Il est une déesse favorable à tous les étudiants, qu'ils en fassent leur activité principale ou tout au long de leur vie, c'est Sarasvatî, déesse de la
connaissance et de la parole, mère du Véda, créatrice des cinquante lettres de l'alphabet sanskrit et patronne des étudiants. Cet hymne est extrait du Tantrasâra, qui fait partie du
Sarasvatîstotra.

Hrîm, Hrîm, ce mantra Tu aimes à l'entendre
Splendeur à l'éclat lunaire
Posée sur un lotus, auréolée de lotus, parée de lotus,
Adorable, entre toutes favorable Dévî !
Ta lumière dissipe les obscurités nées des erreurs d'interprétation,
Toi, dont l'univers baise les pieds de lotus,
O lotus debout sur un lotus !
Tu combles de joie ceux qui savent contempler Ton image,
Tu détruis l'ignorance,
Amante et part même de Hari,
Tu es la Réalité qui sous-tend l'irréalité du monde,
Tu joues et Ton jeu est le monde qui est un monde ludique.
Aim, Aim, voilà Ton mantra favori
Toi qui es à la fois la forme et le Sans-Forme,
Joyau de la face de lotus de Celui né du lotus,
Enveloppée dans les trois qualités de la substance primordiale
Et cependant libre de tout attribut,
Immuable, au-delà du grossier et du subtil,
A-connaissance est Ta nature et inconnue Ta réalité ultime,
Tu revêts et animes tous les aspects de l'univers et Tu es le principe unique qui l'imprègne,
Les plus grands des dieux Te rendent hommage,
Indivise Tu existes partout dans Ta plénitude,
Toi, Une, infiniment.
En vérité, Tu es très satisfaite par la répétition du mantra Hrîm,
Tu brilles du blanc étincelant des neiges éternelles,
Tes mains font vibrer la vînâ,
O mère ! Mère ! comme je te salue !
Détruis, anéantis mon inertie et donne moi l'intelligence de ce qui est grand,
Toi qui es la Connaissance,
Tu es chantée dans le Véda,
Les textes révélés parlent de Toi,
Tu donnes la libération, Tu es la voie de la libération,
L'esprit ne peut concevoir l'étendue de Ta puissance,
Tu dispenses la béatitude, Déesse au collier blanc,
Accorde-moi Tes faveurs.
Tu es perception, intellect, ego,
Tu Te nommes mémoire, résolution, formulation,
Tu es hymne puisque Tu es langage,
Eternelle et fugitive,
Grande Cause saluée par les sages,
Immuable, perpétuellement Tu Te renouvelles, flot puissant d'énergie,
Aimée également de Hari et de Hara,
Existence pure, splendeur de la forme délimitée par la lumière,
Atome,
Oui, et même subtil atome de l'atome,
Tu es intelligence, intelligence, intelligence !
Tu es substance primordiale et à travers Ton jeu cosmique Tu donnes au démiurge la jouissance de Sa création.
Hrîm, Kshîm, Dhîm, Hrîm, invoquée par ce mantra
Tu apparais tenant un livre qui symbolise la totalité du Savoir,
Joyeuse, souriante, bienveillante,
Vierge innocente et dépourvue d'artifice,
Douée du pouvoir magique de suspendre l'argument sur les lèvres d'un opposant.
Brûle, Consume mes désirs,
Dissipe les ténèbres qui obscurcissent mon esprit,
Toi, louable entre tout !
Tu es Gih, Gauh, Vâk et Bhâratî, mots et langage,
C'est Toi qui inspires aux plus grands poètes l'amplitude de leurs cris
Et c'est Toi qui conduis à toutes les formes du savoir et à la conscience qui est libération.
Je t'invoque, je me concentre sur Toi, je Te salue,
Viens sur ma langue et ne me quitte plus,
Puissent mes facultés intellectuelles ne jamais dériver,
Puissent mes erreurs ne pas peser sur mon devenir,
Puissé-je être libéré des tourments de la vie,
Au temps du péril, puisse mon esprit ne pas s'affoler,
Puisse mon intelligence fonctionner sans obstacles
Dans l'étude et la discution des traits de tous ordres et la pratique de la poésie.
