Attention, vous allez pénétrer un lieu étrange où tout peut arriver ...
Bienvenue dans le blog spirituel d'une sorcière et prêtresse de la tradition wiccane dianique ascendant discordienne. Blog spirituel dans tous les sens, temple un peu mystique mais pas illuminé, regard objectif et subjectif d'une croyance, de pratiques et d'un mode de vie.
Humaniste, ironique, voltairienne, empêcheuse de tourner en rond, intellectuelle, intuitive, insolente, contemplative, militante et passionnée, réconciliatrice des contraires et antagonismes ; voilà un peu pour me définir ainsi que l'esprit de ce blog.
Par Thémis et Eris, bonne visite à vous !
Pour tout commentaire plus ou moins élogieux ou outré, c'est ici .
J'avais dit que mon voyage dans les Pyrénées m'avait apporté un grand nombre de réflexions et que je les retranscrirai peu à peu ici, donc voilà la suite, qui tombe à point nommé après la discution par commentaires interposés entre Seasaidh et moi, sur l'article "La Wicca Dianique est morte". Avec cet article, je pourrai démontrer, une fois de plus si ce n'était pas encore assuré, que je donne par nature dans le paradoxe non paradoxal.
De mon année de philosophie de terminale (qui commence à remonter à présent), mon professeur avait sensibilisé ses élèves, dont je faisais partie, sur le fait que les gens se méprennent souvent totalement dans leurs définitions de l' "identité". A la question "qui es tu?", beaucoup répondent en donnant une liste de choses qu'ils font : leur nom, prénom, âge, métier, hobbies ; globalement. Mais en réalité, cela ne permet pas de dire qui cette personne est, ce ne sont que des activités ou des concepts collées comme tentative de définition d'une personne. Car une personne ne peut se définir par son métier, elle n'es pas née de l'essence du métier et pourrait exister sans cela (ce qu'elle fit avant de grandir, évoluer, apprendre le métier). Bref, on peut aligner une série de caractéristiques générales pour tenter de cerner une personne, ou aider autrui à nous cerner, mais cela ne répondra jamais à la question "qui es tu?" (ce serait déjà un bon début que de le savoir soi-même).
Toujours est-il, j'avais été assez marquée par ce cours et j'avais trouvé que c'était très vrai. J'ai depuis toujours eu horreur de devoir me définir en termes généraux, dont le commencement, la fin et les limites ne sont pas définies par moi seule. D'ailleurs, je ne me présenterais pas de la même manière à tout le monde ; les forums de spiritualité attendront une description de parcours spirituel, tandis qu'un CV doit comporter une carte d'identité du parcours scolaire, universitaire et/ou des expériences professionnelles. De tout cela, je retiens surtout l'idée de carte d'identité, de fichage auprès d'autrui qui cherche à nous cerner. Ce n'est pas qu'il cherche forcément à nous comprendre (ce serait un monde tout rose ça), mais il veut pouvoir mettre des étiquettes et classer tout ce beau monde en ordre bien clair.
Cela vaut tout autant, presque plus même, dans les domaines de la spiritualité et de l'ésotérisme. "Déclinez votre identité." Monothéiste? Polythéiste? Païen? Déiste? Wiccan? Athée? Eclectique? Cherche encore? Quel que soit le type de réponse (jusqu'à la réponse la plus vague de type "en quête"), le but de la manoeuvre est d'exprimer en un ou deux mots un univers entier de spiritualité intérieure afin de satisfaire le besoin d'autrui de vous ranger dans un compartiment, de vous cadrer. Une fois la formalité accomplie, vous pouvez passer, avec votre petit badge étiqueté sur votre chemise. Et là, les merveilles de la magie opèrent : désormais, tout le monde pourra vous reconnaître, savoir qui vous êtes, ou du moins vous appréhender selon une grille de lecture toute faite.
