Je me suis perdue avec dépit, au coeur de mes révisions acharnées, dans les confins de ce que je ne suis pas devenue et de la sorte, je me suis habillée en gothique et je suis sortie dehors. Pour voir. Pour voir comment les gens me regarderaient, et dans le fond, pour savoir comment moi, à travers leur regard, je pourrais me regarder si c'était cela que j'avais choisi et que je pouvais émettre un jugement sur ce moi qui n'a pas existé.
Je me suis perdue avec joie cette fois, lorsque par quelques dizaines de fois, je suis passée devant les boutiques de vêtements présentant la collection automne-hiver 08/09 (ou que j'ai regardé des catalogues), et que je me suis rêvée à la place des mannequins plastiques, en me demandant quelle tenue ferait de moi une image idéale de jeune professeur, à la fois sérieuse, adulte mais jeune, et surtout séduisante par un charme non aguicheur mais d'une efficace subtilité. J'ai même acheté le magazine Vogue, expérience que je doute tenter une nouvelle fois tant les images de défilés de haute couture ne me furent d'aucune utilité.
Ainsi par deux fois, et avec des habits, j'ai pu projeter mes rêves de passé qui n'aura jamais existé et ceux d'un avenir proche que j'ai encore le loisir d'imaginer avec quelque idéal. Je termine doucemement (très très doucement...) de lire un roman que j'avais acheté juste avant de prendre le train de retour après mes oraux de CAPES. Un roman tout sauf sérieux, qui a pourtant beaucoup nourri ma réflexion estivale. Attention, ce roman hautement réflexif (si toutefois ce mot existe) se nomme Chic et Choc à New York. Tout un programme. Bref, j'étais en quête d'un ersatz de Sex and the City, et le hasard me fit plutôt tomber sur un roman dépeignant la haute société de Manhatthan, plus à la Rothschild qu'à la Carrie Bradshaw. Peut être qu'à la fin de ce roman, je pourrai passer le CAPES ès grandes marques de mode chic, moi qui jusqu'ici n'ai jamais prêté grande intention ni aux marques, ni aux grandes marques, ni à tous ces chichis dont Stéphane Bern se (nous) gave. Mais en lisant ces pages ; ici, à des lieues au dessus du sol en avion ou en Crête, mon imagination ne put s'empêcher d'imaginer ma vie, si elle ressemblait à celle des gens de ce roman. Et si, moi aussi, j'étais pleine de ces manières de la haute société, que j'étais née avec une cuiller d'or (l'argent serait trop peu) dans la bouche et que ma vie consistait en des séances de shopping et des galas de charité à répétition. Ca semble d'un ennui, à priori. Oui mais dans le fond, moi aussi ça me ferait plaisir d'avoir un joli petit sac de chez Prada. Rien que parce qu'on y trouve le Diable, en fait ...
Il y a quelques jours, j'ai vu dans la rue une jeune femme, manifestement habillée de vêtements de très bon marché, d'un goût assez douteux, mais avec une petite sacoche à bandoulière signée Vuitton. J'ai été frappée de cet assortiment en décalage, et ai songé que cette jeune femme avait sûrement voulu, elle aussi, avoir un "petit sac Prada" bien qu'elle ait des moyens financiers très restreints. Et c'était vulgaire. Vulgaire et malheureux, car ce dépareillement transpirait le rêve de la consommation de luxe véhiculée par tous les médias du monde actuel.
Mais en attendant, que ce soit cette jeune femme ou nous tous, qui de nous pourrait affirmer avec conviction et sincérité qu'il ou elle ne projette pas, au moins un peu, dans son habillement, une part de son être mêlée à celle de ses aspirations d'être? Tout comme je choisis depuis des jours les quelques habits triés sur le volet qui représenteront mon nouveau statut professionnel, cette projection idéalisée d'un soi qu'on espère meilleur, ou du moins nouveau et différent de ce qu'il était avant. C'est bête comme une simple réflexion sur des choses, à priori très matérialistes telles que les habits et la mode, peut mener à des considération socio-psychologiques. En même temps, c'est normal que ça me parle peut être plus qu'à toute autre personne ; il parait que les dames Balance sont superficielles et vaniteuses, très attachées à leur apparence... A moins qu'elles soient celles qui l'avouent le plus et développent cet intérêt sans complexe à la lumière du jour. Qu'importe, revenons à nos moutons.