(Tantrasâra)
Voici un ancien hymne hindou, dédié à Mûlaprakriti, le substrat de la création, la racine (mûla) du manifesté est extrait de l'un des Pûrana, le Dévibhâvata, consacré à la
geste de la Grande Déesse.
Ce Mâle (Purusha) et Moi-même (Prakriti) sommes à jamais identiques,
Il n'y a pas de différence entre Lui et Moi.
Le Purusha est ce que Je suis,
Je suis ce que le Purusha est.
La différence est due seulement à l'ignorence.
Celui-là, a l'intellect éclairé,
Libéré de la fascination des apparences
Créées par le pouvoir de Ma Mâyâ,
Peut connaître notre différence subtile ;
A cela il n'y a pas de doute.
L'Un sans second,
Le Brahman Suprême,
Devient duel au temps de la création.
Comme un seul visage apparaît duel reflété dans un miroir,
Comme un seul corps de double par la projection de son ombre,
De même, ainsi, nos images se multiplient
A travers le reflet diversifié des esprits conditionnés par Ma Mâyâ.
O Non-Né !
Aux fins de la création,
Quand vient le temps de la création,
La différenciation apparaît.
Elle n'est autre que la distinction entre le vu et le non-vu.
Quand vient le temps de la dissolution,
Je ne suis ni mâle, ni femelle, ni neutre.
(Dévibhâgavata)

Matrice des univers, où tout commence et tout prend fin.
Hier, j'ai rêvé de squelettes vivants. Ce n'était pas un rêve effrayant mais c'était angoissant, car ils avaient beau mourir, on les renfermait toujours dans de nouveaux cadavres squelettiques, sans jamais être libérés. A mon réveil, ça m'a refait penser à la légende Inuit de la Femme Squelette et sa signification me ramena à une phrase liée à Kwan Yin : ayez de la compassion envers vous même. Quelque part, mon intuition qui m'a menée à cette succession d'idées doit avoir raison, comme souvent.
Voici la légende de la Femme Squelette, telle qu'elle apparait dans Femmes qui courent avec les loups, de Clarissa Pinkola-Estes. En la relisant, je l'ai vraiment trouvée magnifique et porteuse de douceur et de compassion, même vis à vis de ce qui est effrayant en nous ou en dehors de nous.

Elle avait fait quelque chose que son père désapprouvait, mais dont personne ne se souvenait. Toujours est-il que son père l'avait traînée jusqu'à la falaise et précipitée dans la mer. Les poissons avaient mangé sa chair, dévoré ses yeux. Et elle gisait sous les eaux, son squelette ballotté par les courants.
Un jour, arriva un pêcheur. En fait, ils étaient plus d'un à pêcher à cet endroit, mais celui-ci avait été entraîné bien loin de chez lui et il ignorait que les pêcheurs des environs se tenaient à l'écart de cette crique, disant qu'elle était hantée.
Or, voilà que l'hameçon du pêcheur vint à se prendre dans les os de la cage thoracique de la Femme Squelette. "Oh, pensa le pêcheur, je tiens là une grosse prise !" Il imaginait déjà le nombre de personnes que ce magnifique poisson allait nourrir, combien de temps il durerait, combien de temps il lui permettrait de ne plus retourner pêcher. Alors, tandis qu'il se bagarrait avec ce poids énorme, la mer se mit à bouillonner, secouant son kayak comme un fétu de paille, car celle qui était sous la surface se débattait pour essayer de se libérer. Et plus elle luttait, plus elle s'emmêlait dans la ligne. Elle avait beau faire, elle était inexorablement tirée vers le haut, accrochée par les côtes.
Le chasseur s'était retourné pour rassembler son filet. Il ne vit donc pas son crâne chauve apparaître au-dessus des vagues. Il ne vit pas non plus les petites créatures coralliennes qui scintillaient dans ses orbites, ni les crustacés sur ses vieilles dents d'ivoire. Quand il se retourna avec son filet, le corps tout entier avait émergé et était suspendu à l'extrémité de son kayak par ses longues dents de devant.
