L'éthique, ce grand serpent de mer qui traverse toutes les branches de l'occultisme et qui tente de séparer l'acceptable de l'inacceptable dès lors que l'Homme entrevoit des possibilités de réaliser tous ses désirs, même les plus secrets, même les plus inavouables. Tous les grands pontes et tous les livres (ou presque) en parlent, mettent en garde, passent au peigne fin les pratiques ou tentent de livrer une doctrine qui ferait office de corpus de lois internes et qui semblerait acceptable : trouver un raisonnable compromis entre les possibilités illimitées et un équilibre moral. Mais dans leur infinie sagesse, soucieuse d'encadrer des pratiques qui pourraient rapidement devenir anarchiques, les penseurs oublièrent la plupart du temps tout un pan éthique qui pourtant est absolument indissociable de celui qui est présent partout, de la forme wiccane simple et concise "Si tu ne fais pas de mal, fais ce que tu veux" à d'autres formes bien plus complexes, portant l'éthique aux différents plans d'existence admis. Mais finalement, qu'est donc cette éthique si ce n'est une éthique de la pratique?
"La théorie sans la pratique est vaine, la pratique sans théorie aveugle" (Kant). Alors que la multitude semble proclamer cette éthique de la pratique comme un credo rabaché à l'école au point que cela sonne creux et insipide, cela fait bien longtemps que les ténèbres de l'obscurantisme aveuglent les pratiquants, zélés à répéter fièrement les bribes de sagesses glanées dans l'un ou l'autre livre ésotérique déniché à la Fnac ou dans l'une de ces librairies ésotériques qui se donnent de grands airs en arborant des noms latins avec dedans des fautes de grammaire (les nancéens reconnaîtront peut être), et dont les vendeurs ne savent même pas ce qu'ils ont en rayon ... Voilà l'apparence du monde occulte : une magnifique vitrine toute scintillante, comme on en voit à Noël et qui émerveille les jeunes enfants. Et lorsque Noël passe, la vitrine devient triste et disparait. Un monde de poudre aux yeux, artificiellement attirant, qui fait croire à chacun qu'il est un grand sage sans qu'il ne puisse voir à quel point tout cela n'est qu'apparence, superficiel. Ce n'est pas de cette lumière qu'on peut éclairer son chemin, cette lumière fausse et criarde ferme les yeux et empêche tout discernement. J'en prends à témoin tout ce qui ne jure que par la lumière, le haut, le "bien". Voilà une bien piètre philosophie, elle dégouline de sucre (avec colorants et conservateurs) et s'insinue partout pour mieux boucher l'esprit, comme le cholesthérol bouche les artères.
Le monde occulte s'est mis des oeillères et il tourne à vide sur ses propres chimères et ses propres démons. Il crie de faire la lumière sur le monde et ne donne que l'alternative des crasses ténèbres moyen-âgeuses, millénaristes et conspirationnistes, ou de la clinquante lumière des bling-bling magiques. La masse s'est emparée de l'occulte et dans les limites de ses connaissances, en a fait un marasme de new-age ou de carcan intolérant. Comment en vouloir à ceux qui ne sont pas "éduqués"? On ne peut reprocher au boulanger d'ignorer les derniers progrès de la recherche scientifique tout comme on ne peut reprocher au savant érudit (de type ermite dans sa grotte) d'ignorer Star Academy car il n'allume jamais son poste de télévision. En somme, sont innocents ceux qui ne peuvent se figurer l'existence d'une chose. Peut être un peu moins innocent quand on sait qu'elle existe mais qu'on choisit délibérément de l'ignorer : l'ésotériste moyen (tout comme le français ou l'américain moyen) ne jure que par son domaine et s'imagine que tout le Pérou est rassemblé sous ce sigle seul, que tout le reste n'est qu'optionnel. Et encore, "optionnel" est gentil, d'aucuns diront que cela détourne de la Vérité.
