Mai, mois d'amour, de célébration de la vie, mois arc-en-ciel ; mois de la Muse. Mois des sérénades, des cours d'amour (pour y revenir), d'insouciance en même temps que de mystères profonds,
poétiques. C'est en vérité un mois idéal pour se laisser aller à l'inspiration poétique et artistique de tout ordre. Dans les feuilles des arbres se mélangent grâce au vent les
paroles de pouvoir et de plaisir. Le monde se fait murmurant d'une grande sérénade.
Si ce n'est pas encore l'heure de la fécondité physique, c'est le temps de la création des chants, des hymnes, des incantations, des arts parlés, écrits, gravés, dessinés ... On sort des murs du
château et on joue de la musique, et chante, et danse, au devant, dans l'air printanier au accents doux, lancinants et langoureux.
Aujourd'hui, la pleine lune donc. Le temps est encore à la Muse, Jeune Fille sauvage, et savante, Initiée aux mystères des mots et des images magiques. Alors je proposerai ici une traduction
d'un article sur la Muse et ses cinq éléments. Peut être d'autres articles sur la Muse suivront, au gré des envies et des inspirations.
La Déesse Muse et ses Eléments
Traduit d'Ariadne's Thread de Shekhinah Mountainwater, par Hédéra
Qui a vu le vent ?
Ni vous ni moi,
Mais lorsque les arbres font pencher leurs feuilles
C’est le vent qui passe par là …
-traditionnel
Dans le mythe Celtique, il y a de nombreux contes où des harpes se mettent à chanter par un vent mystique, ou bien elles sont habitées par
l’esprit chantant d’une femme. Une ballade populaire appelée Binnorie raconte l’histoire de deux sœurs qui étaient toutes deux vouées à un jeune chevalier. Il doit épouser l’aînée, mais
aime secrètement la plus jeune. La sœur plus âgée, pleine de jalousie, pousse sa sœur à la mer. Un joueur de harpe passe par là ; il fait de la cage thoracique une harpe, et de ses cheveux
blonds des cordes.
Des os de sa poitrine, il fit une harpe
Dont le son ferait fondre un cœur de pierre
Les cordes qu’il confectionna de ses cheveux d’or
Et voilà ! De lui-même, un air été joué …
L’esprit de la femme noyée avait élu résidence dans la harpe, et chante la vérité sur son assassinat. Bien que ce conte soit narré dans un
contexte patriarcal, la présence de la Déesse peut être ressentie dans une beauté à en donner des frissons. C’est là le test d’un poème ou de toute forme d’art ; si la Muse est présente,
vous la sentirez, et serez enchantée.
Une énigme :
Découvrez de quoi il s’agit.
La forte créature d’avant de Déluge
Sans chair, sans os,
Sans veine, sans sang,
Sans tête, sans pieds …
Dans le champ, dans la forêt …
Sans main, sans pieds.
Elle est aussi sauvage
Que la surface de la terre,
Et elle n’était pas née,
Ni n’était vue …
Réponse : Le Vent
(Tiré du Book of Taliesin [Livre de Taliesin] traduit du gallois par Lady Charlotte Guest)
Dans les mythes Irlandais, une légende raconte que le vent chanta à travers les côtes d’un squelette de baleine échoué sur la plage un beau
jour. Et c’était la respiration de la Déesse qui faisait vibrer les os, créant la première musique qu’il exista …
Sorcière de l’air
Gorge pleine de chants
Filant de doux sorts …
La respiration, ou le vent, sont synonymes d’inspiration et de magie dans les mythologies du monde entier. Dabs l’Irlande païenne, les quatre
vents cardinaux étaient tenus pour porteurs de qualités attribuées à leurs directions : Le Vent de l’Ouest apportait la nourriture et l’habillement ; le Vent du Nord apportait la mort
et la résurrection ; le Vent du Sud apportait les fruits, le miel, et la musique ; le Vent de l’Est apportait l’or et les richesses infinies. (il est intéressant de comparer cela avec
les utilisations magiques des directions, telles qu’on les trouve dans les traditions sorcières Européennes, et les traditions Natives Américaines.) Dans l’histoire de la Genèse Judaïque, dieu
insuffla la vie à Adam. Dans le mysticisme Chrétien, la Colombe insuffla la graine de dieu dans le ventre de Marie. Dans la mythologie Grecque, la Déesse Eurynome tomba enceinte par un vent
fertilisant. Les yogis nous enseignent la grande importance de développer et d’apprécier notre respiration.
En Inde, les Hindous croient en Voc ou Vac, Déesse du mot parlé. D’elle, nous avons des mots tels que la voix, la vocalise, l’invocation,
l’incantation. Sa bouche est le lieu de naissance du son et de la signification, égale au chaudron de transformation, la vulve qui donne toujours, la coupe toujours remplie, la grosse pourvoyeuse
de mystère. Cette puissante image féminine est une des rares où nous puissions découvrir que cela affirme les capacités de la muse qu’on les femmes.