Je repensais à tout cela dans le train qui me ramenait chez moi (ce long voyage horrible au milieu de l'enfer SNCF des vacances scolaires dans le sud-est de la France). Le philosophe cathare m'avait dit un soir, au coin du feu : "ainsi vous n'êtes plus païenne?". Ce à quoi, j'ai pu lui répondre en toute franchise que je ne l'avais jamais été, car je ne me reconnaissais pas dans les combats et les chevaux de lance associés au mouvement païen actuel. Je n'avais aucune envie d'entrer dans les détails, je voyais qu'on voulait me conduire là où je ne voulais pas m'aventurer. Et sûrement pas avec mon gros baluchon de doutes d'alors. Je repensais donc dans le train à cela, et aux divers débats plus ou moins houleux sur forums, où j'insistais sur mon détachement du terme "païen", à la fois très vague et dont les caractères les plus affirmés sont tournés vers ces combats de reconnaissance (pour lesquels je trouve plus d'inconvenients que d'avantages) et de définition du paganisme (tendant vers un sens unique, nécessairement restreint, et potentiellement dogmatique dans l'avenir). Bref, la crainte de l'atteinte à la Liberté. Qui plus est, je ne suis pas revendicatrice, or l'idée de paganisme est de plus en plus autant un concept religieux qu'un concept de combat, ou d'opposition à la société actuelle. Mais je n'entrerai pas ici dans le vif du sujet, puisque là n'est pas le thème, pour l'heure.
Quant à la Wicca, je parle de dianisme. Mais comme je le disais auparavent, la Wicca Dianique dans sa prime création n'existe plus, ou plus de manière pertinente et est en phase de disparition inévitable. Même la Wicca, qu'est ce que la Wicca aujourd'hui? On en vient à un gros flou, à se définir spirituellement sur la "Voie de la Déesse" et ésotériquement dans la "Witchcraft", souvent liées mais pas obligatoirement. Entre les deux, de nombreux univers dansent, s'entremêlent et se chevauchent. Cette définition flou, censée éviter des définition inexactes trop restrictives, devient fausse par son inexactitude et ne rend pas justice à une personne grandement impliquée dans sa voie, se retrouvant à côté d'une autre personne revendiquant la même chose sans aucune réflexion profonde et sans investissement personnel. Ainsi, quel que soit le type de personne, toutes se retrouvent fondues dans une grande masse hétéroclite, avec des profondes différences de fond, sur forme unie toute recouverte d'un tas de couleurs pour masquer l'incohérence et le manque d'unité réelle. Et au final, on ne se comprend pas malgré des appellations similiaires, on s'accroche les uns les autres, on s'en veut, on pense parfois qu'on ne peut pas même compter sur "les siens". Mais est-ce vraiment les nôtres, vu sous cet angle? J'ai parfois l'impression que le paganisme, la wicca ou l'ésotérisme est en général un groupement de gens qui s'ont d'accord de se mettre ensemble "contre". Contre les autres, la société actuelle, le christianisme, les monothéismes, le capitalisme (plein de -ismes). C'est connu, à partager des ennemis, on se fait des amis. Oui mais jusqu'où? Ca marche très bien pour s'opposer en effet, mais ça ne bâtit rien ; l'Histoire grouille d'exemples de cas similaires.
Je n'ai rien à proposer comme solution miracle, ce n'est que ma propre réflexion. Je sais juste que je refuse de "décliner mon identité" dans les termes qu'on attendrait de moi, même si je sacrifie à la nécessité en continuant de conserver le qualificatif de "dianique", auquel le discordianisme vient porter un secours libérateur. Plutôt que de dire ce que je fais, je préfère expliquer des pans de ma pensée. Et ce, très longuement. Il est évident que ça ne suffirait pas même à commencer à toucher du doigt "qui je suis" en matière de spiritualité. Mais comme pour les expériences, "les gens s'en fichent", dans le fond. Ils veulent des réponses claires, rapides, succintes ... superficielles. Ca contente la très grande majorité. Dommage.
Et tant pis, je continuerai à en dérouter certains. De même que ceux qui ont une optique identitaire similaire et sont accrochés (comme une moule à son rocher) à l'idée de Liberté. Et tant mieux pour moi, parce que ça fait longtemps que j'aime mieux m'en amuser que de pleurer ... même si je rêve parfois, dans mon fond idéaliste, qu'il serait possible d'être compris pour ce qu'on est, avec sincérité, sans accroc à sa nature intérieure.
