Attention, vous allez pénétrer un lieu étrange où tout peut arriver ...
Bienvenue dans le blog spirituel d'une sorcière et prêtresse de la tradition wiccane dianique ascendant discordienne. Blog spirituel dans tous les sens, temple un peu mystique mais pas illuminé, regard objectif et subjectif d'une croyance, de pratiques et d'un mode de vie.
Humaniste, ironique, voltairienne, empêcheuse de tourner en rond, intellectuelle, intuitive, insolente, contemplative, militante et passionnée, réconciliatrice des contraires et antagonismes ; voilà un peu pour me définir ainsi que l'esprit de ce blog.
Par Thémis et Eris, bonne visite à vous !
Pour tout commentaire plus ou moins élogieux ou outré, c'est ici .

Nous vivons une époque où l'éducation n'a jamais été aussi disponible, et où la valeur économique de l'intellect n'a jamais été aussi faible. Les exemples sont partout, avec la faiblesse des
crédits aloués aux chercheurs de tout bord, même les scientifiques (qui pourraient à priori avoir plus d'utilité relative de nos jours que ceux des sciences humaines), ainsi que leurs salaires
dérisoirs, la baisse des postes d'enseigants et donc le non-renouvellement du nombre des professeurs, la tonalité économique qui s'insère comme priorité jusque dans des domaines comme l'histoire,
la géographie ou les lettres, les journalistes au chomage ou réduits en grand nombre à rédiger des compte-rendus (économiques) pour des entreprises, les artistes qui survivent en rongeant leur
peau de chagrin ...
Forcément, à moins d'une semaine de mes résultats d'admissibilité au capes, je ne peux que retomber dans cette interrogation de l'avenir qui m'attend, qui attend plus généralement ceux de ma
génération. Le paradoxe et la contradiction mènent notre époque, tandis que les jeunes sont poussés à de longues études inutiles à leur avenir professionnel (et donc leur capacité à être
indépendants et à avoir une situation financière digne de leur cursus), l'Etat est contraint d'ouvrir les portes du pays à une immigration de bons travailleurs étrangers, dociles et peu
revendicatifs, dans des postes sans qualification ou des métiers difficiles, et en arrosant tout cela d'un contexte de racisme plus ou moins modéré ou flagrant. A un an après les élections
présidentielles, on sait avec l'aide de quel électorat notre actuel président a gagné, entre autre ... La chose la plus sûre en tous cas est qu'un profond malaise est là, et ne cesse de
se creuser avec cette "classe" nouvelle de gens instruits, diplomés et au chomage, ou devant se contenter de boulots minables qui ne nécessitent pour ainsi dire aucune formation, ou si peu de
celle prestigieuse et élevée qu'ils ont. Quand on sait que la plupart des docteurs, ayant soutenu une thèse, doivent se faire vendeurs en grand magasin ou en supermarché pour survivre, en
espérant une hypothétique place de chercheur, il y a un véritable malaise.
Hier, quelqu'un me rapportait qu'un ingénieur algérien avait suivi en France son épouse et avait dû, pour vivre, se faire employer aux abattoirs où il mène un train de travail surchargé et
misérable. Tout à fait indigne du mal qu'il a dû se donner pour devenir ingénieur et espérer une vie meilleure. Mais il y a trop de cerveaux dans ce monde si pragmatique, mondialisé, dans cette
civilisation de la course à la productivité et où l'humanité dans ce qu'elle a de plus subtile et raffiné se perd dans une robotisation sans fin. Et moi, quand bien même je serais admissible,
quand bien même j'aurais le capes; devrais je sauter de joie? Je serai arrivée en trimant comme une bête de somme là où il y a quelques dizaines d'années, il ne fallait qu'un bac. Et l'Education
Nationale songe à repousser le droit de passer le capes au delà de la licence, après le master. Ma foi, un master, j'en ai un. Mais quand on pense qu'il faut une licence, donc 3 ans d'études
après le bac, et un niveau scientifique de terminale S pour devenir actuellement instituteur, que doit-on penser? Trop de candidats éduqués, et donc une sélection comme si on devait trouver de
hauts ingénieurs? Donc si j'ai ce capes, j'aurai gagné durement le droit d'enseigner à des collégiens, et j'aurai décroché le rêve de tous : avoir un emploi à priori stable (jusqu'à ce qu'on
supprime purement et simplement la fonction publique). Rien que pour ça, j'imagine, je devrais alors m'estimer heureuse et bien récompensée.
