Mardi 31 mars 2009
Combien de sorcières, ou de personnes fantaisistes se rêvant sorcières, dirent un jour où l'autre sur des forums, ou ailleurs, comme par justification suprême de leur "sorcièritude", qu'elles savaient intimement qu'elles étaient nées sorcières, d'âme authentiquement sorcière, car elles avaient vu leur passé, leurs vies antérieures et que ... oh! Surprise! Elles se sont vues cruellement trainées sur un bûcher au moyen-âge. Et tout le monde de valider par un hochement de tête avec une sorte de respect mêlé de contentement ( une nouvelle qui est des nôtres, tous les dieux du néo-paganismes en soient bénis !... ). Loin de moi l'idée de juger telle ou telle personne, car il est évident que je n'était sûrement pas là, ce jour tragique où elles périrent au moyen-âge. Ah oui ... sauf quand on sait que les buchers pour sorcellerie n'étaient vraiment pas fréquents au moyen-âge, et qu'il n'y a quasiment aucune occurence avant le milieu du 15e siècle ... D'ailleurs, ce quid du bucher n'était pas le sujet de cet article, et dans le fond, il m'est profondément égal que certaines personnes croient, à juste titre ou non, avoir été brûlées pour sorcellerie. Personnellement, je vis très bien sans, et ne niant pas l'évidence historique de chasses aux sorcières au 17e siècle, je ne me permettrais pas de juger avec certitude qu'une telle est une menteuse. Enfin, c'est juste comme les réincarnations de Jeanne d'Arc ou de Marie Antoinette ... il y en a souvent et beaucoup dans certains milieux.

Toujours est-il, l'idée de réincarnation est en général fort présente dans les milieux de sorcellerie, de paganisme et prêtrise de la Déesse. Et qui dit réincarnation, dit un certain attrait pour retrouver la mémoire de vies passées. Beaucoup de raisons entrent en compte : s'inventer une autre vie plus passionnante que le morne quotidien de cette vie-ci (pleine de tragédie, d'amour, de sang, de sexe, de magie, de batailles, de rois et de reines, de chevaliers, de truants ... bref, une vraie vie comme on en lit dans les romans, pas cet ennui mortel du métro-boulot-dodo !), être mû d'une curiosité forte face à l'inconnu, chercher des sensations (peut être à mettre avec la première raison évoquée), ne pas se sentir à sa place à cette époque, être simplement conscient que c'est une possibilité à portée de main et se dire "pourquoi ne pas prendre ce qui est tendu?" ... Ce sont les raisons qui président le plus souvent à la quête du passé, et à les regarder, en vérité, ce sont de mauvaises raisons pour la plupart. Certes, la curiosité n'est pas forcément un vilain défaut, mais il revient souvent une impression de fuite de l'existence présentement menée, tout comme on fuit en lisant un roman de fantasy ou en regardant un film fantastique.

Si je me permets d'écrire ceci, c'est justement parce que je suis passée par nombre de ces travers. Si je n'ai jamais fantasmé sur la fin pitoyable sur un bûcher, il a souvent paru tentant de chercher si, des fois, quelque part, je n'ai pas mené un jour une vie autrement plus passionnante. Mais comme pour tout mal en général, on trouve souvent ce qu'on cherche. Et bien qu'on ne puisse jamais être persuadé totalement d'avoir véritablement touché à une certaine vérité (puisque toute vision ou sensation ne peut être que subjective et sujette à déformation, voir invention pure et simple selon un désir si profond et si fort qu'il en devient d'une redoutable créativité), j'ai du moins réussi à m'attirer suffisament d'ennuis, d'être suffisament destabilitée intérieurement et par les évènements, pour finalement juger que si nous naissions sans souvenirs de vie passée, c'est peut être qu'il y avait une bonne raison à cela, et qu'il était parfois plus sage de ne pas aller mettre son nez dans des affaires qui feraient bien de rester enterrées. D'ailleurs, pourquoi naitrions nous dans l'ici et le maintenant si c'était pour poursuivre d'une certaine manière une vie dûement achevée? Il y aurait là comme une erreur, puisque notre existence nouvelle ne peut avoir qu'une raison nouvelle, ou du moins, bien propre à cette vie-ci. Z. Budapest abonde dans un sens semblable, lorsqu'elle déclare que la sagesse voudrait qu'on ne cherche pas à s'alourdir de souvenirs inutile à la réalisation pleine et entière de la vie dans laquelle on est engagé dans le présent. Bien entendu, il y a peut être un cas principal justifiant une telle quête, si celle-ci intervient dans un contexte d'ordre "thérapeutique", dans l'idée que certains maux physiques seraient liés à des évènements, une mort violente, dans une vie précédente. Mais ce n'est en général pas la raison première de ces quêtes du passé, et même dans un contexte "thérapeutique", on ne peut qu'être suffisamment averti des risques et des précautions à prendre.

