Jeudi 8 mai 2008


Décidément, je crois en sortir et je n'en sors jamais, de mes cathares. Une fois la machine de cheminement initiatique mise en branle, plus rien ne l'arrête avant d'avoir vu le bout du bout, et encore. Je ne sais pas.

J'étais invitée, samedi dernier, à un workshop en Allemagne, organisé par une prêtresse hiérophante de FOI, sur le thème des troubadours. Etant donné qu'elle est musicienne de son état (en plus d'être professeur de langue et libraire), je m'attendais surtout à une après midi musicale. Ce qui fut le cas, puisque j'ai pu entendre de belles chansons occitanes médiévales chantées sur fond de harpe celtique. Mais ces chants étaient ponctués d'une présentation (je ne parlerai pas de conférence puisque c'était convivial, et que cela incluait des périodes de méditations) de la civilisation occitane médiévale des troubadours. Elle nous présenta l'Eglise d'Amour comme une sorte de société initiatique à sept degrés dans lesquelles évoluaient les troubadours et les dames qui participaient à ces fameuses cours d'Amour, célèbres de par Aliénor d'Aquitaine. Je restais perplexe, historiquement, on ne m'avait jamais présenté les troubadours comme des initiés à quelque tradition mystique et ésotérique. Mais je continuais d'écouter avec intérêt, d'autant que je sais ne pas avoir la connaissance absolue, et de loin, sur cette période d'Histoire, bien qu'elle m'ait toujours passionnée.

L'Eglise d'Amour était, dans ce contexte, une société parallèle, à la société seigneuriale hiérarchisée où nul ne s'appartenait, ni les femmes qui restaient des mineures perpétuelles et ne pouvaient échapper à une tutelle imposée du père puis du mari, ni même des hommes, soumis aux mêmes mariages arrangés et à un ou des seigneurs, puisque nul ne vivait sans maitre. Les valeurs y étaient inversées, et l'honneur n'était pas de faire la guerre mais de se mettre au service total et entier de la Dame, incarnant toutes les femmes, et devenant par la la Prêtresse. C'était une culture de l'élite féminine, il suffit de songer à Aliénor d'Aquitaine, épouse de deux rois, ou d'autres comtesses ou dames nobles. Les troubadours quant à eux étaient toujours de rang inférieur, bien qu'il y en ait eu aussi quoi soient nobles, car l'idéal chevaleresque se retrouva rapidement influencé par les idéaux alors véhiculés par les romans de la Table Ronde (chose d'ailleurs que j'avais bien étudiée en licence et qui est une réalité historique bien assurée). Le paroxisme littéraire de la Dame et de son chevalier servant est bien entendu la reine Guenièvre et Lancelot, mais on trouve un exemple similaire dans le roman de Tristan et Iseut. Ce qui dénote une autre réalité, celle du troubadour faisant la cour à une dame mariée, souvent employé dans la maison même de l'époux de la dame, seigneur du chevalier/troubadour.

C'est là qu'elle en vient aux cathares, en prenant l'exemple d'Esclarmonde de Foix, que je connais bien. Il s'agit d'une grande dame cathare, dotée d'un riche patrimoine, et qui devint une parfaite cathare renommée (elle eu la charge d'archi-diaconesse cathare). Je ne savais pas en revanche, à moins que je ne l'ai oublié, qu'elle avait animé avec énergie, des cours d'amour en son temps, et que même devenue parfaite cathare, ce qui la conduisait à l'ascèse et la chasteté, elle continua d'en tenir. Je ressentais fortement ce lien entre troubadours et cathares, que les historiens reconnaissent pour être le créateur de cette civilisation si riche et colorée. C'est aussi la raison pour laquelle aucun autre dualisme ne m'a jamais attirée, cependant, je pensais en mon for intérieur, que ce devait venir d'une vision romantique et romanesque que je me faisais de tout ça. Peut être pas tant que cela en fait.

Les troubadours de cette Eglise d'Amour rencontrent la spiritualité cathare en ce que l'amour qu'ils vivent au service de leur Dame est nécessairement chaste et désinteressé, puisque cette dernière est mariée. On sait toutefois qu'il était possible que cela aille plus loin, que la récompense la plus élevée pour un troubadour était bel et bien que la Dame l'invite à partager sa nuit, sachant bien entendu qu'il ne pouvait que suivre les désirs de la Dame et ne jamais chercher à aller plus loin. Chasteté et sexualité se cotoyaient de manière permanente, ce qui amena la comparaison de cette Eglise Moderne à une sorte de "tantra européen", venu dans le midi de la France via un poète Arabe qui introduisit, par son oeuvre, cet esprit et cette forme de sagesse.

Il est connu que la chasteté est une condition absolue dans le catharisme pour les parfaits. Et pourtant, il existerait une chanson d'un troubadour, dans laquelle il donne l'indication de tous les lieux où des cours d'amour existent et où des dames ne s'en limitèrent pas à la chasteté ; tous des lieux réputés pour être des bastillons cathares. Et là, cette prêtresse de dire que pour les cathares qui adoraient l'Esprit Saint, celui-ci était la part féminine de Dieu, selon une tradition gnostique plus ancienne. Dans ce cadre, les femmes cathares jouissent en effet d'un statut bien plus haut que dans la société "commune" et sont reconnues comme prêtresses et incarnation de la "Déesse".

Il y avait comme une boucle qui se bouclait. Il faudra que j'étudie cela d'un angle historique strict, mais pour la première vraie fois, des choses que je savais de manière éparse se sont mises bout à bout et j'envisageais vraiment l'hypothèse de cette cours d'amour initiatique, portée par l'Idéal d'amour. Je connais cette idéal d'amour pur et chaste, j'en ai rêvé des années sans renier la sexualité pour autant. Ils ne sont d'ailleurs pas contradictoires puisque l'un, l'amour dévoué et chaste, peut mener à l'autre, une fois que le coeur et l'âme ont été éprouvés et ont atteint le dernier degré, le paroxisme. L'Initiation, en fait. Voilà donc comment cette civilisation occitane serait née, en conciliant des faux contraires.

Je ne pouvais être que déçue par mon voyage puisque je ne rencontrais rien de cela, rien de cet esprit, que du froid, de l'indifférence. Tout ce que n'étaient ni troubadours, ni cathares, ni eux tous réunis. Je finirai par croire que mon voyage initiatique ne se finit jamais. C'est peut être vrai.
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