Jeudi 26 juin 2008

Récemment, j'ai dû échauder un peu une personne qui était aimablement venue me demander plus de précisions au sujet su rituel de Lughnasadh que le coven du Paradigme de la Sphinge organise dans le sud de la France. En dehors du fait que ça fait la énième fois que je suis contrainte de répondre qu'il y a déjà beaucoup d'informations sur le site internet et que, si cette personne veut vraiment plus de précisions, il faut poser des questions précises, elle a dûe se retrouver fort surprise en lisant que nous n'organisions aucun rituel de Lughnasadh.

Pourtant, il est vrai, nous faisons bien quelque chose le 2 aout. Mais ce n'est, et ne sera jamais un Lughnasadh. Comme la plupart d'entre nous le savent, cette fête a un autre nom "officiel", qui est Lammas, et signifie vaguement "récoltes". Et donc, si nous n'organisons pas de Lughnasadh, nous serons ravis d'accueillir toute personne souhaitant se joindre à nous pour notre Lammas. Mais pourquoi donc une telle attitude tatillonne sur le nom de cette fête dans notre secte (si ça se trouve, en disant ça, certains prendont ça au sérieux et je me verrai figurer dans le prochain rapport anti-secte ...)?

Rappelons tout de même que nous sommes une tradition originaire de la Wicca Dianique, et que la Wicca Dianique, par définition, n'honore que la Déesse. Ou pour être plus précise, plutôt, elle ne fonctionne pas sur un mode duothéiste, et la Déesse porte en Elle autant des attributs traditionnellement masculins que féminins. La Déesse est le Grand Tout, d'où tout vient et tout retourne. Donc, sachant que Lughnasadh, comme le nom l'indique, est la fête de Lugh, un dieu solaire celtique, il est totalement exclu que nous célébrions une fête du nom d'une divinité que nous n'honorons pas. Ce serait soit pécher par ignorence, soit par bêtise, que de fêter "Lughnasadh".

Par ailleurs, pour des histoires un peu complexes que je n'irai pas exposer ici, Lugh est quelque peu personna non gratta parmi nous. Par extension, il représente la figure solaire patriarcale par excellence, qui, à l'image de Zeus, polarise sur lui des pouvoirs souvent abusifs. Les mythes, qui le représentent comme polytechnicien, le rapprochent également d'Apollon. Si lointain de Dionysos ... Et si lointain du sens de cette fête, célébrant les fruits récoltés depuis le solstice. Décidément, Lammas est le nom le plus proche de sa manifestation actuelle de temps de rassemblement et de partage des fruits du coeur de l'été.

 

Dimanche 25 mai 2008
Il est rare que je sois à présent chez moi, dans ma famille, le week end. Je suis plutôt en général chez moi, en tête à tête de couple. Mais là, circonstances exceptionnelles de révisions intenses, des deux parties. Alors du coup, je retourne au calme, sans compter que c'est aujourd'hui la fête des Mères. Fête dont l'origine historique et ses relations à différents régimes peu féministes (tel celui de Vichy) peuvent rendre discutable. Mais après tout, sacrifions à la tradition, si en plus ça peut faire plaisir.

Je n'ai pas toujours eu les relations complices et harmonieuses que j'ai à présent avec ma mère. Nous nous sommes vraiment entendues que le jour où elle m'a acceptée comme son égale, après l'enfance et l'adolescence. Avant cela, elle était la maman embêtante qui m'empêchait de jouer, regarder la télé ou sortir voir des amis pour me faire répéter inlassablement des leçons, que ce soit après l'école ou tout le dimanche. On s'est éloignées encore à l'adolescence, elle avait un regard critique sur la prise de libertés de sa petite fille, et quelque part, ne voulait pas la voir grandir trop vite. Les aléas de la vie, les difficultés comme des maladies ou d'autres épreuves achevèrent au bon moment mon entrée dans l'âge adulte, et nous avons fini par nous retrouver à regarder toutes deux, en fans inconditionnelles, Sex and the City tous les vendredi soirs. On attend d'ailleurs la sortie du film avec grande impatience, c'est un ciment incomparable de nos relations de femmes adultes.