Amis occultistes, sorciers, ésotéristes et assimilés, avez vous oublié d'où vous viennent vos soit-disant connaissances ancestrales et souveraines? Elles viennent de l'Antiquité, elles viennent de la Renaissance, elles viennent du siècle des Lumières. Autrement dit du temps où sciences (mathématiques et astronomie), théologie, rhétorique, grammaire et musique ne faisaient qu'un et formaient l'ensemble inséparable de toute éducation : l'Antiquité. Autrement dit du temps où régnait l'humanisme, pourfendeur d'obscurantisme et dont l'idéal de l' homo universalis donna naissance à des génies en tout, tels que Pic de la Mirandole ou le très (trop) célèbre Léonard de Vinci qui redécouvrirent Platon et les trésors du judaïsme : la Renaissance. Autrement dit encore du temps où les consciences voulurent s'émanciper de la doctrine de l'Eglise pour faire briller la lumière des esprits, époque si prolifique de destruction systématique de superstitions rétrogrades par les élites savantes, et de naissance à travers toute l'Europe des loges maçonniques ou d'autres cercles occultes : le 18e siècle des Lumières. Toutes les époques brillantes surent mettre en relation les connaissances occultes avec les diverses autres disciplines. Toutes ... et pas la nôtre? Nous n'avons ni la sagesse antique, ni l'humanisme, ni les Lumières ; nous ne sommes que les héritiers des millénarismes symptômatiques des temps troubles et des inquiétudes sociales. Telle est la constatation : nous ne nous situons pas dans l'ère de la connaissance mais dans celle de la croyance, celle qui mène les hommes à s'entre-déchirer. Cette croyance aveugle, qui coupée de la connaissance, assujetti, abêti et fanatise.
Et pourtant nous n'avons jamais été aussi avancés en matière de connaissance de l'univers. Nous n'avons jamais été autant en mesure d'envisager ce qui est, connaître le passé et appréhender l'avenir. Partout dans le monde des chercheurs s'affairent à percer les secrets de la physique, à étudier et comprendre l'Histoire, à faire avancer la médecine. Faut-il y voir une dichotomie infranchissable entre les élites et la populasse? Faut-il comprendre que l'ésotérisme éclairé ne peut s'adresser qu'à des personnes dont l'esprit est déjà formé à la réflexion et empli de savoirs divers? Tout comme dans le passé, la philosophie n'était accessible qu'à ceux qui s'étaient au prélalable entrainés à l'arithmétique, l'ésotérisme ne peut-il être correctement accessible qu'aux élites intellectuelles formées aux sciences exactes, sociales et humaines, ainsi qu'aux linguistiques diverses? Il y eut bien dans le passé une culture des élites et une culture populaire, moins cloitrées l'une l'autre qu'on pourrait le croire et en perpétuelles interractions. Seulement, en ce temps, la population ne prétendait pas mieux savoir que les intellectuels et sans essayer de faussement présenter un monde parfait où chacun serait conscient de ses qualités et de ses limites (il suffit de voir la "propagande" de diabolisation de la sorcellerie que les élites intellectuelless diffusèrent partout du 15e siècle au 17e siècle en Europe), nul n'avait les prétentions d'empiéter sur le domaine de son voisin. Aujourd'hui, la situation est toute autre. Les savoirs sont disponibles partout, à la portée de tous et non plus à celle d'une seule élite bien née ou fortunée, et l'ésotérisme se trouve exposé sur la place du marché, ou au vu et su de tous. Le triomphe humaniste de la diffusion du savoir culmine avec l'internet qui véhicule toutes les connaissances, justes comme fausses. Il n'est qu'à oberser le phénomène de Wikipédia, il est aberrant d'y lire que la "wicca hellénistique" aurait été créée par l'empereur Julien l'Apostat, quand on sait que le terme "wicca" date du 20e sièce et est anglo-saxon, et que cet empereur parlait le latin et principalement le grec, et qu'il était un adepte presque exclusif de Mithra (exemple récent tiré d'un forum) ... Hors internet, les livres sur l'occulte, sur la magie, sur la paranormal brandissent la terreur de la chasse aux sorcières du Moyen-Âge, ignorant qu'il n'y eut jamais de chasse aux sorcières durant cette période mais qu'elle correspond à une des conséquences de la fin des guerres de religion, entre la fin du 16e et le début du 17e siècle, soit à l'époque moderne. Ces auteurs dits spécialistes, ont-ils seulement ouvert un jour un livre d'Histoire?