Un jour, il y a 7 ans, j'étais avec ma meilleure amie en train de discuter de tout et de rien, comme à notre habitude. Et puis nous parlions de bons restaurants où nous étions allées ou bien où nous aimerions aller. Alors, je lui ai rappelé à ses bons souvenirs de ce soir, où nous nous sommes rendues dans un restaurant créole. Et là, je bloque. Mais où donc y étions nous allées? Je l'interroge, on se rappelle bien toutes les deux de l'apparence du restaurant, de son architecture, de la rue avec ses pavés. Nul doute, nous parlions bien de la même chose, de cette même soirée, mais impossible de dire où ce restaurant était ; pire, nous étions incapable de nous rappeler du moment où nous y étions allées. On a bien passé plus d'une heure à essayer de nous souvenir, mais sans succès. Nous étions accompagnées de deux hommes, bien habillés. Mais qui était ce? On s'est regardée, en hochant la tête. Quelle explication logique y apporter? La plus rationnelle nous apparaissait être une idée que beaucoup jugeraient irrationnelle, à savoir qu'il s'agissait d'un souvenir de vie passée. Nous en avons souvent reparlé par la suite, nous aurions aimé connaître le fin mot de l'histoire. Car vraiment, il était indéniable que nous avions toutes deux en tête des images similaires d'une vivacité telle qu'on a pu croire au départ que nous avions vécu cette soirée quelques mois auparavent.
J'aurais pu chercher, de manière volontaire et consciente. Je connais les techniques, j'avais déjà essayé pour d'autres épisodes sans rapport avec celui-ci. Seulement, je ne le souhaitais plus. De l'eau avait coulé sous les ponts ; fut un temps, le passé m'avait tellement submergé que je m'étais presque noyée. De là me vient cet impératif de vivre dans l'ici et le maintenant, que rien n'est plus important, plus utile. Il y a bien assez à faire dans le présent qui reste à vivre, à créer sans cesse. Et le passé est dangereux, comme une mare où l'on se penche pour se contempler. Il y a toujours une chance sur deux, voir plus, de tomber dedans (comme moi, le premier jour de mon entrée en maternelle avec la mare aux poissons rouges ... hum ... héhé ... histoire sans rapport), et il n'est jamais bien affirmé qu'on en ressortira facilement, et alors, dans quel état. Bref, j'ai tourné le dos sans regret à ces pratiques et quêtes pour me focaliser sur un développement intérieur de ma vie présente. Dans les faits, ce que j'ai pû être, ou ne pas être, dans d'autres vies, m'est égal. J'ai probablement un jour été une bonne paysane quelque part, et une myriade de choses peu glamour, contrairement aux nombreuses Jeannes d'Arc et autres Napoléons et Cléopâtres. Qu'importe, puisque j'ai cette vie-ci à écrire, à construire, à créer entièrement?
Il arrive pourtant, parfois, que des bribes de choses anciennes semblent me parvenir. Ce ne sont jamais que des impressions qui ne seront jamais vraiment prouvables, auxquelles je n'accorde qu'une demie attention. Il m'est facile de savoir la différence entre des rêves et ces visions là, qui me retournent intérieurement pendant des jours, qui éveillent en moi cette partie qui voudrait savoir. Et soudain, cela me semble important, essentiel même. J'hésite à chercher, et puis je me raisonne, je me rappelle que ça ne m'avait amené que des ennuis, il y a plusieurs années. J'ai peur quelque part, mais je ne sais pas vraiment de quoi. Peut être peur que cela me vole ma vie, ma personnalité, mon présent et mon avenir. J'aimerais en parler, me confier. Et je me rappelle alors que j'ai toujours détesté les déballages de confidences à tous vents. J'ai toujours vu cela comme des tentatives de rehausser son égo auprès d'autrui, en affirmant "Ecoutez bien tous, j'ai vu ci et ça, je pense avoir été ci et ça, et fais telles et telles choses". Sans parler qu'en vérité, "tout le monde s'en fiche complètement" de tout ça. La belle jambe ! Divulguer cela, à des personnes non averties, sur des forums, c'est comme brader quelque chose d'intime, le salir, le mettre à la merci du regard d'autrui. Heureusement, j'ai mon petit cercle intime, justement. Mon petit cercle de personnes de confiance, d'amis chers où les liens vont loin. A eux, je peux en parler, je sais que je suis écoutée, crue, respectée dans mes certitudes comme dans mes doutes. En fait, j'en suis réduite à cet éternel Silence cher à l'occultisme, un Silence qui n'a pas besoin d'être promulgué par une loi mais s'impose seul, de lui-même. Un Silence qui choisit ses initiés lorsqu'il doit être brisé, des personnes dont le regard reflètera la compréhension, capable de répondre sur la même mesure.