Ma meilleure amie avait entendu parler d'un livre historique sulfureux sur la sexualité durant l'Occupation allemande en France, à la 2de Guerre Mondiale (1940-1945 : Années érotiques, de Patrick Buisson). Ma mère n'a jamais aimé l'Histoire, c'est un héritage que j'ai reçu par mon père. Mais elle aime les détails croustillants, et tout ce qui est amusamment sulfureux. S'il y avait bien un moyen de lui faire aimer l'Histoire, c'est bien un moyen comme celui-là. Elle fut vraiment ravie de ce cadeau.

J'ai pu lui offrir lors du traditionnel petit déjeuner en famille du dimanche matin, auquel je n'avais plus pris part depuis des lustres. Dans la conversation qui suivit, elle rappela combien elle était heureuse que j'aie pu être admissible, affirmant que tout le monde me soutenait, même une connaissance de ma grand mère qui avait prié la Sainte Vierge pour moi. Elle ajouta que c'était vraiment aimable et généreux de sa part, une personne si pieuse, puisqu'elle ne me connaissait pas, et que c'était une chance, car selon ma grand mère, ses prières étaient toujours exaucées (et elle était connue dans son coin pour ça). Un débat s'engagea avec mon père, soutenant que cette femme qui se contentait de prier pour demander des voeux n'était pas pieuse. Deux spiritualités différentes, que mon père et ma mère, tous deux catholiques. On pourrait dire que ma mère et ma grand mère se rattachent à un catholicisme "de bonnes femmes", peuplé de saints, dont la Sainte Vierge, présents pour secourir les fidèles. Tandis que mon père est plus cartésien, chrétien dans le sens original du terme et somme toute, à la spiritualité plus "masculine". Il lui fit comprendre que les prières de voeux à Marie étaient peu conformes au véritable christianisme. J'ai souri en entendant la réponse si spontanée de ma mère :

" Mais enfin, c'est Notre Dame, Notre Mère! Et Elle aime Ses enfants! "

Et d'ajouter qu'elle croyait en Marie et à l'Esprit Saint. L'Esprit Saint, cette féminité divine des cathares, des gnostiques comme je le disais il y a peu. C'était un instant qui m'a émue. Je vois bien que, bien que sa spiritualité soit plus simple, moins emplie de questionnements surement que la mienne, je ne suis pas si loin de ces pratiques "de bonnes femmes", très vivantes du côté maternel de ma famille. Des bidouilleuses magiciennes qui n'ont aucun scrupule à demander à la Mère de réaliser nos voeux, même (et peut être surtout) ceux de la vie très matérielle et quotidienne. La Mère est bien celle qui pourvoit à la nourriture et au nécessaire de Ses enfants. Elle est bien ancrée dans la terre.

J'aurais du mal à faire comprendre ces subtilités à ma mère, trop attachée au catholicisme par tradition familiale et par héritage de sa propre famille, mais je vois bien que pour le fond, la Déesse est bien présente chez moi, bien avant moi. Jolie fête des Mères.
Mardi 20 mai 2008



Mai, mois d'amour, de célébration de la vie, mois arc-en-ciel ; mois de la Muse. Mois des sérénades, des cours d'amour (pour y revenir), d'insouciance en même temps que de mystères profonds, poétiques. C'est en vérité un mois idéal pour se laisser aller à l'inspiration poétique et artistique de tout ordre. Dans les feuilles des arbres se mélangent grâce au vent les paroles de pouvoir et de plaisir. Le monde se fait murmurant d'une grande sérénade.
Si ce n'est pas encore l'heure de la fécondité physique, c'est le temps de la création des chants, des hymnes, des incantations, des arts parlés, écrits, gravés, dessinés ... On sort des murs du château et on joue de la musique, et chante, et danse, au devant, dans l'air printanier au accents doux, lancinants et langoureux.

Aujourd'hui, la pleine lune donc. Le temps est encore à la Muse, Jeune Fille sauvage, et savante, Initiée aux mystères des mots et des images magiques. Alors je proposerai ici une traduction d'un article sur la Muse et ses cinq éléments. Peut être d'autres articles sur la Muse suivront, au gré des envies et des inspirations.

 


La Déesse Muse et ses Eléments
Traduit d'Ariadne's Thread de Shekhinah Mountainwater, par Hédéra



Qui a vu le vent ?