Et il y a les cas, en effet, de ces rêves, de ces visions, qui viennent sans qu'on ne les ait cherchées. Comme une sorte de perche tendue, venue nous tenter peut être, comme pour nous dire "viens donc me chercher". De ces perches, j'en ai croisé plusieurs. Et ... après interrogation sur la meilleure chose à faire, en vérité, j'ai passé mon chemin. A quoi bon? Ca ne changera pas ma vie présente, ça ne m'apportera rien sinon d'éventuels regrets, des questionnements plus ou moins stériles à l'heure présente. Cela aurait-il changé beaucoup de choses dans le cours de l'histoire de la sorcellerie si Dion Fortune et ses accolytes n'avaient pas été convaincus de souvenirs de vies antérieures en Egypte ou en Grande Bretagne, où ils auraient alors déjà eu des liens de longue date? Si cela pouvait leur apporter une confirmation que la voie qu'ils avaient choisi étaient la bonne pour eux, avaient-ils besoin d'une justification par le passé pour être les grands personnages qu'ils furent? N'auraient-ils pas fait exactement les mêmes choses sans cela? Ou bien, avaient-ils besoin d'y croire, que ce soit véritable ou pas, pour se sentir plus soudés, et sentir la main du destin guider la leur? Ils en furent heureux et en tirèrent profit, manifestement. Mais que dire du risque de s'imposer alors un destin, au nom de ce qui fut, ou qu'on croit être passé? Est-ce courber la tête respectueusement sous la grandeur d'une destinée choisie qui nous est plus grande, ou bien se soumettre à un diktat de la fatalité allant à l'encontre du libre-arbitre? Et ainsi, le passé devient un poid, une chaine qui rend esclave plus qu'il ne donne le pouvoir. Beaucoup pourrait être dit, réfléchi, débattu à ce propos, sans qu'une réponse définie ne puisse émerger.

En fait, je n'ai pas le temps de me retourner, c'est tout de suite que je veux écrire ma vie en roman d'aventures, fussent-elles parfois tatonnantes et moyennement réussies, mais au moins, c'est vivre que je veux. Sans condition, sans concession. Je pose une jolie fleur sur la tombe de mon passé, et je passe mon chemin en sifflotant.
Par Hédéra - Publié dans : Capharnaüm discordien
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Commentaires

Je suis admorative devant tant de sagesse. Oh toi qui a traversé ces travers et qui a su en sortir § L''humilité, ça te dit quelque chose ? Parce que sur ton blog, voilà une grande absente ! J'aime bien aussi que ta façon de tout mettre dans le même sac, de généraliser. J'adore venir sur ton blog, vraiment j'y rit beaucoup même si c'est involontaire de ta part. J'adore ta sois-disant discordance tellement conventionnelle au fond.
Commentaire n°1 posté par Elantia le 29/04/2009 à 16h07
Commentaire n°2 posté par sarhanne le 21/07/2009 à 19h39
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