Bien qu’ils ne soient que des souffles
Les mots que je commande
Sont immortels
- Sappho
La parole est vraiment une chose merveilleuse. Elle commence dans l’esprit avec des images créées par l’I-magi-nation, elle est portée à
travers les poumons sur le vent de notre respiration, et est rendue hors de notre bouche en tant que son articulé. Le processus de création a commencé, comme le montre l’étoile à cinq branches
des sorcières, commençant avec la vision ou l’image, gagnant en densité de l’air (pensée et parole), l’eau (désir et courage), et le feu (volonté et action) sur la voie pour devenir réalité. Nos
ancêtres avaient compris cela en tant que Pouvoir de Nommer, et lui portèrent un grand respect. Elles savaient que nommer une personne ou une chose était la contrôler, car alors elle doit agir en
conformité de la nature de ce nom. C’est la raison pour laquelle de nombreuses divinités avaient des noms secrets, seulement connus de ceux qui célébraient leurs rituels. Il y a de nombreuses
légendes dans lesquelles les ennemis de certaines tribus les vainquaient en découvrant les noms secrets de leurs dieux et en les prononçant à haute voix durant des batailles de sortilèges. Les
individus avaient aussi des noms secrets, qui leur étaient donnés à la naissance, et peut être uniquement connus de ceux qui leur étaient les plus proches par le sang ou le rituel. Révéler
le nom de quelqu’un revenait à mettre son âme à nu.
Les féministes d’aujourd’hui découvrent le pouvoir de nommer. En appliquant cela aux sources de leur oppression, telles que « le
sexisme », « le viol », « la domination », ou « phallocentré », elles font des pas importants vers la libération. Il est très difficile de s’extraire d’une
situation que l’on ne peut décrire ou comprendre. Nommer, c’est identifier. Lorsque les sorcières bannissent, elles savent que le premier pas est de nommer le démon ou ce qui doit être éliminé.
Le même principe est utilisé dans la création de sorts nouveaux et positifs.
Certaines féministes politisées prennent une position critique, quoiqu’en relation avec les suivantes de la Muse-Déesse. Bien qu’il leur est
venu à l’esprit que le langage et le fait de nommer avaient du pouvoir et fournissaient une clé à leur libération, elles n’ont pour le moment pas fait le bond dans les réalités non linéaires, les
trouvant « irréelles », ou « une attitude de fuite ». Elles pensent toujours de manière linéaire, et sont de ce fait toujours dans la réalité contre lesquelles elles affirment
résister. La seule manière de véritablement changer le monde est de cesser d’opérer dans une structure de croyance patriarcale, et de sauter dans une manière de penser totalement nouvelle. Ou,
comme mon amie Liberté aime à la dire : « Faire un tour à cent quatre vingt degré de conscience ».
De nos jours, le mot parlé reçoit peu de respect, tandis que l’autorité est donnée au mot écrit ou enregistré. Les gens n’accordent pas
d’attention à leur parole, disant des moitiés de vérités ou faisant des promesses qu’ils ne tiennent pas. Les pressions sociales nous tentent de mentir continuellement, souvent en menaçant notre
survie si nous ne nous y conformons pas. L’honnêteté, notre droit de naissance, est devenu embrumée dans les jeux de mots. Nulle ne peut être une bonne jeteuse de sorts de la sorte. Une bonne
sorcière connaît l’impact du langage, et en use avec précaution.
C’est là que la question de l’honneur entre en compte. En tant que récipient de cuisine, on raconte que le chaudron de Cerridwen refusait sa
nourriture aux menteurs. Sa bordure était décorée de perles, un symbole de vérité connu de longue date. Se soustraire à la vérité signifiait se soustraire aux faveurs de la Muse. Être possédé par
la muse signifie être possédé par la vérité.
En termes magiques, cela signifie que votre parole ne peut pas être puissante si vous ne dites pas ce que vous pensez, et si vous ne faites
pas honneur à ce que vous dites. Chaque fois que vous vous détournez de vos engagements verbaux, vous créez un flou, un trouble dans votre langage. De plus, l’esprit inconscient, étant incapable
de trahison, veut croire ce que vos mots parlés disent. Ce principe est à la base de toutes les affirmations et les sorts. La vérité est riche de force de vie, avec son présent, sa beauté et sa
réalité. Cela donne le potentiel au langage magique. La vérité embrumée trouble le sort, et peut être préjudiciable à votre magie, sinon franchement dangereuse.
« … La beauté est la vérité, la vérité est la beauté, voilà tout
Vous le savez sur terre, et c’est tout ce que vous avez besoin de savoir. »
John Keats
En plus de l’élément de l’air, la Muse a aussi bien été représentée par les quatre autres éléments. Dans la mythologie Irlandaise, la déesse
Brigid était adorée en tant que celle qui apporte la flamme – la flamme du foyer qui fournissait la nourriture, la flamme de la passion en amour et dans la bataille, et la flamme
« supersensuelle » de la poésie.
Sorcière du feu
Souffle à la flamme
Allume la passion …
Sienne était aussi la flamme qui tempérait les métaux des forgerons, et qui était donnée par son corps de terre.
La Muse avait une tradition aquatique en tant qu’Aphrodite, la déesse de l’Amour, qui naquit de l’écume de la mer. Sappho et ses sœurs de
Lesbos adorèrent Aphrodite en tant que source de beauté, passion, et inspiration poétique. L’Aphrodite galloise était plus ancrée dans la terre. Nommée Olwen, elle était patronne du pommier
sauvage. On raconte que son fruit donnait l’immortalité poétique.
De nombreux poètes ont été inspirés par Mère Nature, qui peut être vue comme la Muse sous son aspect de terre. Un poème qui décrit les beautés
et la sagesse de la nature est aussi une invocation à la déesse.
Sorcière de terre
Oreille au sol
Ecoutant les battements de Son cœur …
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