Dimanche 27 avril 2008

Cela faisait au moins 5 ans que, chaque semaine, j'épluchais le journal TV dans l'espoir de voir apparaître le film inespéré : l'adaptation de Georges Franju de La Faute de l'Abbé Mouret d'Emile Zola. C'est par un concours de circonctances tenant d'un très fragile hasard que j'appris ce matin qu'il était en programmation pour le mois d'avril sur la chaine de satellite Ciné Cinéma Classic. Hasard oui, puisque j'avais le roman dans mon sac pour profiter du beau temps de l'époque de Beltane pour en lire quelque part entre prés et forêts, une énième et énième fois.

La Faute de l'Abbé Mouret, c'est mon roman préféré, mon roman culte. Et pourtant, comme tout collégien ou lycéen, j'avais été une victime de la lecture forcée des romans les plus noirs de Zola, au point de nous laisser tous penser que Zola est l'écrivain le plus haïssable qui ait jamais été en ce monde et en tous les autres. Mais c'est un leurre, on tente de nous le faire croire, mais c'est faux. Zola, ce n'est pas que La Bête Humaine, L'Assomoir ou Germinal. Non, Zola, c'est aussi Le Rêve, Au Bonheur des Dames (qu'on m'avait toutefois fait heureusement lire au collège), La Fortune des Rougon, et enfin La Faute de l'Abbé Mouret. Zola, sentimental? Zola, dramaturge romantique et passionné?... Zola, païen?!
Assurément !

Loin de moi Les Dames du Lac, loin de moi tous ces romans hissés en haut du pavé des milieux sorciers et paganisants. C'est la relecture du mythe du Paradis originel par Zola qui a tenu beaucoup de mes rêves d'adolescente, et jusqu'à aujourd'hui encore, et longtemps par après probablement. La Faute de l'Abbé Mouret ne parle pas de paganisme tel que c'est en général considéré, il parle de la Nature, de l'homme ou la femme sauvage, vivant en harmonie avec la nature, selon ses préceptes. C'est un roman qu'adoreraient tous ceux qui aiment penser que le christianisme est l'ennemi asbolu de la Nature, des femmes, de l'humanité et du paganisme. A eux, je leur recommande plus que chaudement sa lecture. Il y a de magnifiques scènes dramatiques de duel entre arguments pour la Vie, pour la vie sauvage, pour l'acceptation de la force de la Nature, et l'enfermement, la pénitence, la souffrance et le funeste du christianisme. Zola n'aimait pas le christianisme, c'est indéniable. La Faute de l'Abbé Mouret est un cri de vie triomphante face à un ascétisme chrétien jugé castrateur, stérile et mortifère. Je n'ai jamais tellement fait attention à cette partie de l'histoire, il n'y a pas que les chrétiens qui puissent aller dans ce sens. Mais en revanche, j'ai tout de suite été fascinée par la figure d'Albine, cette grande fille sauvage, innocente et qui appartient entièrement à la Nature. Son jardin a vécu dans mes paysages intérieurs, son amour exigent et absolu m'a fait envie, m'a inspirée. Zola aime les mythes ; il a refait un Phèdre moderne avec La Curée, un conte de fée avec Le Rêve, et la Genèse avec La Faute de l'Abbé Mouret. Moi aussi je les aime, et comme nous tous à un moment de notre vie, j'ai voulu faire de ma vie un roman, un mythe, une épopée vivante et bien réelle, quelque chose qui vaut la peine d'être vécue dans son entier. Je suis fascinée de constater que bientôt 10 ans après avoir découvert ce roman/film, je ne me lasse jamais de mon mythe préféré, oubliant parfois de lire la dernière partie. Car enfin, Zola reste Zola ... avec ce que cela signifie pour le style de fins qu'il trouve à ses romans.

La Faute de l'Abbé Mouret est définitivement un roman s'adressant aux paganisants modernes, et tout ce qui gravite autour. On y retrouve tous les thèmes qui font cette spiritualité liée à la Vie, la Nature, l'Immanence. Et la Liberté. Il mériterait de faire partie de ces romans-phares, ces égéries que l'on cite en exemple dans les lectures fondamentales qui forment un univers mythique où ne manquent que l'existence d'une spiritualité naturelle affichée. Mais enfin, ce roman n'en a pas besoin. Vivre, plutôt que théoriser, que faire des rites comme l'Abbé Mouret, vaut mille fois mieux. C'est plus plus grand de tous les rituels à mon sens. Cette spiritualité n'est-elle pas d'abord un art de vivre?

Alors si vous n'avez jamais lu ni vu ce film (qui passe une fois tous les tremblements de terre), vous avez jusqu'au samedi 3 mai pour attraper une des diffusions que Ciné Cinéma Classic fait de ce que je juge être un chef d'oeuvre d'inspiration de la Muse. Je ne me souviens plus vraiment si le film est cinématographiquement exceptionnel (je le verrai bien quand je prendrai moi-même une des diffusions), mais l'histoire, le roman, valent vraiment le détour pour sa poésie, sa délicatesse, ses élans de vie et de mort, sa beauté dans le merveilleux et le tragique.

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