Ni vous ni moi,

Mais lorsque les arbres font pencher leurs feuilles

C’est le vent qui passe par là …

 

-traditionnel

 

Dans le mythe Celtique, il y a de nombreux contes où des harpes se mettent à chanter par un vent mystique, ou bien elles sont habitées par l’esprit chantant d’une femme. Une ballade populaire appelée Binnorie raconte l’histoire de deux sœurs qui étaient toutes deux vouées à un jeune chevalier. Il doit épouser l’aînée, mais aime secrètement la plus jeune. La sœur plus âgée, pleine de jalousie, pousse sa sœur à la mer. Un joueur de harpe passe par là ; il fait de la cage thoracique une harpe, et de ses cheveux blonds des cordes.

Des os de sa poitrine, il fit une harpe

Dont le son ferait fondre un cœur de pierre

 

Les cordes qu’il confectionna de ses cheveux d’or

Et voilà ! De lui-même, un air été joué …

L’esprit de la femme noyée avait élu résidence dans la harpe, et chante la vérité sur son assassinat. Bien que ce conte soit narré dans un contexte patriarcal, la présence de la Déesse peut être ressentie dans une beauté à en donner des frissons. C’est là le test d’un poème ou de toute forme d’art ; si la Muse est présente, vous la sentirez, et serez enchantée.

Une énigme :

Découvrez de quoi il s’agit.

La forte créature d’avant de Déluge

Sans chair, sans os,

Sans veine, sans sang,

Sans tête, sans pieds …

Dans le champ, dans la forêt …

Sans main, sans pieds.

Elle est aussi sauvage

Que la surface de la terre,

Et elle n’était pas née,

Ni n’était vue …

Réponse : Le Vent

(Tiré du Book of Taliesin [Livre de Taliesin] traduit du gallois par Lady Charlotte Guest)

Dans les mythes Irlandais, une légende raconte que le vent chanta à travers les côtes d’un squelette de baleine échoué sur la plage un beau jour. Et c’était la respiration de la Déesse qui faisait vibrer les os, créant la première musique qu’il exista …

Sorcière de l’air

Gorge pleine de chants

Filant de doux sorts …

La respiration, ou le vent, sont synonymes d’inspiration et de magie dans les mythologies du monde entier. Dabs l’Irlande païenne, les quatre vents cardinaux étaient tenus pour porteurs de qualités attribuées à leurs directions : Le Vent de l’Ouest apportait la nourriture et l’habillement ; le Vent du Nord apportait la mort et la résurrection ; le Vent du Sud apportait les fruits, le miel, et la musique ; le Vent de l’Est apportait l’or et les richesses infinies. (il est intéressant de comparer cela avec les utilisations magiques des directions, telles qu’on les trouve dans les traditions sorcières Européennes, et les traditions Natives Américaines.) Dans l’histoire de la Genèse Judaïque, dieu insuffla la vie à Adam. Dans le mysticisme Chrétien, la Colombe insuffla la graine de dieu dans le ventre de Marie. Dans la mythologie Grecque, la Déesse Eurynome tomba enceinte par un vent fertilisant. Les yogis nous enseignent la grande importance de développer et d’apprécier notre respiration.

En Inde, les Hindous croient en Voc ou Vac, Déesse du mot parlé. D’elle, nous avons des mots tels que la voix, la vocalise, l’invocation, l’incantation. Sa bouche est le lieu de naissance du son et de la signification, égale au chaudron de transformation, la vulve qui donne toujours, la coupe toujours remplie, la grosse pourvoyeuse de mystère. Cette puissante image féminine est une des rares où nous puissions découvrir que cela affirme les capacités de la muse qu’on les femmes.

 

Bien qu’ils ne soient que des souffles

Les mots que je commande

Sont immortels

- Sappho

 

La parole est vraiment une chose merveilleuse. Elle commence dans l’esprit avec des images créées par l’I-magi-nation, elle est portée à travers les poumons sur le vent de notre respiration, et est rendue hors de notre bouche en tant que son articulé. Le processus de création a commencé, comme le montre l’étoile à cinq branches des sorcières, commençant avec la vision ou l’image, gagnant en densité de l’air (pensée et parole), l’eau (désir et courage), et le feu (volonté et action) sur la voie pour devenir réalité. Nos ancêtres avaient compris cela en tant que Pouvoir de Nommer, et lui portèrent un grand respect. Elles savaient que nommer une personne ou une chose était la contrôler, car alors elle doit agir en conformité de la nature de ce nom. C’est la raison pour laquelle de nombreuses divinités avaient des noms secrets, seulement connus de ceux qui célébraient leurs rituels. Il y a de nombreuses légendes dans lesquelles les ennemis de certaines tribus les vainquaient en découvrant les noms secrets de leurs dieux et en les prononçant à haute voix durant des batailles de sortilèges. Les individus avaient aussi des noms secrets, qui leur étaient donnés à la naissance, et peut être uniquement connus de ceux qui leur étaient les plus proches par le sang ou le rituel. Révéler le nom de quelqu’un revenait à mettre son âme à nu.