Je dis tout cela, car il y a deux jours, j'ai fait un rêve plus que troublant. Et plus le temps passe, plus cela tourne dans mes pensées tel un oiseau de proie. Je sens que c'est à lier avec cette vieille histoire de restaurant, avec d'autres histoires encore. Tel un puzzle qui cherche à se reconstituer au fil des années, et des évènements qui arrivent dans ma vie. Cette fois-ci, si c'est réellement un souvenir et non un simple rêve, cela amènera une dimension nouvelle, et ouvrira un monde de questionnements. Et cela expliquera peut être certaines choses, qui sait. Je n'en suis plus à ça près, de trouver des clés d'explications à des faits anciens qui ont pu m'arriver.
Hauts les coeurs, du moins le mien, au moins je suis assurée de ne pas m'ennuyer dans les temps à venir !
Du moins, cela est vrai si on considère que la définition de "wicca dianique" ne s'applique qu'à la création initiale de Z.Budapest. Cette affirmation peut surprendre à la voir ainsi, pourtant c'est comme ça que c'est tombé dans une discution que j'avais eue, il y a quelques semaines, justement pendant mes vacances dans les Pyrénées.
Cela s'applique en fait à tout courant, religieux, magique, politique, culturel (etc ...) qui est issu d'une conjoncture et fonde sa raison d'exister dans cette fameuse conjoncture. De fait, la Wicca Dianique est née des années 70, de la révolte féministe, de revendications justifiées pour une émancipation féminine nécessaire. Lorsqu'on lit le Holy Book of Women's Mysteries de Z.Budapest, il y a une sorte de gêne. Je l'ai ressentie, d'autres aussi. On sent qu'il se fait vieux, que le discours est dépassé, car bientôt 40 ans après, on ne comprend plus toutes les raisons invoquées aux fondements de cette tradition ; celle de l'exclusion, celle de la nécessité de se faire guerrières féministes contre une société abominablement oppressive pour les femmes. L'égalité n'est toujours pas entrée dans les moeurs : la parité des salaires n'est pas encore établie, des maris battent encore leurs femmes, des comportements sexistes restent présents à toutes échelles. Oui, mais on ne se reconnait plus. On sent bien que les choses sont autres, et ont évolué. Il y a comme un sentiment de ridicule, à l'idée de se clamer victimes d'une société patriarcale à l'excès, comme si nous en étions réduites à un régime de mollahs ...
Le dianisme est mort, sa mort était programmée dès sa naissance. Il intervenait comme réponse porteuse d'une solution espérée à un problème donné : l'oppression des femmes et la libération de celles-ci et des moeurs. Dans un passage de son ouvrage phare, Z.Budapest clame que les femmes ne doivent enseigner la magie à aucun homme tant que ceux-ci ne leur auront pas rendu liberté et pouvoir. Le contexte est clairement celui de la guerre, de la même manière que les esclaves africains pratiquaient le vaudou dans les plantations des Européens/Américains, comme forme de résistence réelle et culturelle. Les armes ont été baissées depuis longtemps, et si nous restons dans une situation de combats ponctuels, la guerre est belle et bien achevée. A quand remonte donc le dernier soutien-gorge brûlé? Il faut se faire une raison, à lire le Holy Book of Women's Mysteries, en dehors des techniques magiques et des mythes, c'est le regard de l'historienne qui fut interpellé. Je sentais bien que j'en apprenais plus sur le passé que sur le présent, comme si une fenêtre vers un autre temps m'avait été ouverte. C'est un signe qui ne trompe pas.