Seulement voilà, du coup, il y a un terrible décalage entre le niveau intellectuel et l'activité exercée, pour tous ces gens, ces intellectuels clandestins. Comment ne pas voir le malaise
personnel et commun de toute cette frange de population, réellement désabusée? Je n'oserai sûrement jamais dire à mes enfants, plus tard "Travaille bien à l'école pour avoir un beau métier où tu
gagneras bien ta vie", comme on me l'a si souvent répété. Je me sentirais coupable de les entrainer à coup sûr au chomage ou à la galère, sauf si l'un ou l'autre d'entre eux devaient se
passionner pour l'économie et avoir une réelle vocation pour cela. Alors oui, il ou elle nagerait dans le bonheur le plus profond, si le monde a continué ainsi.
En attendant, pour sortir de ce négativisme où nous restons impuissants, il est possible de se demander ce qu'on peut faire de ces cerveaux. Car si le problème actuel est que trop peu pensent et
qu'on nous pousse à accepter sans trop penser ce qu'on nous donne, il faudrait que tous ces clandestins malgré tout, puissent se regrouper et travailler ensemble. Ca sonne un peu comme du
bénévolat, et ils sont déjà bien occupés à essayer de vivre décemment comme ils peuvent. La pensée, les réflexes aquis durant les études se perdent, malheureusement, d'autant quand on n'exerce
pas. Quel gâchis alors que le terreau est là, et qu'on le laisse en friche. J'ignore ce que je ferai par la suite, seulement je vois aussi où je suis et je sais que je ne veux pas voir ma pensée
s'apauvrir. J'aimerais avoir le luxe de pouvoir continuer à débelopper mes capacités de réflexions pour sans cesse améliorer mes analyses, mes travaux. Pour moi et éventuellement ceux
qui seraient intéressés. C'est peut être ma forme d'arrogance, me refuser le risque de tomber dans ce que je juge qui serait médiocre, pour moi, selon les critères que je m'applique. Tout, plutôt
que cette honte d'avoir évolué pour une récolte stérile, et me rabougrir sans n'avoir jamais donné aucun fruit. Cette société m'a donné les moyens de m'éduquer, il faudra qu'elle me supporte
telle qu'elle m'a faite. Ou bien, elle n'aurait pas dû me donner le droit de savoir penser, et de voir la situation malheureuse dans laquelle je serais laissée. A quoi bon me faire ouvrir les
yeux, si c'est juste pour contempler l'étendue de la médiocrité, du peu de marges de manoeuvre laissées aux gens comme moi, qui sont de plus en plus nombreux. A quoi bon nous faire grands pour
nous forcer à passer dans un trou de souris?
Il parait que quand on veut, on peut. Il faudrait que tous ces intellectuels fassent entendre leur voix hors de la clandestinité, que leurs pensées et travaux aient aussi l'opportunité de se
faire connaître. Car c'est bien comme ça que ça marche, le tout est de pouvoir attirer l'attention. Pas facile quand on n'est pas un "officiel", mais ça vaudrait quand même la peine de tenter, un
peu plus.
Définitivement, il faut être de la race de ceux qui aiment leur Art, leur Science, pour le seul amour de la chose et sans trop espérer autre chose. Les voilà, nos moines et ascètes modernes, qui
renoncent aux biens du monde pour la gloire de la pensée et du savoir.

Et soudain, je fus transfigurée, tandis que je me replongeais une fois encore dans l'actualité OGM et à toute la problématique des ONG et toute association militant pour l'une ou l'autre raison bien isolée. Tout s'emboita, tandis que je conserve la sensation de m'être déjà fait la remarque par le passé.