Les féministes d’aujourd’hui découvrent le pouvoir de nommer. En appliquant cela aux sources de leur oppression, telles que « le sexisme », « le viol », « la domination », ou « phallocentré », elles font des pas importants vers la libération. Il est très difficile de s’extraire d’une situation que l’on ne peut décrire ou comprendre. Nommer, c’est identifier. Lorsque les sorcières bannissent, elles savent que le premier pas est de nommer le démon ou ce qui doit être éliminé. Le même principe est utilisé dans la création de sorts nouveaux et positifs.

Certaines féministes politisées prennent une position critique, quoiqu’en relation avec les suivantes de la Muse-Déesse. Bien qu’il leur est venu à l’esprit que le langage et le fait de nommer avaient du pouvoir et fournissaient une clé à leur libération, elles n’ont pour le moment pas fait le bond dans les réalités non linéaires, les trouvant « irréelles », ou « une attitude de fuite ». Elles pensent toujours de manière linéaire, et sont de ce fait toujours dans la réalité contre lesquelles elles affirment résister. La seule manière de véritablement changer le monde est de cesser d’opérer dans une structure de croyance patriarcale, et de sauter dans une manière de penser totalement nouvelle. Ou, comme mon amie Liberté aime à la dire : « Faire un tour à cent quatre vingt degré de conscience ».

De nos jours, le mot parlé reçoit peu de respect, tandis que l’autorité est donnée au mot écrit ou enregistré. Les gens n’accordent pas d’attention à leur parole, disant des moitiés de vérités ou faisant des promesses qu’ils ne tiennent pas. Les pressions sociales nous tentent de mentir continuellement, souvent en menaçant notre survie si nous ne nous y conformons pas. L’honnêteté, notre droit de naissance, est devenu embrumée dans les jeux de mots. Nulle ne peut être une bonne jeteuse de sorts de la sorte. Une bonne sorcière connaît l’impact du langage, et en use avec précaution.

C’est là que la question de l’honneur entre en compte. En tant que récipient de cuisine, on raconte que le chaudron de Cerridwen refusait sa nourriture aux menteurs. Sa bordure était décorée de perles, un symbole de vérité connu de longue date. Se soustraire à la vérité signifiait se soustraire aux faveurs de la Muse. Être possédé par la muse signifie être possédé par la vérité.

En termes magiques, cela signifie que votre parole ne peut pas être puissante si vous ne dites pas ce que vous pensez, et si vous ne faites pas honneur à ce que vous dites. Chaque fois que vous vous détournez de vos engagements verbaux, vous créez un flou, un trouble dans votre langage. De plus, l’esprit inconscient, étant incapable de trahison, veut croire ce que vos mots parlés disent. Ce principe est à la base de toutes les affirmations et les sorts. La vérité est riche de force de vie, avec son présent, sa beauté et sa réalité. Cela donne le potentiel au langage magique. La vérité embrumée trouble le sort, et peut être préjudiciable à votre magie, sinon franchement dangereuse.

«  … La beauté est la vérité, la vérité est la beauté, voilà tout

Vous le savez sur terre, et c’est tout ce que vous avez besoin de savoir. »

John Keats

 

En plus de l’élément de l’air, la Muse a aussi bien été représentée par les quatre autres éléments. Dans la mythologie Irlandaise, la déesse Brigid était adorée en tant que celle qui apporte la flamme – la flamme du foyer qui fournissait la nourriture, la flamme de la passion en amour et dans la bataille, et la flamme « supersensuelle » de la poésie.

Sorcière du feu

Souffle à la flamme

Allume la passion …

Sienne était aussi la flamme qui tempérait les métaux des forgerons, et qui était donnée par son corps de terre.

