
Aujourd'hui, j'allume internet et je vois que la loi sur les OGM n'est pas passée. Voilà qui est bien, comme beaucoup, voir la majorité, je ne tenais pas à ce qu'on soit envahis par ces bidouillages génétiques, avec tout ce que ça signifierait, dans nos assiettes et en dehors. Greenpeace se dit heureux, ça ne peut en effet que les réjouir. Je me souviens du temps où je faisais partie du groupe local de Greenpeace, pleine de bonne volonté de "faire quelque chose pour la Terre". Parce que, comme tout le monde (et pas que les païens qui en font leur cheval de bataille, voir une de leurs identités principales et essentielles), l'avenir de la Terre me concerne. Sur ce, je décide de faire un peu de rangement chez moi, et je retombe sur le prospectus d'une association luttant contre les tests effectués sur les animaux, en particulier en ce qui concerne les cosmétiques. Et si je fouine bien, je retrouverai peut être même un vieux courrier de la Croix Rouge, m'informant de la manière dont mon argent fut utilisé, lorsque je fis partie des milliers qui donnèrent un peu pour secourir les victimes du tsunami de Noël 2004. Oui, et je suis sensible aux enfants et aux adultes qui meurent de faim dans le monde, j'irais bien construire des écoles en Afrique et porter des médicaments dans les pays en guerre, ou au moins m'arranger pour en faire parvenir. Je combattrais bien aussi les excès du capitalisme avec Attac ou d'autres, et je militerais pour l'égalité hommes-femmes avec des féministes modérées, en prenant fait et cause pour les femmes battues. Et même, quand on me distribue des prospectus, face à la guerre, pour demander la liberté et la paix au Tibet ou le respect droits de l'homme pour les Kurdes, je serais bien d'accord encore de soutenir tous ces gens là. Et dans le fond, les païens qui veulent sauver les menhirs, pourquoi pas. Je n'ai rien contre les menhirs, moi. Ni contre les païens, à priori. Comme pour le reste, c'est sûrement utile, et en plus ça a un petit côté folklorique bien sympa qui rappelle Bové, le Larzac et ses chèvres, et même un peu les hippies. En moins peaceful que les hippie, globalement, quand même, mais passons.
En fait, à en faire un tableau, les mouvements associatifs contemporains sont bien à l'image du monde qui les accueille : aussi multiple qu'il y a de produits dans un hypermarché. Je me sens comme hier, en faisant quelques courses et en passant devant les boutiques de vêtements : j'avais bien un peu d'argent que j'aurais pu dépenser, seulement il y avait tant de belles choses tentantes que j'étais bien incapable de me décider. Devant ce trop de choix, je suis rentrée avec mon argent dans mon portefeuille et aucun nouvel habit. Je sais bien de toutes manières que j'ai largement ce qu'il me faut. Mais le parallèle m'a semblé interessant. Dans cette société de consommation où il y a tant qu'on ne sait pas quoi choisir (sachant que notre portefeuille, lui, n'est pas illimité), chose absolument originale après des siècles d'aisance relative mais peu de diversité, on retrouve exactement la même chose au niveau des combats qui nous sont proposés pour améliorer notre monde. Lorsque j'étais à ce groupe local de Greenpeace, j'ai rencontré des gens qui ne vivaient que par et pour ce combat. Toute leur vie, ou presque, gravitait autour de cela, au point qu'ils étaient devenus leur combat. Et pourtant, tout comme moi, ils reconnaissaient volontier que des tas d'autres combats mériteraient tout autant d'être menés. Pourtant, pour agir concrètement, ou du moins essayer, il fallait faire un choix arbitraire d'une, deux choses tout au plus, sur des centaines de revendications possibles, et concentrer toute son énergie dessus.
A moi, tout cela me donne le tourni. Ne sachant me contraindre et me limiter quand je juge que ce serait restrictif plutôt que porteur de gratifications pour moi-même et autrui, que cela finirait par me modeler, faire de moi l'un de ces nombreux petits soldats tous semblables, je finis par ne plus vouloir m'engager nulle part. Car tenter de mener tous les combats ne mène nulle part, n'en mener qu'un demande de faire un choix selon certains critères. Et je ne vois aucun argument me permettant de penser qu'un combat vaut mieux qu'un autre, au point de m'y dévouer et abandonner tous les autres. Je me sens concernée par tous, et perdue dans cette jungle d'ONG, je me dis que je saurai faire mon chemin seule, selon l'expression reconnue d' "éco-citoyen". Je ne porte aucune bannière, je n'ai aucun sloggan à crier ; mais j'ai une éthique profondément ancrée qui ne souffre aucune justification ni explication. Je me sens assez responsable de gérer ma vie avec respect et harmonie du monde, je le vis au quotidien de la même manière que je dors, je mange ou respire. C'est naturel, et je mène mon existence avec une conscience sereine.
On me dira, il en faut bien pour se battre au premier front, et faire pression sur les gouvernements. Oui, sûrement. Mais le monde est un tel chantier qu'il pourrait vite se transformer en champ de bataille si tous montaient au créneaux pour clamer haut, fort et avec pression, un monde plus parfait. Le monde ne l'est pas, il ne l'a jamais été. Mais si on regarde du haut, il semble soudain que chacune de ces associations se concentrent sur des points de détail. L'humain ne sait pas envisager une harmonie de vie de manière holistique, c'est certain. Seulement, je vois l'énergie qui se perd, morcelée en tant de petits points de détails. C'est la fatalité, chacun voit ses priorités, et laisse les siennes au voisin. C'est peut être pour ça que finalement, la seule unité efficace se fait autour de ceux qui sont d'accord pour tirer le plus profit des choses au mépris de cette harmonie et équité rêvée par tant d'autres.
Je sais une chose cependant, que dans cette miriade de détails, certains sont plus essentiels que d'autre. Que le combat pour la liberté de vivre avec tout ce que ça signifie, vaudra toujours plus à mes yeux que combattre pour des menhirs ou une minorité religieuse pas même menacée, tel que l'est le paganisme en France, en Europe et dans la plupart des pays. Je terminerai sur ça, puisque j'ai souvent eu à prendre parti sur ce sujet. Chacun ses priorités, mais peut être ai-je une vision trop holistique, humaniste et universaliste pour que ce détail retienne mon attention. La liberté est là, préservons la pour tous, et non pour une minuscule frange de population. Je me battrai pour la Liberté avec un grand L, au mépris des religions ou des cultures, tant qu'elles prônent le respect et la tolérance pour ses membres et les autres.
Et du coup, je passe dans l'hypermarché des combats sans rien acheter. Ah, le bon vieux temps de l'épicier! C'était plus restreint, mais on allait du coup à l'essentiel.
par Hédéra
publié dans :
Rumeurs de société