Dans l'article précédent, je me demandais quels étaient les critères qui faisaient qu'on s'engageait pour une cause et pas une autre, à priori toute aussi nécessaire et honorable. Outre une proximité avec ses intérêts propres et ses goûts, c'est le communautarisme, bien entendu, qui attire. Dans une époque où la communauté de vie est si éclatée, où la majorité des gens, qui sont des citadins, ont oublié ce qu'était la solidarité de groupe villageois, il y a cette quête plus ou moins consciente de se regrouper selon les modalités d'un choix par affinité de cause. S'accorder sur un combat, c'est tellement fédérateur, on en oublie vite les différences. On sort dans la rue, on fait des pique-niques, et ça y'est, c'est la fête au village. A côté, c'est sûr, être éco-citoyen dans son coin, ça ne présente pas grand avantage. On en revient dans le paradigme du "tous ensemble contre" les OGM, le capitalisme, ou toute autre chose. C'est une aubaine que nous vivions dans une société à qui on peut encore reprocher des tas de choses, d'ailleurs, les paysans de Louis XIV, et même d'avant, ne s'amusaient jamais autant qu'en faisant leurs révoltes fiscales. Ca aussi, ça prenait toujours des allures de grande fête, avec danses, chants et carnavals. C'est d'ailleurs un sujet dont je comptais un jour parler sur ce blog, ce lien entre révolte et fête dans les sociétés traditionnelles, qui représentait un acte de bannissement par les excès de violence et de festivités, axés sur l'inversion de l'ordre social afin d'en bannir les éléments nouveaux perçus comme une invasion. Il s'agit toujours de bretour au "bon ancien ordre des choses". N'a-t-on d'ailleurs pas dit que les "paysans spirituels" comtemporains, c'est à dire les païens, se caractérisaient très souvent par leur farouche volonté de revenir à avant et à refuser le progrès? Je ne débattrai pas de la pertinence ou de la justesse de tout cela ici, mais il me semble intéressant de faire un détour pour le remarquer.
Pour en revenir à ces combats modernes, il y a la cause certes, mais en ce cas, une cause en vaut bien une autre, et si on se sent plutôt baba cool, il y a en effet plus de chances qu'en luttant pour l'environnement, on rencontre des gens qui nous ressemblent plus qu'en luttant pour Handicap International ou la lutte contre le Cancer (qui sont moins glamour actuellement que les ONG environnementales). Ca me rappelle des gens qui militaient dans des ONG dans l'espoir de rencontrer l'amour ... Comme quoi, tout est bon, et il est tellement plus honorable de masquer ses petites combines purement égoïstes derrière de belles grandes idées. Voilà qui me rappelle Sex and the City (vivement la sortie du film d'ailleurs, c'est LA référence des femmes de mon petit clan familial et amical), qui en donne plusieurs exemples dans différents épisodes.
Et ainsi, si le monde était parfait, ses habitants s'ennuiraient, sans pouvoir se mettre ensemble pour râler. Finis les petits pique-niques et les fêtes au milieu des pavés. Ils devraient mettre toute leur énergie à bâtir une société bien définie et dogmatique unie. J'ai la vision d'un monde de rouages sans fin, parcouru de milliards de petites fourmis bien travailleuses et gentilles, creusant des galleries interminables. Un enfer. Mais que tout le monde se rassure, le monde inparfait que nous avons a encore de beaux jours devant lui, aussi longtemps que les hommes sont ce qu'il sont, ce qu'ils ont toujours été et ce qu'ils resteront. La grande civilisation de Babel, la seule chose qu'ils partagent vraiment.

C'est drôle quand même, la première peinture montrant une fête paysanne a été réalisée par le même artiste de cette très connue Tour de Babel, c'est à dire Pieter Brueghel. Quelle étonnante coincidence, n'est ce pas?