La Muse avait une tradition aquatique en tant qu’Aphrodite, la déesse de l’Amour, qui naquit de l’écume de la mer. Sappho et ses sœurs de Lesbos adorèrent Aphrodite en tant que source de beauté, passion, et inspiration poétique. L’Aphrodite galloise était plus ancrée dans la terre. Nommée Olwen, elle était patronne du pommier sauvage. On raconte que son fruit donnait l’immortalité poétique.

De nombreux poètes ont été inspirés par Mère Nature, qui peut être vue comme la Muse sous son aspect de terre. Un poème qui décrit les beautés et la sagesse de la nature est aussi une invocation à la déesse.

Sorcière de terre

Oreille au sol

Ecoutant les battements de Son cœur …

Vendredi 9 mai 2008
 


Du moins, cela est vrai si on considère que la définition de "wicca dianique" ne s'applique qu'à la création initiale de Z.Budapest. Cette affirmation peut surprendre à la voir ainsi, pourtant c'est comme ça que c'est tombé dans une discution que j'avais eue, il y a quelques semaines, justement pendant mes vacances dans les Pyrénées.

Cela s'applique en fait à tout courant, religieux, magique, politique, culturel (etc ...) qui est issu d'une conjoncture et fonde sa raison d'exister dans cette fameuse conjoncture. De fait, la Wicca Dianique est née des années 70, de la révolte féministe, de revendications justifiées pour une émancipation féminine nécessaire. Lorsqu'on lit le Holy Book of Women's Mysteries de Z.Budapest, il y a une sorte de gêne. Je l'ai ressentie, d'autres aussi. On sent qu'il se fait vieux, que le discours est dépassé, car bientôt 40 ans après, on ne comprend plus toutes les raisons invoquées aux fondements de cette tradition ; celle de l'exclusion, celle de la nécessité de se faire guerrières féministes contre une société abominablement oppressive pour les femmes. L'égalité n'est toujours pas entrée dans les moeurs : la parité des salaires n'est pas encore établie, des maris battent encore leurs femmes, des comportements sexistes restent présents à toutes échelles. Oui, mais on ne se reconnait plus. On sent bien que les choses sont autres, et ont évolué. Il y a comme un sentiment de ridicule, à l'idée de se clamer victimes d'une société patriarcale à l'excès, comme si nous en étions réduites à un régime de mollahs ...

Le dianisme est mort, sa mort était programmée dès sa naissance. Il intervenait comme réponse porteuse d'une solution espérée à un problème donné : l'oppression des femmes et la libération de celles-ci et des moeurs. Dans un passage de son ouvrage phare, Z.Budapest clame que les femmes ne doivent enseigner la magie à aucun homme tant que ceux-ci ne leur auront pas rendu liberté et pouvoir. Le contexte est clairement celui de la guerre, de la même manière que les esclaves africains pratiquaient le vaudou dans les plantations des Européens/Américains, comme forme de résistence réelle et culturelle. Les armes ont été baissées depuis longtemps, et si nous restons dans une situation de combats ponctuels, la guerre est belle et bien achevée. A quand remonte donc le dernier soutien-gorge brûlé? Il faut se faire une raison, à lire le Holy Book of Women's Mysteries, en dehors des techniques magiques et des mythes, c'est le regard de l'historienne qui fut interpellé. Je sentais bien que j'en apprenais plus sur le passé que sur le présent, comme si une fenêtre vers un autre temps m'avait été ouverte. C'est un signe qui ne trompe pas.

Ce fut aussi le temps de la flambée du lesbiannisme, très pregnant parmi les courants féministes de la Déesse. Là aussi, il y avait fort à faire. Les femmes et les homosexuels de tous sexes avaient un combat similaire à mener, et les féministes aimèrent à combattre sous ces deux bannières qui semblaient si bien aller de pair, leur faisant faire d'une pierre deux coups, en éliminant de leur existence le problème qu'était les hommes. Car plus d'hommes, plus d'oppression. On en vint à décréter que toute bonne féministe se devait d'être lesbienne. Honte à qui osait rester hérétosexuelle, c'était une victime du système qui n'arrivait pas à se dégager de la tutelle patriarcale et à prendre sa vie entre ses mains... Voilà l'avenir qu'on nous préparait, nous soustraire à un diktat pour nous en imposer un autre.