Ce fut aussi le temps de la flambée du lesbiannisme, très pregnant parmi les courants féministes de la Déesse. Là aussi, il y avait fort à faire. Les femmes et les homosexuels de tous sexes avaient un combat similaire à mener, et les féministes aimèrent à combattre sous ces deux bannières qui semblaient si bien aller de pair, leur faisant faire d'une pierre deux coups, en éliminant de leur existence le problème qu'était les hommes. Car plus d'hommes, plus d'oppression. On en vint à décréter que toute bonne féministe se devait d'être lesbienne. Honte à qui osait rester hérétosexuelle, c'était une victime du système qui n'arrivait pas à se dégager de la tutelle patriarcale et à prendre sa vie entre ses mains... Voilà l'avenir qu'on nous préparait, nous soustraire à un diktat pour nous en imposer un autre.
Il est évident qu'aucune naissance ne se produit sans cris et douleurs, que les excès initiaux sont rééquilibrés par la suite pour rendre la situation vivable. C'est bien ce qui arriva lors de la Révolution française ; et on se surprend d'ailleurs comme en quelques années, tout est si bien pacifié, et qu'on peut même retourner à une société très rangée et hiérarchisée. C'est finalement un peu ce qui est arrivé au monde après la déferlante féministe des années 70. Mai 68 (puisqu'il est à la mode d'en reparler en ce moment) et les années 70 ont laissé la trace de leurs écumes, mais furent aussi largement reniés. Comme toute grande tentative de changement dans l'Histoire. Peut être est-ce mieux pour certaines choses, et pour les autres, un goût amer nous reste.
Toujours est-il, la Wicca Dianique est morte, peut être plus que tout autre courant wiccan, puisque son temps est passé, que les dianiques pures et dures qui restent sont celles qui ont vieilli ainsi avec leurs idéaux, telles de représentantes fossiles de leur époque, que bien rares sont les "dianiques" de la nouvelle génération qui peuvent se retrouver dans leurs idées. Cela est vrai aussi de la Wicca Gardnérienne finalement, puisque le temps des salons occultes de la fin XIXé siècle-première moitié du XXé siècle est passé. Les mentalités ont évolué avec le monde. Dire qu'il est pire ou meilleur n'est qu'un jugement subjectif ; aujourd'hui, la Wicca est un mouvement de masse qui n'a plus grand chose de franchement secret et initiatique. L'esprit a évolué, le sens qu'on donne au terme "wicca" aussi. Quant au terme "dianique", il est devenu un mot générique pour désigner une voie magique centrée sur la Déesse privilégiant un travail entre femmes, quoique la mixité puisse très bien intervenir. La wicca "dianique" d'aujourd'hui est celle des disciples de la Déesse, celles et ceux qui La réclament, Elle et Sa magie. Le féminisme est devenu plus égalitaire, parce qu'on sent peut être qu'après la flambée strictement féminine et féministe, il est temps de partager les secrets de la Déesse avec les hommes. Pour qu'ils puissent La comprendre, pour qu'ils puissent L'aimer. Pour qu'ils respectent enfin les femmes sans qu'elles aient à entrer en guerre avec eux. Pour que tous, enfants de la Déesse, puissent se comprendre les uns les autres. Au moins un peu plus qu'avant. Chercher pour une fois à avancer et à construire main dans la main, sur le même plan ; en cessant de mettre en avant les différences de genre, sans toutefois renier chacun, et reconnaitre un peu plus les similitudes, la nature commune.
Les gens comprennent finalement mal la Wicca Dianique car ont toujours gardé la définition première, datant des années 70. Ne s'y interessant pas vraiment, ils ne peuvent avoir l'idée de chercher plus loin. Il serait important de redéfinir cette branche, ou d'abandonner sa dénomination, afin d'être réellement comprise et jugée correctement, tout comme on révise régulièrement le dictionnaire, en réactualisant les archaïsmes. C'est dans cette optique que nous avions pris la décision de fonder officiellement la tradition de la Sphinge, pour affirmer clairement notre position dans la différence d'avec la wicca dianique des années 70 à laquelle il serait non avenu de se rattacher à notre époque. Tous les courants traversent des crises de redéfinitions, même les disciplines qui semblent les plus assurées, dans les sciences. C'est un défi que toute génération est appelée à relever une fois ou plus dans sa vie. Comme une fatalité? Non, comme une aventure. A quoi bon avoir vécu sinon, si on n'a pas contribué à faire évoluer le schmilblick?
