Samedi 10 mai 2008


Un jour, il y a 7 ans, j'étais avec ma meilleure amie en train de discuter de tout et de rien, comme à notre habitude. Et puis nous parlions de bons restaurants où nous étions allées ou bien où nous aimerions aller. Alors, je lui ai rappelé à ses bons souvenirs de ce soir, où nous nous sommes rendues dans un restaurant créole. Et là, je bloque. Mais où donc y étions nous allées? Je l'interroge, on se rappelle bien toutes les deux de l'apparence du restaurant, de son architecture, de la rue avec ses pavés. Nul doute, nous parlions bien de la même chose, de cette même soirée, mais impossible de dire où ce restaurant était ; pire, nous étions incapable de nous rappeler du moment où nous y étions allées. On a bien passé plus d'une heure à essayer de nous souvenir, mais sans succès. Nous étions accompagnées de deux hommes, bien habillés. Mais qui était ce? On s'est regardée, en hochant la tête. Quelle explication logique y apporter? La plus rationnelle nous apparaissait être une idée que beaucoup jugeraient irrationnelle, à savoir qu'il s'agissait d'un souvenir de vie passée. Nous en avons souvent reparlé par la suite, nous aurions aimé connaître le fin mot de l'histoire. Car vraiment, il était indéniable que nous avions toutes deux en tête des images similaires d'une vivacité telle qu'on a pu croire au départ que nous avions vécu cette soirée quelques mois auparavent.

J'aurais pu chercher, de manière volontaire et consciente. Je connais les techniques, j'avais déjà essayé pour d'autres épisodes sans rapport avec celui-ci. Seulement, je ne le souhaitais plus. De l'eau avait coulé sous les ponts ; fut un temps, le passé m'avait tellement submergé que je m'étais presque noyée. De là me vient cet impératif de vivre dans l'ici et le maintenant, que rien n'est plus important, plus utile. Il y a bien assez à faire dans le présent qui reste à vivre, à créer sans cesse. Et le passé est dangereux, comme une mare où l'on se penche pour se contempler. Il y a toujours une chance sur deux, voir plus, de tomber dedans (comme moi, le premier jour de mon entrée en maternelle avec la mare aux poissons rouges ... hum ... héhé ... histoire sans rapport), et il n'est jamais bien affirmé qu'on en ressortira facilement, et alors, dans quel état. Bref, j'ai tourné le dos sans regret à ces pratiques et quêtes pour me focaliser sur un développement intérieur de ma vie présente. Dans les faits, ce que j'ai pû être, ou ne pas être, dans d'autres vies, m'est égal. J'ai probablement un jour été une bonne paysane quelque part, et une myriade de choses peu glamour, contrairement aux nombreuses Jeannes d'Arc et autres Napoléons et Cléopâtres. Qu'importe, puisque j'ai cette vie-ci à écrire, à construire, à créer entièrement?

Il arrive pourtant, parfois, que des bribes de choses anciennes semblent me parvenir. Ce ne sont jamais que des impressions qui ne seront jamais vraiment prouvables, auxquelles je n'accorde qu'une demie attention. Il m'est facile de savoir la différence entre des rêves et ces visions là, qui me retournent intérieurement pendant des jours, qui éveillent en moi cette partie qui voudrait savoir. Et soudain, cela me semble important, essentiel même. J'hésite à chercher, et puis je me raisonne, je me rappelle que ça ne m'avait amené que des ennuis, il y a plusieurs années. J'ai peur quelque part, mais je ne sais pas vraiment de quoi. Peut être peur que cela me vole ma vie, ma personnalité, mon présent et mon avenir. J'aimerais en parler, me confier. Et je me rappelle alors que j'ai toujours détesté les déballages de confidences à tous vents. J'ai toujours vu cela comme des tentatives de rehausser son égo auprès d'autrui, en affirmant "Ecoutez bien tous, j'ai vu ci et ça, je pense avoir été ci et ça, et fais telles et telles choses". Sans parler qu'en vérité, "tout le monde s'en fiche complètement" de tout ça. La belle jambe ! Divulguer cela, à des personnes non averties, sur des forums, c'est comme brader quelque chose d'intime, le salir, le mettre à la merci du regard d'autrui. Heureusement, j'ai mon petit cercle intime, justement. Mon petit cercle de personnes de confiance, d'amis chers où les liens vont loin. A eux, je peux en parler, je sais que je suis écoutée, crue, respectée dans mes certitudes comme dans mes doutes. En fait, j'en suis réduite à cet éternel Silence cher à l'occultisme, un Silence qui n'a pas besoin d'être promulgué par une loi mais s'impose seul, de lui-même. Un Silence qui choisit ses initiés lorsqu'il doit être brisé, des personnes dont le regard reflètera la compréhension, capable de répondre sur la même mesure.

Je dis tout cela, car il y a deux jours, j'ai fait un rêve plus que troublant. Et plus le temps passe, plus cela tourne dans mes pensées tel un oiseau de proie. Je sens que c'est à lier avec cette vieille histoire de restaurant, avec d'autres histoires encore. Tel un puzzle qui cherche à se reconstituer au fil des années, et des évènements qui arrivent dans ma vie. Cette fois-ci, si c'est réellement un souvenir et non un simple rêve, cela amènera une dimension nouvelle, et ouvrira un monde de questionnements. Et cela expliquera peut être certaines choses, qui sait. Je n'en suis plus à ça près, de trouver des clés d'explications à des faits anciens qui ont pu m'arriver.

Hauts les coeurs, du moins le mien, au moins je suis assurée de ne pas m'ennuyer dans les temps à venir !
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