Il est évident qu'aucune naissance ne se produit sans cris et douleurs, que les excès initiaux sont rééquilibrés par la suite pour rendre la situation vivable. C'est bien ce qui arriva lors de la Révolution française ; et on se surprend d'ailleurs comme en quelques années, tout est si bien pacifié, et qu'on peut même retourner à une société très rangée et hiérarchisée. C'est finalement un peu ce qui est arrivé au monde après la déferlante féministe des années 70. Mai 68 (puisqu'il est à la mode d'en reparler en ce moment) et les années 70 ont laissé la trace de leurs écumes, mais furent aussi largement reniés. Comme toute grande tentative de changement dans l'Histoire. Peut être est-ce mieux pour certaines choses, et pour les autres, un goût amer nous reste.

Toujours est-il, la Wicca Dianique est morte, peut être plus que tout autre courant wiccan, puisque son temps est passé, que les dianiques pures et dures qui restent sont celles qui ont vieilli ainsi avec leurs idéaux, telles de représentantes fossiles de leur époque, que bien rares sont les "dianiques" de la nouvelle génération qui peuvent se retrouver dans leurs idées. Cela est vrai aussi de la Wicca Gardnérienne finalement, puisque le temps des salons occultes de la fin XIXé siècle-première moitié du XXé siècle est passé. Les mentalités ont évolué avec le monde. Dire qu'il est pire ou meilleur n'est qu'un jugement subjectif ; aujourd'hui, la Wicca est un mouvement de masse qui n'a plus grand chose de franchement secret et initiatique. L'esprit a évolué, le sens qu'on donne au terme "wicca" aussi. Quant au terme "dianique", il est devenu un mot générique pour désigner une voie magique centrée sur la Déesse privilégiant un travail entre femmes, quoique la mixité puisse très bien intervenir. La wicca "dianique" d'aujourd'hui est celle des disciples de la Déesse, celles et ceux qui La réclament, Elle et Sa magie. Le féminisme est devenu plus égalitaire, parce qu'on sent peut être qu'après la flambée strictement féminine et féministe, il est temps de partager les secrets de la Déesse avec les hommes. Pour qu'ils puissent La comprendre, pour qu'ils puissent L'aimer. Pour qu'ils respectent enfin les femmes sans qu'elles aient à entrer en guerre avec eux. Pour que tous, enfants de la Déesse, puissent se comprendre les uns les autres. Au moins un peu plus qu'avant. Chercher pour une fois à avancer et à construire main dans la main, sur le même plan ; en cessant de mettre en avant les différences de genre, sans toutefois renier chacun, et reconnaitre un peu plus les similitudes, la nature commune.

Les gens comprennent finalement mal la Wicca Dianique car ont toujours gardé la définition première, datant des années 70. Ne s'y interessant pas vraiment, ils ne peuvent avoir l'idée de chercher plus loin. Il serait important de redéfinir cette branche, ou d'abandonner sa dénomination, afin d'être réellement comprise et jugée correctement, tout comme on révise régulièrement le dictionnaire, en réactualisant les archaïsmes. C'est dans cette optique que nous avions pris la décision de fonder officiellement la tradition de la Sphinge, pour affirmer clairement notre position dans la différence d'avec la wicca dianique des années 70 à laquelle il serait non avenu de se rattacher à notre époque. Tous les courants traversent des crises de redéfinitions, même les disciplines qui semblent les plus assurées, dans les sciences. C'est un défi que toute génération est appelée à relever une fois ou plus dans sa vie. Comme une fatalité? Non, comme une aventure. A quoi bon avoir vécu sinon, si on n'a pas contribué à faire évoluer le schmilblick?

Le dianisme est mort, vive le dianisme!


[ Edit : Suite aux commentaires de Hialmar au sujet de la crise, plus généralisée, des courants religieux et ésotériques, voir aussi son article pour plus de développements sur cette question. ]

Mercredi 23 avril 2008


Les hasards et les coincidences font beaucoup à la réflexion, si tant est que ça en est. Une fois de plus, nous nous rapprochons de Beltane, ou plutôt de l'ensemble de la période qui couvre le signe du Taureau, période de fertilité, des amours humaines, animales et végétales, la période où rien n'est aussi vert et où "même la pluie est agréable" ... moi qui déteste la pluie... C'est surement l'époque de l'année qui m'est la plus fantasmagorique depuis des années, qui s'est mêlée à ma propres mythologie personnelle ainsi qu'au vécu, année après année. Cette année est la première que je vis sans jeter toutes mes espérances et toutes mes angoisses dans ce mois à la fois tant attendu et tant redouté. Attendu pour ses promesses, redouté de ce qu'il ne les tienne pas.

