Jeudi 15 janvier 2009
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Voilà des mois que je voulais faire cet article, concernant une expérience essentielle que j'ai faite au début du mois de juillet. L'ampleur de ce vécu était tel, qu'une sorte de pudeur sacrée
m'empêcha jusqu'ici d'en écrire quoi que ce soit, tant il me semblait qu'aucun mot ne pourrait rendre compte de ce qui arriva ce jour là.
Il arrive que nous vivions des choses fondamentales et dont on ne se rend compte que par la suite. Dans ce cas, aux instants mêmes, je savais que ce serait capital, que je laissais quelque chose
derrière moi et que l'après serait différent. Comme si j'étais arrivée à la croisée d'une route fondamentale, et que je m'arrêtais pour contempler, contempler tout ce qu'il y avait avant, tout ce
qu'il y aurait après, mais surtout, contempler l'instant crutial, la charnière.
C'était un dimanche matin, un dimanche pas comme les autres, puisque c'était durant mes oraux du CAPES à Châlons-en Champagne, mon deuxième jour d'oral sur les trois jours à subir. J'avais très mal
vécu ma période de préparation à ces oraux, j'avais plus mal vécu encore ce voyage à Châlons. Pour ceux qui ont suivi ce blog à ce moment là, ils savent où je me trouvais, et ils savent aussi que
j'avais à faire face à une crise identitaire, une sorte syndrôme de l' "entre-deux vies". Mes révisions étaient rudes, accompagnées d'angoisse de mon devenir, d'angoisse de ce voyage, de la
conscience que je venais jouer mon année et mon avenir. Dans ma vie personnelle, j'avais aussi des épreuves, une traversée du désert inattendue, une solitude qui était et n'aurait pas dû être. Je
me souviens du jour où je suis partie en train, dans les tourments de la SNCF, une fois de plus sens dessus dessous. J'étais assise sur mon fauteuil, contre un rideau, et je pleurais aussi
silencieusement que possible toute ma peur et toute ma peine. Je pleurais de me sentir si dénuée, si seule à un rare moment où j'aurais pourtant tellement eu besoin d'être entourée,
accompagnée ... Et un à un, j'avais l'impression de laisser chacun de mes vêtements derrière moi, de me dépouiller de tout ce qui pouvait me protéger. J'ai laissé aller, j'ai laché prise, sans plus
me battre. A quoi bon, il fallait que ce qui doive être, soit.
Une fois à Châlons, chacun de mes oraux se déroulait très tôt, à 7 heure du matin, ce qui me faisait sortir vers 9 heure. Ca passait pour le samedi, seulement, Châlons étant vraiment le bout
du bout du monde de la France du vide, il n'y avait aucun transport en commun pour me ramener à mon hôtel qui était à 2 km du lieu d'examen. Or, je devais me rendre en début d'après midi à l'IUFM
de Châlons pour visiter la bibliothèque où je passerais pour la dernière épreuve du lendemain. J'avais quelques heures à tuer dehors, et il ne faisait ni beau, ni chaud. Je serais bien allée au
cinéma qu'on nous avait conseillé pour nous détendre, mais même lui avait définitivement fermé les portes (c'est pour dire qu'il n'y a vraiment rien dans cette ville ...). J'ai donc marché pour
visiter ce qui pouvait l'être. J'ai alors décidé de visiter la collégiale Ste Marie-en-Vaux, inscrite au patrimoine de l'UNESCO. Une messe était alors célébrée. Je suis allée m'asseoir au fond,
j'ai un peu écouté, et j'en profitais pour regarder autour l'architecture, les vitraux. J'ai reconnu d'autres candidats, venus peut être trouver du réconfort dans la religion. Je n'étais cependant
pas à ma place, dans ce centre de l'église. J'ai quitté ma chaise, et ai continué la visite discrètement en marchant.
Et puis, tout au bout de l'église, non loin du choeur, sur le côté droit, j'y ai vu une statue de Marie. Elle n'avait rien d'exceptionnel, cette statue. Une statue typique de l'apparition de
Lourdes. Il y avait une chaise où l'on pouvait s'asseoir, ou s'agenouiller pour la prière. Je m'y suis installée, sentant que de toute l'église, ma place était bien ici. J'ai regardé la statue,
intensément. Il s'est passé une communion telle qu'on ne peut la qualifier que d'indicible, impossible à retranscrire. Peut être de celle que les grandes saintes mystiques eurent jadis, dans une
sorte d'extase bienheureuse. Je me suis vue nue, avec tous les vêtements que j'avais laissé derrière, devant cette Maris/Isis qui ouvrait ses bras d'amour, de compassion et de compréhension. Je
savais que je vivais un tournant dans ma vie, rien n'aurait pu m'ôter cette certitude. J'avais marché si longtemps, en me dépouillant de tout, comme Ishtar, pour arriver dans cette église,
devant Elle. Et tandis que le prêtre officiait, je savais que j'étais prêtresse en cette chapelle, si forte dans les épreuves que j'avais traversé, que je traverserais encore. Le temps de ce temps,
je savais que j'étais à ma juste place, au juste moment. Et que tout irait comme Elle le souhaitait, comme Elle l'avait souhaitait et le souhaiterait. Et qu'Elle me bénissait.
Ces instants restent invariablement gravés dans ma mémoire, me soutiennent dans mes peines, me reviennent régulièrement. Ils ne me quittent pas. Je reste ébahie devant la force de quelques minutes,
à priori insignifiantes dans le cours d'une vie, où rien ne semble se passer vu de l'extérieur. Et pourtant ... Et à chaque fois que ma force chancelle, je me raccroche à ces instants. Et je me
rappelle que tout est bien, que tout est tel que cela doit être.
Par Hédéra
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Publié dans : Wicca et compagnie
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