"Aaaah !" hurla l'homme. De terreur, son coeur fit un bond terrible et ses yeux allèrent se réfugier à l'arrière de sa tête, tandis que ses oreilles devenaient cramoisies. Aaah !" Il lui asséna un coup de pagaie et se mit à pagayer comme un fou vers le rivage. Il ne s'était pas rendu compte qu'elle était entortillée dans sa ligne. Aussi semblait-elle le pourchasser, debout sur ses pieds. Il était de plus en plus terrifié. Il avait beau faire des zigzags, elle suivait, et son haleine dégageait des nuages de vapeur au-dessus de l'eau et ses bras se tendaient, comme pour se saisir de lui et l'entraîner dans les profondeurs.
"Aaaaaaah !" gémit-il en touchant terre. Il ne fit qu'un bond hors de son kayak et se mit à courir, sa canne à pêche serrée contre lui, avec sa ligne, le cadavre de corail blanc de la Femme Squelette derrière lui, toujours emberlificoté dedans. Il escalada les rochers. Elle suivit. Il se mit à courir sur la toundra gelée. Elle suivit. Il courut sur le poisson qu'on avait mis à sécher dehors, le réduisant en pièces sous ses mukluks.
Elle suivait tout du long. En vérité, elle s'empara au passage d'un peu de poisson séché et se mit à le manger, car il y avait bien longtemps qu'elle ne s'était nourrie. Enfin, l'homme atteignit son igloo, plongea dans le tunnel et rentra à l'intérieur à quatre pattes. Hors d'haleine, il resta là, à hoqueter dans l'obscurité, le coeur battant la chamade. Enfin en sécurité, oh oui, oui, grâce aux dieux, Corbeau, oui, merci Corbeau, et Sedna la toute-bienfaisante, en sécurité enfin...
Et voilà que, lorsqu'il alluma sa lampe à huile de baleine, c'était là, elle était là, recroquevillée sur le sol de neige, un talon par-dessus l'épaule, un genou contre sa cage thoracique, un pied sur le coude. Plus tard, il serait incapable de dire ce qui le poussa - peut-être la lueur du feu adoucit-elle ses traits, ou bien c'était le fait qu'il était un homme seul. Toujours est-il que la respiration du pêcheur se fit plus attentive, que, doucement, il tendit ses mains rudes et, avec les mots d'une mère à son enfant, il se mit à la désenchevêtrer de la ligne.
"Na, na..." Il commença par désentortiller la ligne de ses doigts de pied, puis de ses chevilles. "Na, na..." Il travailla jusqu'à la nuit, jusqu'à ce qu'il la vête de fourrures pour lui tenir chaud. Et les os de la femme Squelette étaient dans l'ordre qui convenait.
Il fouilla dans ses parements de cuir, prit son silex et se servit de quelques-uns de ses cheveux pour faire un supplément de feu. Tout en huilant le bois précieux de sa canne à pêche, et en moulinant la ligne, il la regardait. Elle, dans ses fourrures, ne disait mot - elle n'osait pas - de peur qu'il s'empare d'elle, la jette sur les rochers et la mette en pièces.
L'homme commença à somnoler. Il se glissa sous les peaux et bientôt se mit à rêver. Or parfois, dans le sommeil des humains, une larme vient à perler à leur paupière ; nous ignorons quelle sorte de rêve en est la cause, mais ce doit être un rêve triste, ou bien un rêve où s'exprime un désir. C'est ce qui se passa pour cet homme.
La Femme Squelette vit la larme briller à la lueur du feu et soudain, elle eut terriblement soif. Elle déplia ses os et se glissa vers l'homme endormi, puis posa sa bouche sur la larme. Cette unique larme fut une rivière à ses lèvres assoiffées. Elle but encore et encore, jusqu'à étancher la soif qui la brûlait depuis si longtemps.