Le dianisme est mort, vive le dianisme!
[ Edit : Suite aux commentaires de Hialmar au sujet de la crise, plus généralisée, des courants religieux et ésotériques, voir aussi son article pour plus de développements sur cette question. ]
Décidément, je crois en sortir et je n'en sors jamais, de mes cathares. Une fois la machine de cheminement initiatique mise en branle, plus rien ne l'arrête avant d'avoir vu le bout du bout, et encore. Je ne sais pas.
J'étais invitée, samedi dernier, à un workshop en Allemagne, organisé par une prêtresse hiérophante de FOI, sur le thème des troubadours. Etant donné qu'elle est musicienne de son état (en plus d'être professeur de langue et libraire), je m'attendais surtout à une après midi musicale. Ce qui fut le cas, puisque j'ai pu entendre de belles chansons occitanes médiévales chantées sur fond de harpe celtique. Mais ces chants étaient ponctués d'une présentation (je ne parlerai pas de conférence puisque c'était convivial, et que cela incluait des périodes de méditations) de la civilisation occitane médiévale des troubadours. Elle nous présenta l'Eglise d'Amour comme une sorte de société initiatique à sept degrés dans lesquelles évoluaient les troubadours et les dames qui participaient à ces fameuses cours d'Amour, célèbres de par Aliénor d'Aquitaine. Je restais perplexe, historiquement, on ne m'avait jamais présenté les troubadours comme des initiés à quelque tradition mystique et ésotérique. Mais je continuais d'écouter avec intérêt, d'autant que je sais ne pas avoir la connaissance absolue, et de loin, sur cette période d'Histoire, bien qu'elle m'ait toujours passionnée.
L'Eglise d'Amour était, dans ce contexte, une société parallèle, à la société seigneuriale hiérarchisée où nul ne s'appartenait, ni les femmes qui restaient des mineures perpétuelles et ne pouvaient échapper à une tutelle imposée du père puis du mari, ni même des hommes, soumis aux mêmes mariages arrangés et à un ou des seigneurs, puisque nul ne vivait sans maitre. Les valeurs y étaient inversées, et l'honneur n'était pas de faire la guerre mais de se mettre au service total et entier de la Dame, incarnant toutes les femmes, et devenant par la la Prêtresse. C'était une culture de l'élite féminine, il suffit de songer à Aliénor d'Aquitaine, épouse de deux rois, ou d'autres comtesses ou dames nobles. Les troubadours quant à eux étaient toujours de rang inférieur, bien qu'il y en ait eu aussi quoi soient nobles, car l'idéal chevaleresque se retrouva rapidement influencé par les idéaux alors véhiculés par les romans de la Table Ronde (chose d'ailleurs que j'avais bien étudiée en licence et qui est une réalité historique bien assurée). Le paroxisme littéraire de la Dame et de son chevalier servant est bien entendu la reine Guenièvre et Lancelot, mais on trouve un exemple similaire dans le roman de Tristan et Iseut. Ce qui dénote une autre réalité, celle du troubadour faisant la cour à une dame mariée, souvent employé dans la maison même de l'époux de la dame, seigneur du chevalier/troubadour.
C'est là qu'elle en vient aux cathares, en prenant l'exemple d'Esclarmonde de Foix, que je connais bien. Il s'agit d'une grande dame cathare, dotée d'un riche patrimoine, et qui devint une parfaite cathare renommée (elle eu la charge d'archi-diaconesse cathare). Je ne savais pas en revanche, à moins que je ne l'ai oublié, qu'elle avait animé avec énergie, des cours d'amour en son temps, et que même devenue parfaite cathare, ce qui la conduisait à l'ascèse et la chasteté, elle continua d'en tenir. Je ressentais fortement ce lien entre troubadours et cathares, que les historiens reconnaissent pour être le créateur de cette civilisation si riche et colorée. C'est aussi la raison pour laquelle aucun autre dualisme ne m'a jamais attirée, cependant, je pensais en mon for intérieur, que ce devait venir d'une vision romantique et romanesque que je me faisais de tout ça. Peut être pas tant que cela en fait.