Voilà des dizaines d'années que le monde ésotérique et/ou sorcier se plaint au mieux d'être mal considéré et de devoir taire l'interrêt qu'on porte à la chose, au pire d'être composé de malheureux persécutés! Mais honnêtement, à qui la faute? Ces réactions sont sommes toutes parfaitement justifiées, car au scepticisme et aux craintes naturelles de ce qu'on ne connait pas, s'ajoutent les fléaux du militantisme aveugle, de la crasse ignorence, de la mode et le culte de l'apparence, du syndrôme de Caliméro (mais pourquoi le monde est-il si injuuuuuuuuuuuste avec moi???). Entre la petite ado toute fleufleur et le grand rebelle qui n'a trouvé que cela pour se sortir de sa piteuse existence boutonneuse et se démarquer de ses géniteurs, l'occulte est le royaume idéal pour l'apprenti marginal bourgeois inculte. Comment leur en vouloir entièrement, ils sont jeunes et ont tout à apprendre. Veulent-ils apprendre? On peut au moins l'espérer, autant que le fait qu'ils ne refusent pas de sortir de leur bulle d'idées préconçues. Non, les véritables coupables sont ces adultes, "maîtres", "grands pêtres" ou "grandes prêtresses", sorciers réputés et autres fondateurs de traditions qui véhiculent les fausses images de l'ésotérisme dont s'abreuvent les jeunes générations bercées par les rêves de mangas et de séries fantastiques télévisées, à la même heure où chaque ministre de l'éducation tente d'innover et fait tant de réformes qu'aucune méthode ou rigueur de la pensée n'est enseignée dans les écoles. Les méthodes de critiques, de développement de la raison, de remises en questions et de cheminement des idées sont pourtant fondamentales à la formation d'un intellect adulte capable de discerner les chants des sirènes de la connaissance véritable. Les gens se lancent désormais dans l'occulte comme on se lance dans la couture ou le patchwork, comme un loisir qu'on croit pouvoir aborder sans autre connaissance connexe, avec de bons kits homologués do it yourself.
C'est là qu'on rejoint la question de l'éthique. Ecrire un livre, un article, c'est se rendre responsable de la teneur des connaissances transmises. Or, comment transmettre des connaissances pratiques ou même théoriques sans avoir recours à d'autres disciplines : histoire, sociologie, linguistique et même biologie et physique? Plutôt que de continuer à véhiculer un image de bandes d'illuminés ou d'allumés finis, pourquoi les connaisseurs, professionnels ou initiés ne pourraient-ils pas accepter ce rôle d'éducateurs des consciences, littéralement "ceux qui conduisent les consciences en avant" ("éducateur" venant du verbe latin "ducere" : conduire)? Peu de matières réclament des connaissances aussi universelles que l'occulte, et sachant que nul n'est tenu d'être spécialiste de tout, et ne pourrait l'être d'ailleurs, il est essentiel de lire et étudier les différents domaines cités avant même d'aborder les aspect purement ésotériques. J'entends comme les échos de ceux qui s'indignent, clamant que ce n'est pas affaire d'intellect mais d'intuition et d'expérience directe. J'en reviens à la citation de Kant ; un ignorant qui vit une expérience sera incapable de l'interpréter correctement si il ne dispose d'aucune grille où reporter et confronter son vécu. La pratique aveugle n'amène qu'à se fourvoyer et passer à côté de l'essentiel. Tant et tant le font, autant que de touristes comme de quêteurs qui ont marché sans le savoir au dessus du tombeau de Marie-Madeleine dans le Da Vinci Code (qui est purement oeuvre de fiction, je le rapelle).