J'avais reçu une compilation de musiques il y a bientôt dix ans, dans laquelle il y avait une chanson que je n'appréciais pas vraiment. Un jour pourtant, j'ai été frappée par un passage de cette musique. Il parlait d'aubépine, je ne savais pas à quoi ressemblait une aubépine. C'est comme si je n'avais jamais entendu ce mot, ni cette chanson avant. J'ai aimé cet arbre sans savoir ce qu'il était. J'ai cherché pendant tout le mois d'avril avant de découvrir, un jour avant la veille de mai, que c'était l'arbuste sous lequel nous avions pris l'habitude de nous asseoir, ma grande amie et moi. Et j'avais appris sa place d'honneur aux rites de Beltane, je l'en aimait d'autant plus, mon arbre de mai. Et j'ai aimé cette année là, à cette époque là. Je l'ai connu le 20 avril, nous nous sommes donné des noms secrets. Je lui ai offert celui de cet arbre que j'admirais, chose que j'ai bien regrettée par la suite. Ah! Si seulement j'avais su que l'aubépine ne porte pas bonheur aux amoureux, mais représente la beauté à jamais stérile dans le langage celtique des arbres. C'est la splendeur d'un feu de paille qui s'évanouit dans l'air chaud des jours d'été, il ne mûrit jamais. ( Mais mon aubépine ne fit pas mieux, en associant mon image à la chanson Samhain Night de Loreena McKennitt, en plein mois de mai ... )

Pourquoi la civilisation celte célèbre-t-elle la fête de l'amour par un tel symbole? On dit que ce serait l'odeur de l'aubépine, témoin de l'érotisme féminin. Bien belle ambivalence ; j'appris encore par la suite que l'aubépine était un arbre de purification pour les Romains, qui en brûlaient en ce temps du Taureau, en mai, pour ce mois qui était l'un de leurs deux mois consacrés aux défunts (l'autre étant février). Mai mortifère. Partout on parle de l'élan de vie de mai, mais on oublie son élan de mort. Il faudrait le corriger. A l'autre bout de l'année, dans l'hémisphère sud, on fête à Beltane la Samhain, chaque année j'ai une pensée pour cela. Comment est ce possible qu'ici on fête la vie triomphante tandis que quelques milliers de kilomètres plus loin, on célèbre la mort? Et dans l'autre sens, il m'a toujours semblé que le 30 octobre était aussi un fête de l'amour. Comme me le rappelait mon amie de l'aubépine hier, là où est Thanatos, il n'y a jamais loin Eros. Et vice versa. Mon végétal totem est dans mon nom, le lierre, arbre scorpionique par excellence, qui meurt où il s'attache. Et aucune image de l'amour n'est plus forte pour moi que celle du lierre s'enroulant autour de l'aubépine. Cette image s'imposa à moi bien avant que je prenne le temps de réfléchir à sa signification, bien avant que je puisse m'en rendre compte. Amour contrarié, maudit, mort dans le triomphe de sa naissance. J'ai souvent dit que je ne voudrais que cela pour pierre tombale lorsque je ne serais plus, et que je ne souhaitais en plus qu'un parterre d'anémones des bois.

J'avais onze ans, c'était le mois d'avril et un petit amoureux m'avait offert un bouquet d'anémones des bois alors que nous nous promenions dans le parc municipal. Plusieurs années après, ces fleurs sont devenues mes préférées, apparaissant exactement pour l'équinoxe, symbole du renouveau de la vie. Fleurs frêles du vent comme l'indiquent leur nom, elles sont fleurs de l'amour innocent, de l'aube à peine naissante des sentiments, de l'adolescence. Et plus tard encore, j'appris que ces fleurs sont celles de Vénus pleurant sur la mort d'Adonis. Encore un amour brisé, encore une fidélité malheureuse. Qu'est ce donc que ce printemps tout rempli de mort là où on croit discerner la vie?