Aujourd'hui, j'allume internet et je vois que la loi sur les OGM n'est pas passée. Voilà qui est bien, comme beaucoup, voir la majorité, je ne tenais pas à ce qu'on soit envahis par ces bidouillages génétiques, avec tout ce que ça signifierait, dans nos assiettes et en dehors. Greenpeace se dit heureux, ça ne peut en effet que les réjouir. Je me souviens du temps où je faisais partie du groupe local de Greenpeace, pleine de bonne volonté de "faire quelque chose pour la Terre". Parce que, comme tout le monde (et pas que les païens qui en font leur cheval de bataille, voir une de leurs identités principales et essentielles), l'avenir de la Terre me concerne. Sur ce, je décide de faire un peu de rangement chez moi, et je retombe sur le prospectus d'une association luttant contre les tests effectués sur les animaux, en particulier en ce qui concerne les cosmétiques. Et si je fouine bien, je retrouverai peut être même un vieux courrier de la Croix Rouge, m'informant de la manière dont mon argent fut utilisé, lorsque je fis partie des milliers qui donnèrent un peu pour secourir les victimes du tsunami de Noël 2004. Oui, et je suis sensible aux enfants et aux adultes qui meurent de faim dans le monde, j'irais bien construire des écoles en Afrique et porter des médicaments dans les pays en guerre, ou au moins m'arranger pour en faire parvenir. Je combattrais bien aussi les excès du capitalisme avec Attac ou d'autres, et je militerais pour l'égalité hommes-femmes avec des féministes modérées, en prenant fait et cause pour les femmes battues. Et même, quand on me distribue des prospectus, face à la guerre, pour demander la liberté et la paix au Tibet ou le respect droits de l'homme pour les Kurdes, je serais bien d'accord encore de soutenir tous ces gens là. Et dans le fond, les païens qui veulent sauver les menhirs, pourquoi pas. Je n'ai rien contre les menhirs, moi. Ni contre les païens, à priori. Comme pour le reste, c'est sûrement utile, et en plus ça a un petit côté folklorique bien sympa qui rappelle Bové, le Larzac et ses chèvres, et même un peu les hippies. En moins peaceful que les hippie, globalement, quand même, mais passons.
En fait, à en faire un tableau, les mouvements associatifs contemporains sont bien à l'image du monde qui les accueille : aussi multiple qu'il y a de produits dans un hypermarché. Je me sens comme hier, en faisant quelques courses et en passant devant les boutiques de vêtements : j'avais bien un peu d'argent que j'aurais pu dépenser, seulement il y avait tant de belles choses tentantes que j'étais bien incapable de me décider. Devant ce trop de choix, je suis rentrée avec mon argent dans mon portefeuille et aucun nouvel habit. Je sais bien de toutes manières que j'ai largement ce qu'il me faut. Mais le parallèle m'a semblé interessant. Dans cette société de consommation où il y a tant qu'on ne sait pas quoi choisir (sachant que notre portefeuille, lui, n'est pas illimité), chose absolument originale après des siècles d'aisance relative mais peu de diversité, on retrouve exactement la même chose au niveau des combats qui nous sont proposés pour améliorer notre monde. Lorsque j'étais à ce groupe local de Greenpeace, j'ai rencontré des gens qui ne vivaient que par et pour ce combat. Toute leur vie, ou presque, gravitait autour de cela, au point qu'ils étaient devenus leur combat. Et pourtant, tout comme moi, ils reconnaissaient volontier que des tas d'autres combats mériteraient tout autant d'être menés. Pourtant, pour agir concrètement, ou du moins essayer, il fallait faire un choix arbitraire d'une, deux choses tout au plus, sur des centaines de revendications possibles, et concentrer toute son énergie dessus.
A moi, tout cela me donne le tourni. Ne sachant me contraindre et me limiter quand je juge que ce serait restrictif plutôt que porteur de gratifications pour moi-même et autrui, que cela finirait par me modeler, faire de moi l'un de ces nombreux petits soldats tous semblables, je finis par ne plus vouloir m'engager nulle part. Car tenter de mener tous les combats ne mène nulle part, n'en mener qu'un demande de faire un choix selon certains critères. Et je ne vois aucun argument me permettant de penser qu'un combat vaut mieux qu'un autre, au point de m'y dévouer et abandonner tous les autres. Je me sens concernée par tous, et perdue dans cette jungle d'ONG, je me dis que je saurai faire mon chemin seule, selon l'expression reconnue d' "éco-citoyen". Je ne porte aucune bannière, je n'ai aucun sloggan à crier ; mais j'ai une éthique profondément ancrée qui ne souffre aucune justification ni explication. Je me sens assez responsable de gérer ma vie avec respect et harmonie du monde, je le vis au quotidien de la même manière que je dors, je mange ou respire. C'est naturel, et je mène mon existence avec une conscience sereine.