Il faut cesser de croire que l'occulte s'auto-nourrit, et plutôt poursuivre l'oeuvre des humanistes et des Lumières. Tous les savoirs, bons comme médiocres, sont accessibles ; aussi que chacun accepte les uns leur rôle et leur capacité dans l'amélioration du niveau de connaissances des pratiquants de l'occulte, les autres d'abandonner leurs douces chimères de la même manière que l'enfant doit un jour se séparer de son ours en peluche pour finalement aller de l'avant et découvrir le monde. Nous sommes tous responsables de l'image, pour le moment peu reluisante, qui ressort du monde de l'occulte, dominé par les adeptes de sensations fortes des thèses conspirationnistes, des obsédés de la fin du monde et des rêveurs indécrottables. Qu'entend-on dans cet univers? Les historiens, les scientifiques cachent la Vérité? Le monde est en proie à de terribles machinations et en 2012, tout va péter, c'est écrit dans les annales akashiques (qui révèlent aussi la véritable histoire vraie de l'Atlantide il y a des millénaires et que les historiens,ces suppôts de Satan, refusent de reconnaître, faute de preuves archéologiques!!!). Et qu'entend-on chez ces scientifiques? Ces occultistes, et sorciers de tout poil sont des déséquilibés mentaux, vivant en marge de la société et présentant des risques potentiels pour la communauté (il suffit de voir les affaires de profanations). Ou simplement, ce sont juste des malheureux farfelus complètement privés de toute crédibilité qui tentent de trouver un échapatoire à leur misérable existence. Tout le monde se tourne le dos mutuellement en se renvoyant la balle des erreurs et des fautes, alors que chacun aurait à gagner à considérer autrement les choses. Enfin ... il se trouve des occultistes et des historiens ouverts et interessés aux deux disciplines, mais ces cas ne font malheureusement pas ,la majorité. Et pendant ce temps, chacun se retranche dans son coin et les disciplines comme les personnes en pâtissent. Tout stagne, ou se dirige dans des directions biaisées. Est-il donc si compliqué pour les occultistes de daigner considérer les chercheurs divers comme des aides et alliés, plutôt que des conspirateurs? Les mystifications ne sont que du côté de ceux qui génèrent la suspition, le doute et l'esprit de revanche plutôt que de la collaboration. Et il n'y a que folie chez qui est incapable de faire la part entre ses désirs et la réalité, entre la légende et l'histoire, entre les symboles qui parlent à l'inconscient et la raison concrète qui s'adresse à l'esprit conscient. La réalité est souvent bien plus décevante que ce qu'on souhaiterait qu'elle soit, c'est ainsi, il faut s'y faire. Ce n'est que lorsqu'on l'a compris et accepté qu'on peut espérer approcher une connaissance véritable, car libérée des entraves de l'illusoire.
Voilà la délicate tâche du véritable initié, de quiconque désire transmettre son savoir avec sincérité et responsabilité. Il s'agit de se faire passeur de mondes, savoir jongler avec tous les plans, des plus concrets et rationnels aux plus éthérés et imaginaires, tout en leur conservant leur juste place. Nul n'est fait d'un seul bloc, et l'âme humaine joue sans cesse sur une miriade de subtilités, toutes nécessaires à son équilibre psychique. C'est cet équilibre, l'harmonie du tout et des contraires que l'initié recherche perpétuellement, une compréhension universalisante ou qui tend à l'être autant que possible. Il s'agit d'une quête qui ne s'achève jamais. Harmonie de la légende et de l'histoire, des symboles et de l'écrit, de l'imaginaire et du concret, du rêve et de la réalité, du conscient et de l'inconscient, de la science et de la croyance, de l'apprentissage rigoureux et de la créativité débridée, de la folie et de la raison, du chaos et de l'ordre etc ... "Ce qui est en bas est semblable à ce qui est en haut", et cela parce que l'un a besoin de l'autre pour respecter le fragile équilibre qui permet à chaque chose de trouver une juste place. Soyez des pédagogues éclairés et non des mystificateurs fanatiques, interrogez vous sur votre vision des sciences, de l'ésotérisme. Ou en êtes vous? La balance est-elle en équilibre? Abandonnez les spectres de persécuteurs et de victimes, êtes-vous en danger? Plus que jamais, c'est de bâtisseurs responsables, sages et compétents dont on a besoin pour apporter de véritables avancées. L'Histoire ne sert pas à nourrir l'imaginaire dans le sens qui nous inspire le plus pour mieux la réinventer à notre convenance, ni rester emprisonné dans la mélancolie passée ; elle sert aussi à se situer dans le présent et regarder l'avenir avec plus d'assurance.
Cette fois c'est définitif; Discor-Dianique renaît de ses cendres et repart de plus belle. Des articles divers seront régulièrement postés ; réflexions, spiritualité, histoire, concepts divers.
Re-bienvenue à vous!
