
Voici un texte qui semble bien de circonstance, et que les circonstances m'ont inspirées. Je pourrais facilement le développer en roman d'anticipation pour le rayon sciences-fiction, si j'avais le temps. Faute de tout cela, cette forme-ci me permet de développer assez bien les idées principales, ainsi que ce futur possible que j'ai imaginé cette après midi alors qu'on nous reparlait des dangers de Yellowstone (pour rappel, l'activité volcanique de ce volcan géant des Etats Unis a redoublé ces dernières années et commence à menacer sérieusement le pays tout entier s'il venait à exploser et entrer en éruption). Et donc, la similitude de notre époque avec l'Empire Romain, les grandes catastrophes destructrices de civilisations telles les légendes de l'Atlantide, la crise parcourant la spiritualité et l'ésotérisme, et un peu de conjecture sur l'avenir donne ceci : une réflexion à la croisée des chemins entre petite création littéraire et et développement des thèmes abordés ces derniers jours. De l'inspiration expérimentale.
Enfant de la Terre, tu as élevé ta voix vers moi, gardienne de la Mémoire, gardienne du Temps. Au milieu de ton désert, tu interrogeais les pierres sur ce qu'il y avait eu avant.
Ecoute moi, Enfant de la Terre. J'étais là de tout temps, j'ai vu se créer les monts et les mers, j'ai vu grandir l'humanité, j'ai assisté à la naissance d'empires légendaires, que j'ai vu tomber.
Au lointain, les mythes longtemps conservèrent la mémoire floue d'une civilisation d'exception, grands mages, grands sages, qui disparurent en un instant sous les coups de l'explosion d'un volcan. L'Histoire prend le relais pour conter, avec un peu plus d'assurance, l'apparition et la croissance de deux civilisations appelées à régner sur le monde, en Mésopotamie et en Egypte. Grands mages, grands sages eux aussi, qui poussèrent loin la connaissance des arcanes secrètes et des sciences. Au grand Déluge causé par l'effondrement du Bosphore, ils survécurent, et consignèrent cet évènement pieusement dans leurs livres les plus sacrés, les plus grands. Et pourtant, l'Empire d'Alexandre puis d'Auguste les avala tout en les rassemblant. Après des milliers d'années de connaissances jalousement gardées et sans cesse développées, la Méditerranée devint un creuset géant, un bouillonnement de savoirs se rencontrant, s'appréciant, se mariant en se syncrétisant. De là naquirent des philosophies, des pratiques, des traditions d'un aboutissement peu égalé dans une ferveur s'élevant de toutes parts. Les Mystères avaient triomphé, il semblait que le monde entier était devenu mage et initié.
Las, comme tout empire, il faut qu'il apparaisse et expire. Telle une étoile filante, ou une planète que l'on appelle naine géante, la fin n'est jamais aussi proche qu'au paroxisme. Enfant de la Terre, c'est un mythe que de croire que l'humanité évolue à mesure qu'elle vieillit. La vérité est qu'elle ne fait que répéter et répéter les mêmes existences, oublieuse de ce qu'il y eut avant. Et ainsi, dans ce fourmillement de quêtes mystiques, pénétra la violence, la tyrannie, l'intolérance, le dogmatisme. La nature aime la diversité et le chaos, pas les hommes. Il leur faut de l'ordre, et en bonne coupe rangée, les religions exclusives, revendicatives, restrictives, balayèrent des milliers d'années d'avancées. Voilà les aléas du temps : catastrophes naturelles ou humaines, le résultat est le même. Il fallut presque deux mille ans pour commencer à enfin retrouver un bouillonnement libre, des tentatives de déterrer ce qui avait été enfoui et éradiqué, un monde entier en quête de spiritualité. Et voilà le miracle qui revient, une fois de plus, avec la richesse d'un empire étasunien, tout autant décrié que l'Empire Romain, mais où finalement l'humanité se complait fort bien. La renaissance avait opéré, les temps avaient changé mais le même esprit planait.
Las, comme tout empire, il faut qu'il apparaisse et expire. Tout endormi dans son indolence et sa certitude de suprématie, l'irruption du volcan géant de Yellowstone effaça en quelques instants ce peuple planétaire globalisant. Le monde plongé dans une tourmente sans nom se laissa gagner par l'autre géant. Voilà bientôt deux mille ans qu'ils combattaient en croisades, et les extrémistes de Mahomet conquirent les survivants, firent taire leurs dissidents libertaires et inaugurèrent le nouvel empire. Et la roue du destin humain tourna une fois de plus, oubliant ses valeurs d'avant.
Enfant de la Terre, te voilà surpris. Tu n'a jamais rien connu de différent, comment imaginerais-tu seulement ce qui exista auparavant? Tel est le destin des vaincus, qui sombre dans la poussière des âges, emportant avec eux toutes leurs constructions lentement mises en place. L'oubli est peut être préférable, accompagné de l'espoir, mué en certitude, que le monde ne va qu'en se perfectionnant. Peut être à chaque fois il y a, à terme, avant le déclin, un plus grand aboutissement.
Ainsi vont les choses, éternelles dans leurs cycles de morts et de recommencements. Ne sois pas triste, mon Enfant, songe que c'est peut être un don que de permettre une quête infinie, une aventure initiatique à redécouvrir, encore et encore. L'humain n'est pas fait pour les aquis.
par Hédéra
publié dans :
Capharnaüm discordien