On me dira, il en faut bien pour se battre au premier front, et faire pression sur les gouvernements. Oui, sûrement. Mais le monde est un tel chantier qu'il pourrait vite se transformer en champ de bataille si tous montaient au créneaux pour clamer haut, fort et avec pression, un monde plus parfait. Le monde ne l'est pas, il ne l'a jamais été. Mais si on regarde du haut, il semble soudain que chacune de ces associations se concentrent sur des points de détail. L'humain ne sait pas envisager une harmonie de vie de manière holistique, c'est certain. Seulement, je vois l'énergie qui se perd, morcelée en tant de petits points de détails. C'est la fatalité, chacun voit ses priorités, et laisse les siennes au voisin. C'est peut être pour ça que finalement, la seule unité efficace se fait autour de ceux qui sont d'accord pour tirer le plus profit des choses au mépris de cette harmonie et équité rêvée par tant d'autres.
Je sais une chose cependant, que dans cette miriade de détails, certains sont plus essentiels que d'autre. Que le combat pour la liberté de vivre avec tout ce que ça signifie, vaudra toujours plus à mes yeux que combattre pour des menhirs ou une minorité religieuse pas même menacée, tel que l'est le paganisme en France, en Europe et dans la plupart des pays. Je terminerai sur ça, puisque j'ai souvent eu à prendre parti sur ce sujet. Chacun ses priorités, mais peut être ai-je une vision trop holistique, humaniste et universaliste pour que ce détail retienne mon attention. La liberté est là, préservons la pour tous, et non pour une minuscule frange de population. Je me battrai pour la Liberté avec un grand L, au mépris des religions ou des cultures, tant qu'elles prônent le respect et la tolérance pour ses membres et les autres.
Et du coup, je passe dans l'hypermarché des combats sans rien acheter. Ah, le bon vieux temps de l'épicier! C'était plus restreint, mais on allait du coup à l'essentiel.

Voici un texte qui semble bien de circonstance, et que les circonstances m'ont inspirées. Je pourrais facilement le développer en roman d'anticipation pour le rayon sciences-fiction, si j'avais le temps. Faute de tout cela, cette forme-ci me permet de développer assez bien les idées principales, ainsi que ce futur possible que j'ai imaginé cette après midi alors qu'on nous reparlait des dangers de Yellowstone (pour rappel, l'activité volcanique de ce volcan géant des Etats Unis a redoublé ces dernières années et commence à menacer sérieusement le pays tout entier s'il venait à exploser et entrer en éruption). Et donc, la similitude de notre époque avec l'Empire Romain, les grandes catastrophes destructrices de civilisations telles les légendes de l'Atlantide, la crise parcourant la spiritualité et l'ésotérisme, et un peu de conjecture sur l'avenir donne ceci : une réflexion à la croisée des chemins entre petite création littéraire et et développement des thèmes abordés ces derniers jours. De l'inspiration expérimentale.
Enfant de la Terre, tu as élevé ta voix vers moi, gardienne de la Mémoire, gardienne du Temps. Au milieu de ton désert, tu interrogeais les pierres sur ce qu'il y avait eu avant.
Ecoute moi, Enfant de la Terre. J'étais là de tout temps, j'ai vu se créer les monts et les mers, j'ai vu grandir l'humanité, j'ai assisté à la naissance d'empires légendaires, que j'ai vu tomber.