Et tout cela m'est revenu hier, car pour la première fois, je reviens à cette station de l'année en n'ayant plus perdu mon printemps. Tant que l'on vit prisonnier d'un mythe indépassable, on ne peut prendre conscience de ses mécanismes complexes. Il y a deux ans, j'écrivais un texte sur le printemps perdu, l'unique printemps qu'on ne nous rend peut être jamais. Je désespérais, tel un assoiffé cherchant une oasis. Je vivais en chérissant ces souvenirs, et j'aimais à revenir me blesser aux épines de mon aubépine. J'ai marché tout mon parcours au Royaume des Ombres, surement assez pour qu'on me rende ce qui avait été perdu. Différemment, sans que j'aie à exprimer un rêve devant se réaliser point par point pour pouvoir enfin le dépasser. Tout s'est réalisé comme si cela avait été écrit, comme une cérémonie bien huilée. Mon printemps m'avait été rendu, enfin il ne mourrait plus. Et puis j'ai été perdue, devant ce gouffre nouveau, devant l'inconnu de la vie lorsque le souhait le plus cher s'est enfin réalisé. Alors le regard anxieux, on se demande : "Et après?". Il n'y avait pas d'après dans mon mythe, puisque tout meurt avec les fleurs blanches du printemps. De fait, occupée comme je l'était, ce mai m'était presque indifférent, chose tout à fait invraisemblable pour qui me connaissait. Une nouvelle coincidence est venue boucler ce cycle d'une année. Décidément, ce mois-ci aura été très initiatique.

Peut être ai-je enfin commencé à mettre le doigt sur le paradoxe de vie mortifère du mois de mai. J'ai beaucoup écrit pour mon mémoire sur les mystères de Cérès, via les Thesmophories grecques. Il y avait un autre rite des femmes, les Adonies, venues de Phénicie, tout à fait paradoxal.  Ce dernier avait lieu au coeur de l'été ; il n'était pas célébré par des épouses mais par des concubines ou des prostituées (quoi qu'on trouve aussi des mentions d'épouses dans Lysistrata d'Aristophane). Elles plantaient des graines dans des pots, qui étaient laissés en plein soleil. Ces graines germaient très rapidement et mourraient tout aussi vite brûlées par le soleil. On a oublié l'explication de la fête agraire. C'est le rite inutile par excellence à priori, contrairement aux Thesmophories célébrées en automne au nom de la fertilité des récoltes. C'est une fête de femmes libres, non soumises au joug du mariage, célébrant une récolte stérile. Au même titre que les mystères d'Isis, en huit jours, les rites comprennent les lamentations avant l'effervescence joyeuse de la renaissance. Ces mystères connurent d'ailleurs une vogue à Alexandrie et des syncrétismes avec d'autres mystères tels ceux d'Isis ou de Cybèle, dont le rapport à la mort d'Attis est proche. Anémones du printemps qui se flétrissent si vite, fleur de celui qui, éternellement jeune, brûle au coeur de l'été sans être devenu adulte. Et toi, aubépine de Jeune Dame de Mai. Ce sont les fêtes de la Jeune Fille qui ne devient jamais Mère. Non pas la Jeune Fille de l'équinoxe, mais la Jeune Amoureuse, la Jeune Amante, qui meurt avant d'avoir enfanté, dont l'amour ne donne aucun fruit. Nous vivons tous avec ce mythe en toile de fond , de Deirdre, Tristan et Iseut, à Roméo et Juliette (et pour moi Albine et Serge, de La Faute de l'Abbé Mouret de Zola, le grand mythe qui m'a bercé depuis l'âge de seize ans). Le voilà le paradoxe du cri de vie, du cri d'amour, qui est aussi un cri de mort. Le cri du cerf chassé par le Dieu la nuit de Beltane pour les Wiccans.

Il m'a fallu me plier à l'initiation, qui est douleur, mort et renaissance, pour enfin voir cela, transcender les paradoxes et voir leur unité. Il faudrait que ça se sache plus, que Beltane n'est pas cette fête de la Vie et de l'Amour qu'on nous conte. Qu'elle a une part très sombre et à la fois resplandissante, qu'elle donne la main à sa soeur de Samhain. Beltane, c'est l'étoile filante qui brûle de vie à en mourir. L'amour fauché dans sa jeunesse, pleuré par le lilas à l'odeur si douce, symbole de la mélancolie au mauve de deuil et de tristesse.

Je crois qu'il serait temps que des Adonies modernes rencontrent de nouveau les mystères d'Isis.
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