Les troubadours de cette Eglise d'Amour rencontrent la spiritualité cathare en ce que l'amour qu'ils vivent au service de leur Dame est nécessairement chaste et désinteressé, puisque cette dernière est mariée. On sait toutefois qu'il était possible que cela aille plus loin, que la récompense la plus élevée pour un troubadour était bel et bien que la Dame l'invite à partager sa nuit, sachant bien entendu qu'il ne pouvait que suivre les désirs de la Dame et ne jamais chercher à aller plus loin. Chasteté et sexualité se cotoyaient de manière permanente, ce qui amena la comparaison de cette Eglise Moderne à une sorte de "tantra européen", venu dans le midi de la France via un poète Arabe qui introduisit, par son oeuvre, cet esprit et cette forme de sagesse.
Il est connu que la chasteté est une condition absolue dans le catharisme pour les parfaits. Et pourtant, il existerait une chanson d'un troubadour, dans laquelle il donne l'indication de tous les lieux où des cours d'amour existent et où des dames ne s'en limitèrent pas à la chasteté ; tous des lieux réputés pour être des bastillons cathares. Et là, cette prêtresse de dire que pour les cathares qui adoraient l'Esprit Saint, celui-ci était la part féminine de Dieu, selon une tradition gnostique plus ancienne. Dans ce cadre, les femmes cathares jouissent en effet d'un statut bien plus haut que dans la société "commune" et sont reconnues comme prêtresses et incarnation de la "Déesse".
Il y avait comme une boucle qui se bouclait. Il faudra que j'étudie cela d'un angle historique strict, mais pour la première vraie fois, des choses que je savais de manière éparse se sont mises bout à bout et j'envisageais vraiment l'hypothèse de cette cours d'amour initiatique, portée par l'Idéal d'amour. Je connais cette idéal d'amour pur et chaste, j'en ai rêvé des années sans renier la sexualité pour autant. Ils ne sont d'ailleurs pas contradictoires puisque l'un, l'amour dévoué et chaste, peut mener à l'autre, une fois que le coeur et l'âme ont été éprouvés et ont atteint le dernier degré, le paroxisme. L'Initiation, en fait. Voilà donc comment cette civilisation occitane serait née, en conciliant des faux contraires.
Je ne pouvais être que déçue par mon voyage puisque je ne rencontrais rien de cela, rien de cet esprit, que du froid, de l'indifférence. Tout ce que n'étaient ni troubadours, ni cathares, ni eux tous réunis. Je finirai par croire que mon voyage initiatique ne se finit jamais. C'est peut être vrai.
En fait non, il vaut mieux finalement en rester au roman de Zola, La Faute de l'Abbé Mouret, et abandonner le film ... sauf si
on souhaite un exemple de film hippie des années 70. Zut alors, il faut le dire, c'est kitchissime, et ils nous jouent l'amour niais sans sentiment sur fond musical atroce. C'est bien que je
n'en avais vu que la fin à l'époque, ce qui explique mon ignorence de ce "petit" détail. Quel dommage pour ce roman bien plus digne de musiques de Loreena McKennitt que de fantasmes
soixante-huitards. On croirait Albine sortie d'un temple de Katmandou, ne manque que le joint et on a planté le décor. (gémissement de douleur face au massacre de son oeuvre
favorite)
Ah le décor! Un film censé parler du 19e siècle avec des robes clairement hippies et des fauteuils fin années 60...
Donc mea culpa, mea maxime culpa.
Mais ça ne vous empêche pas de vous prosterner tout de même d'admiration devant l'oeuvre originale de Zola, et de saluer un grand réinventeur de mythes qui nous collent à la peau !
Et allez aussi profiter de ce mois magnifique, de ce temps béni de Beltane ! Cela fait quelques jours que je me sens un peu partie, peut être ne suis je pas revenue de ma Walpurgisnacht, peut
être suis-je quelque part en voyage par là bas ...
A la Kecharitomene, la "Pleine de Grâce".