Au lointain, les mythes longtemps conservèrent la mémoire floue d'une civilisation d'exception, grands mages, grands sages, qui disparurent en un instant sous les coups de l'explosion d'un volcan. L'Histoire prend le relais pour conter, avec un peu plus d'assurance, l'apparition et la croissance de deux civilisations appelées à régner sur le monde, en Mésopotamie et en Egypte. Grands mages, grands sages eux aussi, qui poussèrent loin la connaissance des arcanes secrètes et des sciences. Au grand Déluge causé par l'effondrement du Bosphore, ils survécurent, et consignèrent cet évènement pieusement dans leurs livres les plus sacrés, les plus grands. Et pourtant, l'Empire d'Alexandre puis d'Auguste les avala tout en les rassemblant. Après des milliers d'années de connaissances jalousement gardées et sans cesse développées, la Méditerranée devint un creuset géant, un bouillonnement de savoirs se rencontrant, s'appréciant, se mariant en se syncrétisant. De là naquirent des philosophies, des pratiques, des traditions d'un aboutissement peu égalé dans une ferveur s'élevant de toutes parts. Les Mystères avaient triomphé, il semblait que le monde entier était devenu mage et initié.
Las, comme tout empire, il faut qu'il apparaisse et expire. Telle une étoile filante, ou une planète que l'on appelle naine géante, la fin n'est jamais aussi proche qu'au paroxisme. Enfant de la Terre, c'est un mythe que de croire que l'humanité évolue à mesure qu'elle vieillit. La vérité est qu'elle ne fait que répéter et répéter les mêmes existences, oublieuse de ce qu'il y eut avant. Et ainsi, dans ce fourmillement de quêtes mystiques, pénétra la violence, la tyrannie, l'intolérance, le dogmatisme. La nature aime la diversité et le chaos, pas les hommes. Il leur faut de l'ordre, et en bonne coupe rangée, les religions exclusives, revendicatives, restrictives, balayèrent des milliers d'années d'avancées. Voilà les aléas du temps : catastrophes naturelles ou humaines, le résultat est le même. Il fallut presque deux mille ans pour commencer à enfin retrouver un bouillonnement libre, des tentatives de déterrer ce qui avait été enfoui et éradiqué, un monde entier en quête de spiritualité. Et voilà le miracle qui revient, une fois de plus, avec la richesse d'un empire étasunien, tout autant décrié que l'Empire Romain, mais où finalement l'humanité se complait fort bien. La renaissance avait opéré, les temps avaient changé mais le même esprit planait.
Las, comme tout empire, il faut qu'il apparaisse et expire. Tout endormi dans son indolence et sa certitude de suprématie, l'irruption du volcan géant de Yellowstone effaça en quelques instants ce peuple planétaire globalisant. Le monde plongé dans une tourmente sans nom se laissa gagner par l'autre géant. Voilà bientôt deux mille ans qu'ils combattaient en croisades, et les extrémistes de Mahomet conquirent les survivants, firent taire leurs dissidents libertaires et inaugurèrent le nouvel empire. Et la roue du destin humain tourna une fois de plus, oubliant ses valeurs d'avant.
Enfant de la Terre, te voilà surpris. Tu n'a jamais rien connu de différent, comment imaginerais-tu seulement ce qui exista auparavant? Tel est le destin des vaincus, qui sombre dans la poussière des âges, emportant avec eux toutes leurs constructions lentement mises en place. L'oubli est peut être préférable, accompagné de l'espoir, mué en certitude, que le monde ne va qu'en se perfectionnant. Peut être à chaque fois il y a, à terme, avant le déclin, un plus grand aboutissement.
Ainsi vont les choses, éternelles dans leurs cycles de morts et de recommencements. Ne sois pas triste, mon Enfant, songe que c'est peut être un don que de permettre une quête infinie, une aventure initiatique à redécouvrir, encore et encore. L'humain n'est pas fait pour les aquis.
J'ai découvert ce poème hier, il m'a rappelé ce que je disais de la période de mai. Il m'a rappelé, simplement, à mes propres rêves et mes paysages intérieurs de printemps. Ce beau mois de mai n'est pas terminé, alors un petit intermède bucolique et romantique ne peut pas être mauvais.
Ici-bas tous les lilas meurent,
Tous les chants des oiseaux sont courts.
Je rêve aux étés qui demeurent
Toujours ...
Ici-bas les lèvres effleurent,
Sans rien laisser voir de leur velours.
Je rêve aux baisers qui demeurent
Toujours ...
Ici-bas tous les hommes pleurent
Leurs amitiés et leurs amours.
Je rêve aux couples qui demeurent
Toujours ...
Sully Prudhomme
