Vendredi 9 mai 2008
 


Du moins, cela est vrai si on considère que la définition de "wicca dianique" ne s'applique qu'à la création initiale de Z.Budapest. Cette affirmation peut surprendre à la voir ainsi, pourtant c'est comme ça que c'est tombé dans une discution que j'avais eue, il y a quelques semaines, justement pendant mes vacances dans les Pyrénées.

Cela s'applique en fait à tout courant, religieux, magique, politique, culturel (etc ...) qui est issu d'une conjoncture et fonde sa raison d'exister dans cette fameuse conjoncture. De fait, la Wicca Dianique est née des années 70, de la révolte féministe, de revendications justifiées pour une émancipation féminine nécessaire. Lorsqu'on lit le Holy Book of Women's Mysteries de Z.Budapest, il y a une sorte de gêne. Je l'ai ressentie, d'autres aussi. On sent qu'il se fait vieux, que le discours est dépassé, car bientôt 40 ans après, on ne comprend plus toutes les raisons invoquées aux fondements de cette tradition ; celle de l'exclusion, celle de la nécessité de se faire guerrières féministes contre une société abominablement oppressive pour les femmes. L'égalité n'est toujours pas entrée dans les moeurs : la parité des salaires n'est pas encore établie, des maris battent encore leurs femmes, des comportements sexistes restent présents à toutes échelles. Oui, mais on ne se reconnait plus. On sent bien que les choses sont autres, et ont évolué. Il y a comme un sentiment de ridicule, à l'idée de se clamer victimes d'une société patriarcale à l'excès, comme si nous en étions réduites à un régime de mollahs ...

Le dianisme est mort, sa mort était programmée dès sa naissance. Il intervenait comme réponse porteuse d'une solution espérée à un problème donné : l'oppression des femmes et la libération de celles-ci et des moeurs. Dans un passage de son ouvrage phare, Z.Budapest clame que les femmes ne doivent enseigner la magie à aucun homme tant que ceux-ci ne leur auront pas rendu liberté et pouvoir. Le contexte est clairement celui de la guerre, de la même manière que les esclaves africains pratiquaient le vaudou dans les plantations des Européens/Américains, comme forme de résistence réelle et culturelle. Les armes ont été baissées depuis longtemps, et si nous restons dans une situation de combats ponctuels, la guerre est belle et bien achevée. A quand remonte donc le dernier soutien-gorge brûlé? Il faut se faire une raison, à lire le Holy Book of Women's Mysteries, en dehors des techniques magiques et des mythes, c'est le regard de l'historienne qui fut interpellé. Je sentais bien que j'en apprenais plus sur le passé que sur le présent, comme si une fenêtre vers un autre temps m'avait été ouverte. C'est un signe qui ne trompe pas.

Ce fut aussi le temps de la flambée du lesbiannisme, très pregnant parmi les courants féministes de la Déesse. Là aussi, il y avait fort à faire. Les femmes et les homosexuels de tous sexes avaient un combat similaire à mener, et les féministes aimèrent à combattre sous ces deux bannières qui semblaient si bien aller de pair, leur faisant faire d'une pierre deux coups, en éliminant de leur existence le problème qu'était les hommes. Car plus d'hommes, plus d'oppression. On en vint à décréter que toute bonne féministe se devait d'être lesbienne. Honte à qui osait rester hérétosexuelle, c'était une victime du système qui n'arrivait pas à se dégager de la tutelle patriarcale et à prendre sa vie entre ses mains... Voilà l'avenir qu'on nous préparait, nous soustraire à un diktat pour nous en imposer un autre.

Il est évident qu'aucune naissance ne se produit sans cris et douleurs, que les excès initiaux sont rééquilibrés par la suite pour rendre la situation vivable. C'est bien ce qui arriva lors de la Révolution française ; et on se surprend d'ailleurs comme en quelques années, tout est si bien pacifié, et qu'on peut même retourner à une société très rangée et hiérarchisée. C'est finalement un peu ce qui est arrivé au monde après la déferlante féministe des années 70. Mai 68 (puisqu'il est à la mode d'en reparler en ce moment) et les années 70 ont laissé la trace de leurs écumes, mais furent aussi largement reniés. Comme toute grande tentative de changement dans l'Histoire. Peut être est-ce mieux pour certaines choses, et pour les autres, un goût amer nous reste.

Toujours est-il, la Wicca Dianique est morte, peut être plus que tout autre courant wiccan, puisque son temps est passé, que les dianiques pures et dures qui restent sont celles qui ont vieilli ainsi avec leurs idéaux, telles de représentantes fossiles de leur époque, que bien rares sont les "dianiques" de la nouvelle génération qui peuvent se retrouver dans leurs idées. Cela est vrai aussi de la Wicca Gardnérienne finalement, puisque le temps des salons occultes de la fin XIXé siècle-première moitié du XXé siècle est passé. Les mentalités ont évolué avec le monde. Dire qu'il est pire ou meilleur n'est qu'un jugement subjectif ; aujourd'hui, la Wicca est un mouvement de masse qui n'a plus grand chose de franchement secret et initiatique. L'esprit a évolué, le sens qu'on donne au terme "wicca" aussi. Quant au terme "dianique", il est devenu un mot générique pour désigner une voie magique centrée sur la Déesse privilégiant un travail entre femmes, quoique la mixité puisse très bien intervenir. La wicca "dianique" d'aujourd'hui est celle des disciples de la Déesse, celles et ceux qui La réclament, Elle et Sa magie. Le féminisme est devenu plus égalitaire, parce qu'on sent peut être qu'après la flambée strictement féminine et féministe, il est temps de partager les secrets de la Déesse avec les hommes. Pour qu'ils puissent La comprendre, pour qu'ils puissent L'aimer. Pour qu'ils respectent enfin les femmes sans qu'elles aient à entrer en guerre avec eux. Pour que tous, enfants de la Déesse, puissent se comprendre les uns les autres. Au moins un peu plus qu'avant. Chercher pour une fois à avancer et à construire main dans la main, sur le même plan ; en cessant de mettre en avant les différences de genre, sans toutefois renier chacun, et reconnaitre un peu plus les similitudes, la nature commune.

Les gens comprennent finalement mal la Wicca Dianique car ont toujours gardé la définition première, datant des années 70. Ne s'y interessant pas vraiment, ils ne peuvent avoir l'idée de chercher plus loin. Il serait important de redéfinir cette branche, ou d'abandonner sa dénomination, afin d'être réellement comprise et jugée correctement, tout comme on révise régulièrement le dictionnaire, en réactualisant les archaïsmes. C'est dans cette optique que nous avions pris la décision de fonder officiellement la tradition de la Sphinge, pour affirmer clairement notre position dans la différence d'avec la wicca dianique des années 70 à laquelle il serait non avenu de se rattacher à notre époque. Tous les courants traversent des crises de redéfinitions, même les disciplines qui semblent les plus assurées, dans les sciences. C'est un défi que toute génération est appelée à relever une fois ou plus dans sa vie. Comme une fatalité? Non, comme une aventure. A quoi bon avoir vécu sinon, si on n'a pas contribué à faire évoluer le schmilblick?

Le dianisme est mort, vive le dianisme!


[ Edit : Suite aux commentaires de Hialmar au sujet de la crise, plus généralisée, des courants religieux et ésotériques, voir aussi son article pour plus de développements sur cette question. ]

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