils ont. Quand on sait que la plupart des docteurs, ayant soutenu une thèse, doivent se faire vendeurs en grand magasin ou en supermarché pour survivre, en espérant une hypothétique place de chercheur, il y a un véritable malaise.

Hier, quelqu'un me rapportait qu'un ingénieur algérien avait suivi en France son épouse et avait dû, pour vivre, se faire employer aux abattoirs où il mène un train de travail surchargé et misérable. Tout à fait indigne du mal qu'il a dû se donner pour devenir ingénieur et espérer une vie meilleure. Mais il y a trop de cerveaux dans ce monde si pragmatique, mondialisé, dans cette civilisation de la course à la productivité et où l'humanité dans ce qu'elle a de plus subtile et raffiné se perd dans une robotisation sans fin. Et moi, quand bien même je serais admissible, quand bien même j'aurais le capes; devrais je sauter de joie? Je serai arrivée en trimant comme une bête de somme là où il y a quelques dizaines d'années, il ne fallait qu'un bac. Et l'Education Nationale songe à repousser le droit de passer le capes au delà de la licence, après le master. Ma foi, un master, j'en ai un. Mais quand on pense qu'il faut une licence, donc 3 ans d'études après le bac, et un niveau scientifique de terminale S pour devenir actuellement instituteur, que doit-on penser? Trop de candidats éduqués, et donc une sélection comme si on devait trouver de hauts ingénieurs? Donc si j'ai ce capes, j'aurai gagné durement le droit d'enseigner à des collégiens, et j'aurai décroché le rêve de tous : avoir un emploi à priori stable (jusqu'à ce qu'on supprime purement et simplement la fonction publique). Rien que pour ça, j'imagine, je devrais alors m'estimer heureuse et bien récompensée.

Seulement voilà, du coup, il y a un terrible décalage entre le niveau intellectuel et l'activité exercée, pour tous ces gens, ces intellectuels clandestins. Comment ne pas voir le malaise personnel et commun de toute cette frange de population, réellement désabusée? Je n'oserai sûrement jamais dire à mes enfants, plus tard "Travaille bien à l'école pour avoir un beau métier où tu gagneras bien ta vie", comme on me l'a si souvent répété. Je me sentirais coupable de les entrainer à coup sûr au chomage ou à la galère, sauf si l'un ou l'autre d'entre eux devaient se passionner pour l'économie et avoir une réelle vocation pour cela. Alors oui, il ou elle nagerait dans le bonheur le plus profond, si le monde a continué ainsi.

En attendant, pour sortir de ce négativisme où nous restons impuissants, il est possible de se demander ce qu'on peut faire de ces cerveaux. Car si le problème actuel est que trop peu pensent et qu'on nous pousse à accepter sans trop penser ce qu'on nous donne, il faudrait que tous ces clandestins malgré tout, puissent se regrouper et travailler ensemble. Ca sonne un peu comme du bénévolat, et ils sont déjà bien occupés à essayer de vivre décemment comme ils peuvent. La pensée, les réflexes aquis durant les études se perdent, malheureusement, d'autant quand on n'exerce pas. Quel gâchis alors que le terreau est là, et qu'on le laisse en friche. J'ignore ce que je ferai par la suite, seulement je vois aussi où je suis et je sais que je ne veux pas voir ma pensée s'apauvrir. J'aimerais avoir le luxe de pouvoir continuer à débelopper mes capacités de réflexions pour sans cesse améliorer mes analyses, mes travaux. Pour moi et éventuellement ceux qui seraient intéressés. C'est peut être ma forme d'arrogance, me refuser le risque de tomber dans ce que je juge qui serait médiocre, pour moi, selon les critères que je m'applique. Tout, plutôt que cette honte d'avoir évolué pour une récolte stérile, et me rabougrir sans n'avoir jamais donné aucun fruit. Cette société m'a donné les moyens de m'éduquer, il faudra qu'elle me supporte telle qu'elle m'a faite. Ou bien, elle n'aurait pas dû me donner le droit de savoir penser, et de voir la situation malheureuse dans laquelle je serais laissée. A quoi bon me faire ouvrir les yeux, si c'est juste pour contempler l'étendue de la médiocrité, du peu de marges de manoeuvre laissées aux gens comme moi, qui sont de plus en plus nombreux. A quoi bon nous faire grands pour nous forcer à passer dans un trou de souris?

Il parait que quand on veut, on peut. Il faudrait que tous ces intellectuels fassent entendre leur voix hors de la clandestinité, que leurs pensées et travaux aient aussi l'opportunité de se faire connaître. Car c'est bien comme ça que ça marche, le tout est de pouvoir attirer l'attention. Pas facile quand on n'est pas un "officiel", mais ça vaudrait quand même la peine de tenter, un peu plus.

Définitivement, il faut être de la race de ceux qui aiment leur Art, leur Science, pour le seul amour de la chose et sans trop espérer autre chose. Les voilà, nos moines et ascètes modernes, qui renoncent aux biens du monde pour la gloire de la pensée et du savoir.

 

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