Si l'habit ne fait pas le moine, dans le fond, nous cherchons à devenir moine par l'habit. De nos jours, c'est un Carnaval permanent dans lequel nous sommes autorisés à vivre. Il y a des conventions, certes. Mais pouvons nous dire : je m'habille donc je suis? Beaucoup de mouvements musicaux-culturels se définissent par une mode vestimentaire : punk, rocks divers, gothique, reggae, rap, RnB, techno ... Par l'habit, le membre qui se reconnait dans une mouvance cherche à exprimer au grand jour ce qu'il ressent être dans son for intérieur ... à moins qu'il ne cherche à s'en persuader pour s'agréger à un groupe social? Toute mode a un conditionnement de société organisée et hiérarchisée. Et on trouve généralement les new-ageux et païens de bords divers entre le style gothico-métalleux ou au contraire, baba cool ; barbe virile pour les hommes, robes longues et jupons bohême pour les femmes. Que dire de tous ceux qui s'habillent juste en jean, basket et T-Shirt? Manquent-ils de personnalité? N'ont-ils pas d'ambition auprès de leurs semblables? Parce qu'après tout, rien qu'en restant dans la branche sorcière-païenne, je n'en connais pas tant que ça qui ne revendiquent pas des tas de colliers de pentacles, cristaux et autres pierres superposés sur des habits gothiques et/ou écolo/hippies/fantaisistes. Tout comme ils revendiquent le reconnaissance officielle de leur "religion", il faut que leur apparence la clame aussi. Ainsi donc, cela signifie-t-il qu'ils "sont" leur croyance, à tel point qu'ils sont entièrement cela, ou peut être, juste leur croyance et rien de plus? Rien d'autre, rien de plus divers. Que tout tourne autour de ça.
J'ai longtemps été une princesse. A 15 ans, je savais que moi, mon vrai moi intérieur, c'était un moi à longs jupons, même avant que ça n'en devienne la mode, même sans que ça n'ait aucun rapport avec les croyances. Non, j'étais la fameuse "jeune fille en fleur" et je voulais être cela pour profiter de cet âge pleinement selon les critères que je m'étais fixée. Pour moi bien sûr, je n'ai jamais prétendu que toutes ou tous devaient avoir le même modèle. Moi, je voulais être Albine, la sauvageonne du Paradou. Moi, je voulais être Padmé, la princesse de Naboo. Et la Belle au Bois Dormant, et Peau d'Âne. Tout ça et plus encore. Je voulais être la princesse Hédéra et personne d'autre. Et j'ai grandi, fatalement. Et j'ai réalisé certains rêves, en apprenant à en forger d'autres. Je suis devenue reine. Mais une reine, qui est-ce? ... Pour le savoir, n'était-il pas logique de me demander : quelle est la garde robe d'une reine moderne? Et ainsi, me voilà après avoir exploré la torturée gothique que je ne fus pas dans mon adolescence (et d'autres modèles encore) à me chercher mon habit de reine professeur. Une reine professeur qui n'aurait pas coupé brutalement avec la princesse ; non, une princesse qui aurait juste grandi et mûri. Bref, que mes habits, ce soit encore moi, un moi d'avant allié au moi à venir.
Non, les habits ne font pas le moine, mais dans le fond, on aimerait bien. C'est pour ça qu'on fait attention à son style vestimentaire (ou pas, même l'absence d'attention dénote une attitude vis à vis de soi et du monde extérieur), c'est pour ça qu'on se déguise au quotidien pour porter le masque de nos envies. Nous nous déguisons tous en moine en nous cherchant perpétuellement dans le miroir, tout en rêvant au moine que nous nous figurons être et qu'on voudrait que les autres voient de prime abord. L'habit, c'est comme l'argent et le bonheur en fait. Il ne fait pas le moine mais y contribue.
Et cela est plus vrai encore dans tout ce qui est ordres initiatiques, tenues rituelles et autres de ce genre. Mais cela, c'est une autre historie. A suivre en partie 2, très bientôt.
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