Pendant qu'elle était allongée auprès de lui, elle plongea la main en l'homme endormi et mit au jour son coeur, ce puissant tambour. Elle s'assit et tapa sur les deux côtés du coeur : Boum, boum ! Boum, boum !
Tandis qu'elle jouait ainsi, elle se mit à chantonner : "De la chair, de la chair, de la chair !" Et plus elle chantait, plus son corps se couvrait de chair. Elle chanta pour une chevelure, elle chanta pour des yeux, elle chanta pour des mains potelées. Elle chanta pour une fente entre ses jambes, pour des seins longs, assez profonds pour tenir chaud, et tout ce dont une femme a besoin.
Et quand ce fut terminé, elle chanta pour ôter les vêtements de l'homme endormi et se glissa avec lui dans le lit, peau contre peau. Elle rendit à son corps le tambour magnifique, son coeur, et c'est ainsi qu'ils se réveillèrent, l'un et l'autre emmêlés d'une façon différente, maintenant, après la nuit passée, de bonne et durable façon.
Les gens qui ont oublié ce qui avait causé son malheur, au départ, racontent qu'elle s'en alla avec le pêcheur et qu'ils furent largement nourris par les créatures de la mer qu'elle avait connues durant son séjour sous l'eau. Cette histoire, disent-ils, est vraie, et ils n'ont rien à ajouter.

Il était une fois la Déesse Soleil aux mille noms : Sol, Amaterasu, Malina, Eos, Sekhmet, Walu, Igaehindvo, Akewa et bien d'autres encore de par le monde. Haut dans le ciel, Elle resplandit de beauté, de douceur, de force, de colère, de passion, de bienveillance ou de colère. Drapée d'un habit d'or brillant de mille feux, Elle dispense la lumière et la chaleur nécessaire à toute vie sur Terre. Sereine, elle dispense son amour de par le monde ; tumultueuse, elle répand sa rage, désèche la terre et les enfants à qui elle a permis l'existence. Jeune Eos, déesse de l'Aurore, c'est elle encore qui nait à Yule lorsque le soleil revient enfin. C'est Elle la porteuse des premiers rayons, la jeune enfant soleil.
Outre le fait que "La femme solaire" est le titre d'un livre de Paule Salomon, cette expression renvoit à ce qui est pour beaucoup un non-sens ou une impossibilité. Car partout nous voyons la femme lunaire, allant jusqu'à dire que la femme est forcément lunaire et l'homme forcément solaire, représentant chacun les aspects passifs et actifs. Je n'ai jamais été une femme lunaire, bien que j'aie fini par connaître la lune et comprendre la relation que je peux avoir avec elle. Non, j'ai été une enfant solaire qui s'est changée en femme solaire en sortant de sa chrysalide. En apprenant ces légendes de déesses solaires, j'ai pu voir que les classements habituels femme-lune/homme-soleil étaient faux. Faux, car restreints à une tâche prédéfinie, qui nous enferme dans un rôle qui ne nous correspond pas forcément. Faux, car d'autres civilisations ne l'ont pas entendu de la sorte, et que pour eux, les qualités solaires renvoyaient à l'image d'une femme accomplie, forte, belle, puissante, aimante, passionnée, libre et indépendante.
Cette image de la femme solaire me hante actuellement, comme je l'ai dit à certain(e)s. Peut être est-ce dû à l'approche de Yule, de la symbolique solaire, d'une intégration consciente de la femme solaire en moi qui m'est nécessaire à cette période de l'année. Je suis mes intuitions, généralement elles me mènent à bon port. Je vois cette femme solaire un peu telle l'image que j'ai mises ici, émergeant telle un arbre céleste et resplandissant entièrement, les cheveux telles une crinière d'or d'où partent des multitudes de rayons. Elle est l'image de l'extase. Epanouie, triomphante, suprême, absolue.
Si certain(e)s passent par là et ont leur propre idée de la femme solaire, je serais heureuse de les lire, sachant que ça me trotte en tête en ce moment et que j'aimerais l'avis de différentes personnes.
